XLIV

Quelques jours plus tard, un gros nuage d'orage s'abattait sur ma case

paisible, un nuage bien terrible passait entre moi et celle que je

n'avais cependant pas cessé de chérir. Aziyadé se révoltait contre un

projet cynique que je lui exposais; elle me résistait avec une force de

volonté qui voulait maîtriser la mienne, sans qu'une larme vînt dans ses

yeux, ni un tremblement dans sa voix.

Je lui avais déclaré que le lendemain je ne voulais plus d'elle; qu'une

autre allait pour quelques jours prendre sa place; qu'elle-même

reviendrait ensuite, et m'aimerait encore après cette humiliation sans

en garder même le souvenir.

Elle connaissait cette Séniha, célèbre dans les harems par ses scandales

et son impunité; elle haïssait cette créature que Béhidjé-hanum chargeait

d'anathèmes; l'idée d'être chassée pour cette femme la comblait d'amertume

et de honte.

--C'est absolument décidé, Loti, disait-elle, quand cette Séniha sera

venue, ce sera fini et je ne t'aimerai même plus. Mon âme est à toi et

je t'appartiens; tu es libre de faire ta volonté. Mais, Loti, ce sera

fini; j'en mourrai de chagrin peut-être, mais je ne te reverrai jamais.

Aziyadé Extrait des notes et lettres d'un lieutenant de la marine anglaise entré au service de la Turquie le 10 mai 1876 tué dans les murs de Kars, le 27 octobre 1877. · 第 124 / 190 题