[Illustration: Manière de retenir un Nombre.]
[Illustration: Première Leçon.]
[Illustration: Calcul de tête.]
[Illustration: Unité.]
[Illustration: Une moitié de vin (de 20).]
[Illustration: Centaine.]
[Illustration: Addition.]
[Illustration: Soustraction.]
[Illustration: Multiplication.]
[Illustration: Division.]
[Illustration: Règle d'Alliage.]
[Illustration: Fractions.]
[Illustration: Extraction de la Racine carrée.]
[Illustration: La table de multiplication.]
[Illustration: Règle de Trois.]
[Illustration: Règle d'intérêt.]
[Illustration: Des mesures et l'unité de grandeur.]
[Illustration: Règle de Société.]
[Illustration: Une Puissance carrée.]
Bulletin bibliographique.
_Du pouvoir de l'État sur l'Enseignement_, d'après l'ancien droit public
français; par M. _Troplong_, conseiller à la Cour de cassation, membre
de l'Institut.--Paris, 1844. _Charles Hingray_, 1 vol. in-8. 7 fr. 50.
En retraçant dans ce mémoire, lu à l'Académie des Sciences morales et
politiques, les principes de notre ancienne constitution sur le droit
d'enseigner, M. Troplong n'entend rien préjuger sur la question toute
moderne de la liberté d'enseignement. Il a seulement voulu traiter un
point d'histoire qui a joué un grand rôle dans les écrits des casuistes
et des jurisconsultes d'autrefois, et qui se lie à ses études favorites
sur la marche et les progrès de notre droit public et privé.
Cette déclaration faite, M. Troplong entre immédiatement en matière par
un aperçu des principes et des faits dans le dernier état de l'ancien
droit. Les bornes qui nous sont imposées nous interdisent
malheureusement de le suivre pas à pas dans cette savante et lumineuse
dissertation, depuis les lois romaines jusqu'à nos jours. Le résumé
suivant, emprunté à son dernier chapitre, fera mieux comprendre
d'ailleurs que notre analyse toute l'importance du beau travail dont
l'Académie des Sciences morales et politiques avait écouté avec tant
d'intérêt la longue lecture, et dont la publication a obtenu un si
légitimé succès.
«L'enseignement, dit M. Troplong, est, d'après les principes essentiels
de l'ancien droit public, un droit de la couronne. Il est reconnu et
proclame que l'un des principaux objets du gouvernement est de veiller à
l'éducation de la jeunesse, et que c'est là un des points les plus
importants à la conservation de la monarchie. De là le droit acquis à la
puissance publique, de diriger l'éducation des collèges existant en
dedans ou en dehors des universités, de la maîtriser dans des voies
conformes aux principes du gouvernement. De là cette maxime si souvent
consacrée par les édits et les arrêts, que nulle école, grande ou
petite, ne peut s'établir en France que par le bon plaisir du roi.
Si, dans un temps plus reculé, ce droit est demeuré suspendu et comme
assoupi; si l'Église a été alors en possession de répandre les lumières
et l'enseignement, il n'est résulte de là qu'un déplacement provisoire
et passager du droit d'enseigner, que l'occupation accidentelle d'une
fonction qui ne doit jamais vaquer; mais non pas une prescription de
nature à dépouiller l'État d'une prérogative imprescriptible.
«Bientôt, en effet, l'État reparaît et il revendique l'enseignement
comme sa propriété, comme son droit. L'Église entend ce langage; elle se
soumet; elle accepte la sécularisation des universités comme un fait
social inévitable; elle continue à laisser dans ces écoles respectées la
pépinière de ses jeunes disciples. En même temps, l'instruction publique
prend, sous la main du pouvoir civil, une organisation plus uniforme et
plus régulière. Les universités, relevant immédiatement du gouvernement
central, reçoivent des édits et des arrêts une impulsion réformatrice
plus immédiate, plus constante, plus efficace. Au milieu d'elles s'élève
l'université de Paris, avec le titre de mère de toutes les autres, avec
le droit d'intervenir dans tous les débats qui intéressent
l'enseignement public, avec un patronage qui établit entre les
universités du royaume une communauté d'intérêts, un esprit de corps, un
principe d'unité et de hiérarchie.
«Les universités sont privilégiées pour l'enseignement académique; elles
conservent, sous le gouvernement de la puissance séculière, les
fonctions exclusives et le monopole légal dont elles ont été investies
pendant le règne de la puissance ecclésiastique. Car il est à remarquer
que, dans les phases diverses que le droit d'enseigner a subies depuis
l'empire romain jusqu'à la révolution de 1789, il est invariablement
resté une fonction publique, une délégation du pouvoir dominant, et, par
conséquent, un privilège attaché à certains corps, et, en dernier lieu,
aux universités. L'État et l'Église n'ont pas en deux manières de le
considérer dans l'ancien régime; et la liberté d'enseignement est une
idée moderne dont notre ancienne société n'eut jamais conscience.
«Cependant une compagnie célèbre par sa vocation pour l'enseignement,
ayant apporte en France ses collèges, ses statuts, ses plans nouveaux,
des tentatives sont faites par elle pour partager avec les universités
établies les études académiques; et, sous prétexte d'une, agrégation
impraticable, elle demande à être elle-même une université. Ce n'est pas
la liberté, pour tous qu'elle réclamé; c'est une extension de privilège,
une participation au monopole légal, une communication du pouvoir de
l'État. Bientôt les évêques élèvent la même prétention pour les
séminaires que leur ont donnés le concile de Trente et les ordonnances
de nos rois. Cette tentative était périlleuse pour les universités; il y
allait de leur existence. Tout aurait été université, excepte les
universités mêmes; et le droit de la puissance publique, qu'elles
résumaient et représentaient, si parfaitement et avec tant de fidélité,
courait risque d'être surpris, fausse, renversé. Mais le gouvernement
veillait; les magistrats étaient à leur poste, et la prorogative de la
puissance publique resta dans son intégrité.
