Pesant trente livres porter
Tes soles de plomb renforcer
Affin que soyes plus legier
Au harnois que tu doibs armer
Et dois ung gros baston plomber
Pesant maniere & tenir
Pour plus delivre devenir
Souvent tu te dois esprouver
A gens fors subtilz & puissans
Pour soustenir & rebouter
Tout ce qui te pourroit grever
Et pourvoir aux accidens
Telz assaiz sont asseuremens
Contre le froit qui pourroit poindre
Quant on doit son ennemy joingdre
Telles doctrines & aprises
Ne sont pas sans raison fondees
Mais sont par experimens prises
Et par necessité requises
Pour les doubtes estre portees
Et sont figures figurees
A entendre legierement
Pour prendre bon gouvernement
Estouper la bouche & le nez
S'entent que l'en ne doit sentir
Ou goutter nulles vanitez
Mais fouyr les mondanitez
Qui veult a victoire venir
Et le pesant haubert vestir
Nous donne la signifiance
De porter faiz de penitence
Et devons courre au confesseur
Par trescontrite voulenté
Pour nous mondifier le cueur
De tout peché de tout erreur
Et que riens ne soit oublié
Et ce qui sera ordonné
Pour la penitence estre faicte
Soit brief par bon espoir parfaicte
Les assaulx & les appertises
Qui se font pour toy adresser
Ce sont les devotes aprises
Qui sont pour batailles requises
Contre le souldaier d'enfer
Doncques dois tu continuer
A macter la chair perilleuse
Par mener voye vertueuse
Tu ne doibs sans bon conseil estre
C'est adire clercz & docteurs
Qui sont fondez comme on doit estre
En foy & en la saincte lettre
Venans des saintz & des acteurs
Telz sont les saiges confesseurs
La peult on apprendre science
Pour deffendre la conscience
Se tu peulx ma leçon comprendre
Mettre en euvre & l'executer
Tu digne pour l'art apprendre
Pour la grant cité de dieu prendre
Et pour les sains cieulx escheller
Pour lucifer vaincre & mater
En gaignant s'ainsy te conduys
Le hault siege de paradis
Sire diz je moult grant confort
Me donnez & qui bien m'agree
Mais maintenant vient le plus fort
Et qui moult me point & me mort
En souvenance redoubtee
Quant j'auray fait au champ entree
Comme me dois je gouverner
Le point vault bien le demander
Ta question est bien causee
Et demande par ton advis
Car sur toy seul tumbe l'armee
Tu n'auras nulz a ta souldee
Qui pour toy voulsist estre mys
La faillent parens & amys
Confort tu n'auras en tes faiz
Fors seullement de tes biens faiz
Avoir te fault ung pavillon
Qui soit mys en veable lieu
Ung escu par devocion
Ou soit la presentacion
De la vierge mere de dieu
Ainsy te monstreras en lieu
Comme champion de haulteur
Qui combat pour le createur
Et pour entrer en telz destroiz
Il te fault une bannerolle
Qui sera faicte de la croix
Pour te servir deux fois ou trois
Contre charme sort ou parolle
Aprens & retiens mon escolle
Et je t'asseure par moy croire
D'avoir ta part de la victoire
Foy & moy a te faire adresse
Requerras pour te conseiller
Nous deux te tiendrons en proesse
En ferme cueur & en haultesse
Sur tous nous te pouons aider
Ung siege pour te soulagier
Et reposer t'est necessaire
Qui soit paré de satisfaire
Et present en faisant serment
Sur le messel & sur le livre
Jure que volentierement
Tu as prins le baptisement
Pour chrestien mourir & vivre
Et que ton corps presante & livre
Pour soustenir ceste droicture
Contre l'ennemy de nature
Car ta partie jurera
Et vouldra soustenir en somme
Qu'adam que premier dieu fourma
A la mort tous nous obligea
Par la morsure de la pomme
Et que le filz de dieu comme homme
Mesmes en paya le peage
Pour racheter l'humain lignaige
Tu orras crier & deffendre
par les quatre coings du champs clos
Que nulz sur paine de mesprendre
Sur doubte de la vie de offendre
A la voulenté de atropos
Par signes parolles ou motz
Ne donnent part ne avantaige
A ceulx qui combatent ce gaige
Puis qu'il fault que sur ce responde
Les apostres n'ont ilz presché
Par les quatre pars de ce monde
Que nul ne s'attende ou se fonde
D'estre franchement despeché
Par aultruy main de son peché
Et que chascun pour son plus beau
Prendra le faitz de son fardeau
Garde toy bien & je le vueil
Quant pour combatre marcheras
Que tu n'ayes soleil a l'ueil
De tresgrant destourbier & dueil
Par ce faire te garderas
C'est adire que ne mettras
Le soleil de divine essence
Contre toy pour luy faire offence
Le juge tu honnoreras
En obeissant entierement
Ce dieu a qui tu te rendras
Et ses commandemens tiendras
En croyant en luy fermement
La est le seur affermement
Celluy te tiendra en seurté
En contre toute adversité
Et se tu te trouves surprins
Ou en effroy comme il peult estre
Pour avoir mieulx ton sang reprins
Pense que dernierement veiz
Ton dieu entre les mains du prestre
C'est le createur c'est le maistre
C'est cil ou on doit retourner
Pour tout le saint sens asseurer
Mais que jesucrist on n'oublie
L'on ne pourroit estre vaincu
Car l'escripture certifie
Loyal perpetuel de vie
Se l'on a loyaulment vescu
Ce mot note bien/ l'entens tu
Il n'est pas mort qui vit & regne
