Le retour de Samuel est venu apporter un peu de gaieté à ma triste case.
La fortune me sourit aux roulettes de Péra, et l'automne est splendide
en Orient. J'habite un des plus beaux pays du monde, et ma liberté est
illimitée. Je puis courir, à ma guise, les villages, les montagnes, les
bois de la côte d'Asie ou d'Europe, et beaucoup de pauvres gens
vivraient une année des impressions et des péripéties d'un seul de mes
jours.
Puisse Allah accorder longue vie au sultan Abd-ul-Hamid, qui fait revivre
les grandes fêtes religieuses, les grandes solennités de l'islam; Stamboul
illuminé chaque soir, le Bosphore éclairé aux feux de Bengale, les
dernières lueurs de l'Orient qui s'en va, une féerie à grand spectacle que
sans doute on ne reverra plus.
Malgré mon indifférence politique, mes sympathies sont pour ce beau pays
qu'on veut supprimer, et tout doucement je deviens Turc sans m'en
douter.