Le lendemain, les Bolcheviks de Kiev sentant les camarades approcher,
s'emparent par surprise et sans coup férir de l'arsenal qui contient
mitrailleuses, artillerie et munitions. On se bat avec acharnement
durant toute la nuit et le lendemain. Le 31, ils s'emparent de Podol,
bas quartier de la ville, sur la rive du Dnièpre. Au Télégraphe, la
lutte est d'une violence inouïe. Beaucoup de victimes même parmi
les civils. Le commandant Jourdan, de la Mission française, est tué
d'une balle perdue de mitrailleuse. L'aspect des rues est sinistre.
Tranchées, barricades, mitrailleuses aux carrefours, des canons sur
les places et sur les endroits les plus élevés; la circulation est
complètement interrompue, l'électricité est coupée.
Le 2 février, la lutte augmente d'intensité: des trains blindés tirent
sans arrêt dans les rues. Lorsqu'on se risque à sortir, il faut souvent
s'étendre à terre et attendre que les rafales se calment, tant les
balles tapent dur à hauteur d'homme, faisant voler en éclats les vitres
et criblant littéralement les murs. De paisibles habitants trouvent
ainsi la mort chez eux...
En ville, plus de pain depuis la bataille. Heureux les prévoyants qui
ont fait quelques provisions d'eau et de farine. Pour s'engager dans
la garde rouge, il suffit de s'inscrire et l'on obtient un fusil.
Aussi peut-on voir passer dans les rues de sinistres bandes armées aux
allures inquiétantes.
Le 3 février, la lutte continue encore plus acharnée, mais les troupes
d'investissement bolcheviques n'ayant pas encore atteint Kiev et
Petlioura arrivant de province avec quelques troupes francs-cosaques,
les Ukrainiens l'emportent. Les derniers gardes rouges sont fusillés,
l'arsenal se rend et l'on s'aperçoit que c'était une poignée d'hommes
qui avaient mené l'émeute.
Les Ukrainiens vainqueurs célèbrent leur victoire. En ville, grand
défilé de troupes victorieuses, musique en tête.
Pendant ce temps, les troupes régulières bolcheviques encerclent la
ville. De grandes forces arrivent sur trains blindés.
A l'extérieur, Odessa tombe entre leurs mains après un bombardement de
trois jours. Là-bas aussi le sang a coulé.
Un nouveau ministère est constitué qui réclame l'aide immédiate de
l'Autriche. Mais l'Ukraine n'existe plus, seul son cœur bat encore,
mais bien faiblement.