_Sur la santé._
«O bienheureuse santé! s'écria mon père, en tournant la page pour passer
au chapitre suivant, tu es au-dessus de l'or et de toutes les richesses.
C'est toi qui dilates l'ame, et qui disposes toutes ses facultés à
recevoir l'instruction et à goûter la vertu. Celui qui te possède a peu
de désirs à former; et le malheureux à qui tu manques, manque de tout au
monde.»--
«J'ai resserré, continua mon père, tout ce qu'il y a à dire sur ce sujet
important, dans un très-petit espace; ainsi nous lirons le chapitre en
entier.»--
Mon père lut comme il suit:
«_Tout le secret de la santé dépend des efforts mutuels que font le
chaud et l'humide radical pour l'emporter l'un sur l'autre._»
«Je suppose, dit Yorick, que vous avez commencé par prouver ce
fait.--Suffisamment, dit mon père.»--
En disant cela, mon père ferma le livre;--non pas comme s'il avoit
résolu de ne plus lire, car il garda son premier doigt dans le
chapitre;--ni d'un air fâché, car il ferma le livre doucement, son pouce
restant sur la couverture de dessus, et ses trois derniers doigts
soutenant celle de dessous, sans aucune pression violente.--
«J'ai démontré la vérité de cette assertion, dit mon père, faisant signe
de la tête à Yorick, plus que suffisamment dans le précédent
chapitre.»--
Or, si on disoit maintenant à un habitant de la lune, qu'un habitant du
monde sublunaire a écrit un chapitre, démontrant suffisamment que _tout
le secret de la santé consiste dans les efforts mutuels que font le
chaud et l'humide radical pour l'emporter l'un sur l'autre_;--et qu'il a
prouvé la chose avec tant de ménagement, que dans tout le chapitre il
n'y a pas un mot de sec ni d'humide sur le chaud ou l'humide
radical,--ni une seule syllabe, directement ou indirectement, pour ou
contre la rivalité de ces deux puissances dans l'économie animale--...
«O toi! éternel créateur de tous les êtres, s'écrieroit-il, en frappant
sa poitrine de sa main droite (en supposant qu'il eût une poitrine et
une main droite)--toi, dont le pouvoir et la bonté peuvent étendre les
facultés de tes créatures jusqu'à ce degré infini d'excellence et de
perfection! que t'ont fait les habitans de la lune?»