Ultimatum du gouvernement des Soviets russes

Pour commencer ses opérations contre la nouvelle République, le

Gouvernement des Soviets n'attendait qu'une occasion. Il la trouve

dans une dépêche chiffrée du Gouvernement français qu'il intercepte et

publie dans les journaux de Petrograd.

Sous prétexte que le Gouvernement ukrainien a entamé des pourparlers

secrets avec les Alliés et notamment avec la mission française dans

l'intention de «saboter la cause de la paix» et d'empêcher celle-ci

d'aboutir immédiatement, il lui envoie un ultimatum et commence

aussitôt l'attaque contre l'Ukraine en faisant «donner» les Bolcheviks

russes qui se trouvaient à Kiev, en attendant que les troupes

régulières franchissent la frontière.

Prise entre deux feux, celui des Austro-Allemands à l'ouest, et celui

des Maximalistes à l'est, la Rada centrale, qui a cependant déclaré

qu'elle restera fidèle à l'Entente, nomme des délégués qu'elle envoie

à Brest-Litovsk, refuser à la délégation maximaliste de Petrograd le

droit de parler au nom de l'Ukraine et ouvrir des pourparlers en vue de

la paix.

Mécontent de cette décision, Petlioura donne sa démission de secrétaire

de la Guerre et se rend en province pour y organiser des corps de

francs-cosaques afin de lutter contre les ennemis de son pays.

Le bruit s'étant répandu à Kiev que le Cabinet Vinnitchenko est sur

le point de conclure la paix avec les Puissances centrales, le parti

_Jeune-Ukrainien_ décide de faire un coup d'Etat pour le renverser et

empêcher la signature du traité. Les automobiles blindées font dans les

rues de Kiev une démonstration. Vinnitchenko démissionne.

Skoropadsky, général dans l'ancienne armée russe, avait songé à

prendre la dictature avec le titre de Hetman, mais le moment venu, il

se défile sous prétexte que les Alliés ne lui donnent pas la promesse

de faire défendre Kiev contre les Bolcheviks par les deux divisions

tchéco-slovaques qui se trouvent dans la ville.

La Colonie française, que les événements n'ont nullement émue et qui

continue à garder toute sa sympathie et aussi toute sa confiance

au mouvement ukrainien, décide d'offrir aux poilus des différentes

missions françaises et aux officiers français et alliés une soirée

artistique dans la salle du Conservatoire. Les professeurs français de

Kiev interprètent au milieu de l'hilarité générale le _Client sérieux_

du gai Courteline. Ne fallait-il pas rire un peu avant le nouvel assaut

que Kiev allait subir?

Deux années en Ukraine (1917-1919) avec une carte de l'Ukraine. · 第 19 / 69 题