Eyoub, 20 janvier.
Hier finit en queue de rat la grande facétie internationale des
conférenciers. La chose ayant raté, les Excellences s'en vont, les
ambassadeurs aussi plient bagage, et voilà les Turcs hors la loi.
Bon voyage à tout ce monde! heureusement nous, nous restons. À Eyoub,
on est fort calme et assez résolu. Dans les cafés turcs, le soir, même
dans les plus modestes, se réunissent indifféremment les riches et les
pauvres, les pachas et les hommes du peuple ... (O Égalité! inconnue à
notre nation démocratique, à nos républiques occidentales!) Un érudit
est là qui déchiffre aux assistants les grimoires des feuilles du jour;
chacun écoute, avec silence et conviction. Rien de ces discussions
bruyantes, à l'ale et à l'absinthe, qui sont d'usage dans nos estaminets
de barrières; on fait à Eyoub de la politique avec sincérité et
recueillement.
On ne doit pas désespérer d'un peuple qui a conservé tant de croyances
et de sérieuse honnêteté.