Le Directoire et les Représentants de l'Entente

Le premier soin de Petlioura dont les sentiments francophiles ne sont

douteux pour aucun de ceux qui le connaissent, est d'organiser le

Directoire et d'adresser une note au Représentant des Alliés à Odessa

pour lui demander les raisons qui avaient amené l'Entente à débarquer

ses régiments sur le territoire ukrainien sans prévenir le Gouvernement

du pays. En même temps, les troupes ukrainiennes qui se sont portées

vers Odessa et occupent en partie la ville exigent que les troupes de

Denikine se retirent. Celles-ci refusant, un combat s'engage, mais

voyant des soldats français dans les rues, pour éviter un conflit avec

l'Entente, le commandant ukrainien cesse les hostilités et se retire à

Razdielnaia, où vient cantonner, à côté des Ukrainiens, une compagnie

de zouaves avec quelques pièces d'artillerie de montagnes.

Deux délégations partent de Kiev; l'une dont faisait partie M.

Sydorenko, actuellement président de la Délégation ukrainienne à la

Conférence de la Paix, pour Jassy; l'autre, pour Odessa où déjà se

trouvent les délégations du Don, de Kouban et de la Ruthenie Blanche.

Elles veulent unir leurs efforts pour trouver un terrain d'entente avec

les Alliés. Mal informées, les autorités militaires françaises prennent

des mesures pour que la délégation d'Odessa ne puisse repartir pour

Kiev, ni communiquer avec le Directoire.

Sans nouvelle de ses deux délégations, le Directoire s'inquiète de

l'invasion bolcheviste qui menace l'Ukraine: déjà des bandes de

Chinois et de Lettons à la solde de Lénine opèrent des dépravations à

Bogoutchar, puis à Koupiansk. Renforcées de Bolcheviks réguliers, elles

avancent vers Kharkov. Le Directoire envoie une délégation à Moscou,

demander des explications. Il lui est répondu que Moscou n'est pas en

guerre avec l'Ukraine et que les bandes signalées n'ont rien de commun

avec les Bolcheviks réguliers.

Connaissant la situation très précaire de l'Ukraine placée entre le

feu des Polonais à l'ouest, l'armée de l'Entente qui débarque à Odessa

sans dire dans quelles intentions, et les Bolcheviks qui viennent du

nord et de l'est et sachant qu'au sein du Directoire, tous les membres

ne sont pas contraires à une alliance avec la République des Soviets,

ceux-ci nomment une délégation qui part de Moscou pour Kiev. Mais elle

est arrêtée à Orsha, le Directoire ne l'autorisant pas à pénétrer sur

le territoire ukrainien tant que les troupes soviétistes n'auront pas

été retirées au delà de la frontière ukrainienne.

Une nouvelle délégation composée de MM. Matsievitch et Margoline, part

pour Odessa dans le but de demander aux Alliés leur secours contre les

Bolcheviks. Elle n'obtient aucun résultat.

Pendant ce temps, les troupes bolcheviques bien instruites, bien

disciplinées et bien armées avancent en Ukraine dont elles veulent à

tout prix s'emparer avant l'avance des armées de l'Entente.

Ne recevant aucune nouvelle d'Odessa, ni de la première ni de la

deuxième délégation, le Directoire envoie à Birsula, pour hâter les

pourparlers et sauver Kiev, MM. Ostapenko, ministre du Commerce et

Grekov, ministre de la Guerre qui se rencontrent avec le colonel

Freydenberg, chef d'Etat-Major du général d'Anselme, le capitaine

Langeron et le lieutenant Villaine. Les pourparlers donnent lieu à un

échange de télégrammes entre le commandement français d'Odessa et le

Directoire de Kiev à la suite duquel le Gouvernement ukrainien accepte

toutes les propositions qui lui sont faites à l'exception d'une seule:

le renvoi à Odessa des agents germanophiles et des anciens ministres

arrêtés pour crimes de lèse-nation envers l'Ukraine et pour délit de

droit commun et de ce fait déférés devant un tribunal composé de douze

juges ayant tous exercé leurs fonctions sous l'ancien régime.

Parce que cette clause n'est pas acceptée, les pourparlers sont

immédiatement interrompus et l'Ukraine est laissée dans la situation

la plus poignante. Soupçonnée de Bolchevisme, alors qu'elle s'épuise

à le combattre, elle voit depuis ce jour les meilleurs de ses fils

mourir sous les balles de ceux qui devraient seconder sa bravoure et sa

courageuse défense.

Deux années en Ukraine (1917-1919) avec une carte de l'Ukraine. · 第 31 / 69 题