XLIII

Les femmes turques, les grandes dames surtout, font très bon marché de

la fidélité qu'elles doivent à leurs époux. Les farouches surveillances

de certains hommes, et la terreur du châtiment sont indispensables pour

les retenir. Toujours oisives, dévorées d'ennui, physiquement obsédées

de la solitude des harems, elles sont capables de se livrer au premier

venu,--au domestique qui leur tombe sous la patte, ou au batelier qui

les promène, s'il est beau et s'il leur plaît. Toutes sont fort

curieuses des jeunes gens européens, et ceux-ci en profiteraient

quelquefois s'ils les avaient, s'ils l'osaient, ou si plutôt ils étaient

placés dans des conditions favorables pour le tenter. Ma position à

Stamboul, ma connaissance de la langue et des usages turcs,--ma porte

isolée tournant sans bruit sur ses vieilles ferrures,--étaient choses

fort propices à ces sortes d'entreprises; et ma maison eût pu devenir

sans doute, si je l'avais désiré, le rendez-vous des belles désoeuvrées

des harems.

Aziyadé Extrait des notes et lettres d'un lieutenant de la marine anglaise entré au service de la Turquie le 10 mai 1876 tué dans les murs de Kars, le 27 octobre 1877. · 第 123 / 190 题