CHAPITRE XXXVI

_Régime de longue vie._

«Les deux grandes causes, dit le lord Vérulam, qui conspirent ensemble à

racourcir la vie, sont premièrement:

»L'air intérieur, lequel, comme une flamme légère, consume sourdement le

corps, et le dévoue à la mort;--secondement, l'air extérieur, qui

dessèche le corps peu-à-peu, et le réduit en cendres.--Ces deux ennemis,

s'attachant à nos corps des deux côtés à-la-fois, détruisent à la fin

nos organes, et les rendent inhabiles à continuer les fonctions de la

vie.»

Cette proposition une fois prouvée ou admise, le moyen de prolonger la

vie étoit simple.--Il ne s'agissoit, disoit le lord Vérulam, que de

réparer le ravage causé par l'air intérieur, en rendant d'un côté la

substance du corps plus dense et plus robuste, par un usage habituel

d'opiat convenable; et en tempérant de l'autre l'excès de la chaleur, au

moyen de trois grains et demi de salpêtre pris à jeun tous les matins.--

Ainsi garantie des assauts de l'air intérieur, déjà même la surface de

notre corps se trouvoit moins exposée à ceux de l'air extérieur. Mais on

l'en préservoit mieux encore par une suite d'onctions grasses,

lesquelles saturoient tellement les pores de la peau, qu'une particule

d'air n'y pouvoit pénétrer, et que rien ne pouvoit en sortir.--Par-là, à

la vérité, toute transpiration sensible et insensible étoit arrêtée; et

il pouvoit s'ensuivre plusieurs inconvéniens fâcheux.--Mais l'usage des

clystères pourvoyoit à tout, entraînoit les humeurs qui pouvoient

refluer, et rendoit le système complet.

Je l'ai promis; vous lirez tout ce que mon père avoit à dire sur les

opiats du lord Vérulam, son salpêtre, ses onctions grasses, et ses

clystères.--Vous le lirez: mais non pas aujourd'hui, ni même demain, le

temps me presse. Le lecteur est impatient, il faut que j'aille.--Vous

lirez ce chapitre à votre loisir (si cela vous convient) aussitôt que la

Tristrapédie sera publiée.--

Qu'il suffise pour le moment de dire que mon père traita la conséquence

comme le principe.--Et par-là les savans peuvent conclure qu'il éleva

son propre système sur les ruines de l'autre.

Oeuvres complètes, tome 3 · 第 44 / 120 题