CHAPITRE XXXIV.

_Sur la santé._

«O bienheureuse santé! s'écria mon père, en tournant la page pour passer

au chapitre suivant, tu es au-dessus de l'or et de toutes les richesses.

C'est toi qui dilates l'ame, et qui disposes toutes ses facultés à

recevoir l'instruction et à goûter la vertu. Celui qui te possède a peu

de désirs à former; et le malheureux à qui tu manques, manque de tout au

monde.»--

«J'ai resserré, continua mon père, tout ce qu'il y a à dire sur ce sujet

important, dans un très-petit espace; ainsi nous lirons le chapitre en

entier.»--

Mon père lut comme il suit:

«_Tout le secret de la santé dépend des efforts mutuels que font le

chaud et l'humide radical pour l'emporter l'un sur l'autre._»

«Je suppose, dit Yorick, que vous avez commencé par prouver ce

fait.--Suffisamment, dit mon père.»--

En disant cela, mon père ferma le livre;--non pas comme s'il avoit

résolu de ne plus lire, car il garda son premier doigt dans le

chapitre;--ni d'un air fâché, car il ferma le livre doucement, son pouce

restant sur la couverture de dessus, et ses trois derniers doigts

soutenant celle de dessous, sans aucune pression violente.--

«J'ai démontré la vérité de cette assertion, dit mon père, faisant signe

de la tête à Yorick, plus que suffisamment dans le précédent

chapitre.»--

Or, si on disoit maintenant à un habitant de la lune, qu'un habitant du

monde sublunaire a écrit un chapitre, démontrant suffisamment que _tout

le secret de la santé consiste dans les efforts mutuels que font le

chaud et l'humide radical pour l'emporter l'un sur l'autre_;--et qu'il a

prouvé la chose avec tant de ménagement, que dans tout le chapitre il

n'y a pas un mot de sec ni d'humide sur le chaud ou l'humide

radical,--ni une seule syllabe, directement ou indirectement, pour ou

contre la rivalité de ces deux puissances dans l'économie animale--...

«O toi! éternel créateur de tous les êtres, s'écrieroit-il, en frappant

sa poitrine de sa main droite (en supposant qu'il eût une poitrine et

une main droite)--toi, dont le pouvoir et la bonté peuvent étendre les

facultés de tes créatures jusqu'à ce degré infini d'excellence et de

perfection! que t'ont fait les habitans de la lune?»

Oeuvres complètes, tome 3 · 第 42 / 120 题