Il fait gris, je crois qu’il pleut, j’entends venir, du sixième, les
cris despotiques d’un enfant qui braille comme cela depuis une heure. Je
ne peux plus écrire. Je suis navré.
Devant moi, monceau de papiers, livres ouverts, du vin Mariani dans une
coupe illyrienne qui m’amuse toujours par ses reflets de vieux bijou
byzantin, et, derrière moi, la caresse discrète d’un bon feu. Je suis
aux meilleures loges pour voir la vie, ou ce que je crois être la vie,
en littérature, et je ne peux pas achever les phrases, rien ne sort,
c’est inutile de continuer, je perds mon temps.
Enfin, pourquoi cette maison, qui est d’ordinaire si tranquille,
devient-elle, certains jours, inhabitable? Les enfants hurlent, des
chiens, qu’on n’a jamais rencontrés sur les paillassons, aboient
lamentablement; des bonnes font des réflexions d’une voix perçante et
Joseph éprouve le besoin de bousculer des meubles, de l’autre côté.
Je me lève. En marchant je trouve cette idée que, peut-être, je
m’aperçois des bruits de la maison surtout quand je n’ai pas envie de
travailler.
L’enfant se tait.
Passe un camion.
Jadis, il y a trois ou quatre ans, je n’entendais jamais un camion
passer dans ma rue. Vraiment, cette maison est inhabitable.