A l'Opéra-Comique, on a accueilli avec une faveur marquée la _Cabrera_,
drame lyrique en deux parties, fort adroitement établi par M. H. Cain et
mis en musique par un jeune compositeur, M. G. Dupont, dont la verve
mélodique et le savoir sont de bon augure pour l'avenir. Nous avons
donné, il y a quelques mois, un fragment de cet intéressant ouvrage, qui
a été couronné au concours international ouvert par M. Sonzogno, en
Italie.
Les représentations de l'Opéra-Italien, au théâtre Sarah-Bernhardt,
captivent de plus en plus le public--j'entends cette partie du public,
la plus nombreuse certainement, qui ne voyait pas sans regret le dédain
témoigné par la plupart de nos compositeurs aux séductions pures de la
mélodie interprétée par des voix humaines. Là, se rencontrent les
chanteurs les plus réputés de l'Italie: Bassi, F. de Lucia, Titta Ruffo,
Garbin, Mmes Pinto, Stehle, etc., etc., et les ouvrages qu'interprètent
ces artistes sont traités, dans leur fougue, avec une conscience de
travail harmonique et orchestral qui commande le respect de la critique.
Ce n'est pas assez dire pour _Siberia_, le magnifique drame lyrique de
M. Giordano, dont nous avons constaté le triomphal succès la semaine
dernière. _Adriana Lecouvreur_, de M. Cilea et, à un degré inférieur,
_Amico Fritz_, de M. Mascagni, méritent également la faveur dont ces
ouvrages jouissent en Italie.
_Coeur-de-moineau_, la nouvelle pièce de l'Athénée, va certainement
faire reprendre à cet heureux théâtre la série à peine interrompue de
ses succès. Nous le constatons avec d'autant plus de plaisir que la
comédie de M. Artus, hardiment gauloise quant au sujet, reste littéraire
dans la forme et que les mots d'esprit y jaillissent réellement des
situations, c'est-à-dire de leur source naturelle. Le moineau, on le
devine, c'est un Don Juan en jaquette, amoureux de toutes les femmes et
les trompant toutes avec une belle Inconscience jusqu'au moment où
l'amour le prend sérieusement au coeur. M. Brûlé joue avec beaucoup de
bonne grâce et de tact ce rôle difficile, entouré de charmantes
«moinelles», Mmes Diéterle, Duluc, Bignon, etc., et d'un excellent
compère mondain, M. Bullier.