C'était Noël à la grecque; le vieux Phanar était en fête.
Des bandes d'enfants promenaient des lanternes, des girandoles de
papier, de toutes les formes et de toutes les couleurs; ils frappaient à
toutes les portes, à tour de bras, et donnaient des sérénades terribles,
avec accompagnement de tambour.
Achmet, qui passait avec moi, témoignait un grand mépris pour ces
réjouissances d'infidèles.
Le vieux Phanar, même au milieu de ce bruit, ne pouvait s'empêcher
d'avoir l'air sinistre.
On voyait cependant s'ouvrir toutes les petites portes byzantines,
rongées de vétusté, et dans leurs embrasures massives apparaissaient des
jeunes filles, vêtues comme des Parisiennes, qui jetaient aux musiciens
des piastres de cuivre.
Ce fut bien pis quand nous arrivâmes à Galata; jamais, dans aucun pays
du monde, il ne fut donné d'ouïr un vacarme plus discordant, ni de
contempler un spectacle plus misérable.
C'était un grouillement cosmopolite inimaginable, dans lequel dominait
en grande majorité l'élément grec. L'immonde population grecque affluait
en masses compactes; il en sortait de toutes les ruelles de prostitution,
de tous les estaminets, de toutes les tavernes. Impossible de se figurer
tout ce qu'il y avait là d'hommes et de femmes ivres, tout ce qu'on y
entendait de braillements avinés, de cris écoeurants.
Et quelques bons musulmans s'y trouvaient aussi, venus pour rire
tranquillement aux dépens des infidèles, pour voir comment ces chrétiens
du Levant sur le sort desquels on a attendri l'Europe, par de si
pathétiques discours, célébraient la naissance de leur prophète.
Tous ces hommes qui avaient si grande peur d'être obligés d'aller se
battre comme des Turcs, depuis que la Constitution leur conférait le
titre immérité de citoyens, s'en donnaient à coeur joie de chanter et de
boire.