La ou est le glorieulx regne
Au partir marche doulcement
Monstrant voulenté asseuree
Mais aborde robustement
Deffens fort assaulx vivement
Ne pers nulz coups a la volee
Et si l'ame est trop grevee
Ne t'en esbahis ne soucye
Car tu n'as pas saine partie
Il s'entend que d'umble cremeur
Les sains sacremens recevras
Lors seras de tout point asseur
D'estre le champion vaicteur
De l'ennemy que tu verras
Pour luy tu ne te changeras
Mais demourras sans faire change
Obeissant a ton bon ange
Et se tes bastons peulx tenir
Sans estre brisez ne rompus
Je t'asseure de parvenir
Au bien parfait de ton desir
C'est d'avoir l'honneur de lassus
Retiens je n'en parleray plus
Par me croire tu es sauvé
Ou par contraire condampné
Ainsy entendement faisoit
Grant devoir de moy bien apprendre
Mais savoir ung point me failloit
Qui le fait de mon cas touchoit
C'est de savoir & de comprendre
Le temps qu'atropos vouldra prendre
Ou le jour limite sera
Que combatre me conviendra
Lors me dist que des messaigiers
De par debile me viendront
Pas a pas en plusieurs quartiers
Mais accident a les legiers
Qui peult estre me sur prendront
Dont mes apostres se perdront
Me conseillant que je labeure
D'estre tousjours prest a toute heure
Premier seront les annunceurs
Les yeulx qui besicles demandent
Ce sont des dames espoventeurs
Car nature n'est plus des leurs
Par ce qu'en delinant se rendent
Et bien folz ceulx qui n'entendent
Que le corps fera brief deffault
Puis que la lumiere luy fault
Puis quant les oreilles desirent
Le coton & estre estouppees
Sans oyr ainsi qu'ilz oyrent
Selon que ses deux sens empirent
Ce sont semonces apportees
Ainsy sont trompetes sonnees
A mettre selles sans sejour
Pour aller comparer au jour
Les mains & la teste trembler
Sentiras ce sont seurs messaiges
Qu'il ne te fault plus retarder
Et ne le peulx contremander
Ne replicquer a telz langaiges
Qui penseroit a telz ouvraige
L'on mettroit en dieu sa fiance
Et tout le monde en oublience
Les jambes que soustenu t'ont
Le chair si tendrement nourrie
En leur puissance deffauldront
Et ung baston demanderont
Pour les soustenir en partie
Ce messagier nous brait & crye
Pensez de l'ame par remors
Sans trop obeir a vostre corps
Telz messagiers & telz heraulx
Sons annonceurs de la journee
Avecques moult d'aultres assaulx
Des maladies & des maulx
Dont mainte personne est grevee
Ainsi a sa raison finee
Et me laissa soudainement
Le bon hermite entendement
Quant j'euz entendement perdu
Ou tant de bon conseil trouvay
Je me trouvay tout esperdu
Et ce qu'il me fut advenu
Tout a par moy je recorday
Diligemment je me levay
Pour mettre sus par escriptures
Le droit vray de mes adventures
Dont de la matiere presente
J'ay fait par couplet ce traicté
Lequel j'envoye & le presente
A ung chascun de bonne entente
Non pas pour estre bien dicté
Mais par charitable amictié
Pour faire don & departie
De tresor de mon armoyrie
En la marche de ma pensee
Et au pays d'avise toy
Est ceste queste commencee
Dieu doint qu'elle soit achevee
Au prouffit de tous & de moy
Ce livre je nomme de son
Pour estre de tiltre paré
Le chevallier deliberé
Ce traicté fut parfait l'an mil
Quatre cens quatre vingz & trois
Environ sur la fin d'avril
Que l'iver est en son exil
Et que l'esté fait ses exploitz
Au bien soit prins en tous estas
De ceulx a qui il est offert
Par celluy qui tant a souffert
Cy finist le livre intitulé le chevallier deliberé. Imprimé a Paris par
Jehan Treperel demourant a la grant rue sainct jaques auprés sainct yves
a l'enseigne sainct Laurent. L'an Mil cinq cens. Le xix jour de
Septembre.
[Illustration]
[Marque d'imprimeur: J. T.
OTROYE NOUS CHARITÉ ET CONCORDE EN PROVOCANT TA GRANT MISERICORDE]
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NOTES DU TRANSCRIPTEUR
L'orthographe et la ponctuation sont conformes à l'original (exemplaire
Y 4418 +A de la BNF). Cependant pour faciliter la lecture on a introduit
les accents et apostrophes, résolu les abréviations par signes
conventionnels (par exemple Cõme > Comme), et distingué u/v et i/j selon
l'usage.
On a signalé entre [ ] quelques fragments manquants tirés de l'édition
de Schiedam:
[Ainsi nous levasmes de table] (un vers manquant)
[Que aage m'avoit enseigné] (un vers manquant)
Mis gilles de bre[taigne mort] (l'original a "bretaphes escriptz",
doublon partiel du vers précédent)
Qu'ilz en ont fait le monde [quitte] (un mot manquant)
On a également effectué les corrections suivantes:
Chvalier > Chevalier ("Chevalier errant par le monde")
tyrat > tyrant ("zizaran le tyrant cruel")
Ee > Et ("Et furent doubtez & aymez")
avec > aver ("Celluy ne fut aver ne chiche")
hiens > biens ("Ou il eut des biens a foison")
jour > joue ("Se joue de noz destinees")
ainsi que 15 cas de lettres à l'envers ou d'interversion entre n et u
(pnissance > puissance, ...) non signalés individuellement.
End of Project Gutenberg's Le chevalier délibéré, by Olivier de La Marche