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La barque d'Aziyadé est remplie de tapis soyeux, de coussins et de

couvertures de Turquie. On y trouve tous les raffinements de la

nonchalance orientale, et il semblerait voir un lit qui flotte plutôt

qu'une barque.

C'est une situation singulière que la nôtre: il nous est interdit

d'échanger seulement une parole; tous les dangers se sont donné

rendez-vous autour de ce lit, qui dérive sans direction sur la mer

profonde; on dirait deux êtres qui ne se sont réunis que pour goûter

ensemble les charmes enivrants de l'impossible.

Dans trois heures, il faudra partir, quand la Grande Ourse se sera

renversée dans le ciel immense. Nous suivons chaque nuit son mouvement

régulier, elle est l'aiguille du cadran qui compte nos heures d'ivresse.

D'ici là, c'est l'oubli complet du monde et de la vie, le même baiser

commencé le soir qui dure jusqu'au matin, quelque chose de comparable à

cette soif ardente des pays de sable de l'Afrique qui s'excite en buvant

de l'eau fraîche et que la satiété n'apaise plus ...

À une heure, un tapage inattendu dans le silence de cette nuit: des

harpes et des voix de femmes; on nous crie gare, et à peine avons-nous

le temps de nous garer. Un canot de la _Maria Pia_ passe grand train

près de notre barque; il est rempli d'officiers italiens en partie fine,

ivres pour la plupart;--il avait failli passer sur nous et nous couler.

Aziyadé Extrait des notes et lettres d'un lieutenant de la marine anglaise entré au service de la Turquie le 10 mai 1876 tué dans les murs de Kars, le 27 octobre 1877. · 第 29 / 190 题