Toutes ces proclamations et tous ces placards n'empêchent pas Petlioura
et son armée de faire leur entrée à Kiev quelques jours plus tard, le
14 novembre, au milieu des acclamations d'une foule enthousiaste. Au
même moment, d'un autre côté de la ville, une troupe de volontaires,
300 environ, sortait pour s'en aller rejoindre vers le sud l'armée de
Denikine. Les autres officiers de l'armée des Volontaires rentrent chez
eux, ou s'enferment à l'hôtel François, pour y attendre les événements.
Les jeunes gens des trois dernières classes des gymnases qui avaient
été mobilisés pour maintenir l'ordre dans la ville, reviennent au sein
de leur famille et reprennent leurs études.
On s'attendait à des représailles contre les officiers volontaires
et à un pillage de la ville (les journaux du Hetman avaient annoncé
que Petlioura, pour entraîner ses «bandes» à l'assaut de Kiev, leur
avait promis dans un ordre du jour de leur livrer la ville pendant
trois jours). Il n'en est rien. Le nouveau Gouverneur de Kiev prend les
mesures les plus énergiques pour assurer la tranquillité et surtout le
ravitaillement de la population affamée depuis un mois. Aux familles
des officiers et aux consuls qui l'interrogent, il affirme qu'aucune
exécution ne sera faite avant que le procès de chaque officier ne
soit instruit et une sentence prononcée. En attendant le procès et
la sentence, les coupables et les suspects sont enfermés au Musée
pédagogique d'où 18 sur 7 à 800 sortent pour subir la peine prononcée
contre eux «pour avoir commandé des fusillades d'Ukrainiens et organisé
des corps de troupe pour combattre contre les armées de la République
ukrainienne».