«Ce conflit des séminaires et des universités est le dernier auquel nous
fasse assister l'histoire de l'ancien droit public. La solution qui le
termina est l'éclatante démonstration de ce principe, que depuis que
l'État est arrive à une organisation fixe et régulière, l'enseignement a
été, dans notre ancienne constitution, un droit régulier, et, ce qui est
la même chose, une branche de la puissance publique, un élément du
pouvoir social.
«Je m'arrête ici, dit M. Troplong en terminant; oubliant les tentatives
impuissantes de la révolution, je m'arrête, dis-je, sur le seuil de
l'empire, qui recueillit les traditions des anciennes universités, pour
construire sur leurs débris une université embrassant son unité
vigoureuse toutes les parties du territoire et tous les degrés de
l'enseignement. Il ne m'appartient pas de rechercher dans cette Académie
si un droit nouveau doit sortir de la charte de 1830 et prendre la place
de celui dont je viens de donner l'exposé, sans m'écarter de l'histoire
et sans que le respect que nous devons avoir ici pour l'entière
indépendance du présent nous empêche d'être juste pour le passé; je me
bornerai à dire, à l'honneur de l'ancien système d'enseignement, que
c'est dans cette université de Paris, fille aînée, mais fille toujours
mineure de nos rois; que c'est aussi dans les autres universités du
royaume, ses rivales en émulation pour les sciences et en dévouement à
la couronne, que se sont préparés pour le service de l'État et pour la
gloire des lettres tant de magistrats illustres, de prélats éminents, de
savants et de génies incomparables, qui ont porté si haut l'éclat et la
réputation du nom français.»
_Voyages autour du Monde et Naufrages célèbres_. Voyages dans l'Amérique
espagnole pendant les guerres de l'indépendance; par le capitaine G.
Lafond (de Lurcy), membre de la Société de géographie. Tome 1er. Un beau
volume in-8 sur jésus, avec gravures.--Paris, 1843. Chez _Pourrat
frères_.
Voici le commencement d'un fort bel ouvrage, en tête duquel M. de
Lamartine, en réponse à la dédicace de l'auteur, a bien voulu mettre ce
gracieux passe-port: «J'aime passionnément les voyages; c'est la
philosophie qui marche. Les vôtres m'ont instruit et charmé. Vous savez
voir, sentir et peindre; comment ne pas vous suivre à travers le monde?»
Qui donc ne voudra, comme M. de Lamartine, être instruit et charmé par
les récits de ce voyageur qui sait si bien voir, sentir et peindre? La
fortune de l'ouvrage est donc assurée; et franchement, tout en faisant
la part de ce qu'il faut mettre sur le compte d'une indulgente
courtoisie de la part du grand écrivain, c'est un livre à la fois
agréable et intéressant que celui du capitaine Lafond, dont nous avons
sous les yeux le premier volume. Nous avions le projet d'en esquisser
nous-mêmes une analyse générale; mais il nous semble que nous ne pouvons
mieux faire que d'emprunter textuellement à son premier chapitre
l'exposition de son sujet et de son plan; nous y trouverons l'avantage
de donner en même temps ainsi un échantillon du style de l'auteur.
«La grande révolution opérée par la découverte de Colomb, et la conquête
du continent américain par une poignée d'aventuriers intrépides, livrés
à eux-mêmes et dépourvus de presque tout appui de leur gouvernement,
sont certainement les deux événements les plus extraordinaires de
l'histoire; ils ont changé la face du monde, et, par une influence plus
directe, ils ont élevé la puissance espagnole à son plus haut degré, et
préparé en même temps sa décadence et sa ruine.
«Jusqu'à la fin du quinzième siècle, l'Espagne, partagée en plusieurs
États indépendants, voyait les grandes ressources qu'elle avait reçues
de la nature épuisées par les divisions intestines et une lutte de sept
cents ans contre l'islamisme. L'union des deux couronnes d'Aragon et de
Castille, par le mariage de Ferdinand et d'Isabelle, forma un faisceau
de ses forces, et dès ce moment l'Espagne prit un essor imposant et
glorieux, dont les annales des peuples offrent peu d'exemples; la
découverte de l'Amérique donna à cet empire une étendue qui surpassa
celle de Rome antique, et des richesses prodigieuses qui servirent de
base à la grandeur et à l'éclat de cette monarchie, et contribuèrent à
en faire la puissance prépondérante de l'Europe. Mais cette extension
immodérée de pouvoir fut le signal de sa décadence. Elle avait prodigué,
sous Charles-Quint, le sang de ses habitants dans des guerres longues et
sanglantes; elle s'affaiblit sous Philippe II par l'expulsion violente
d'un million de sujets industrieux et par l'émigration incessante d'une
autre partie de la population vers l'Amérique. La soif de l'or lui lit
abandonner l'agriculture et les arts industriels, qui le procurent
lentement, pour l'exploitation des mines, bientôt ne produisant plus de
quoi acheter les métaux d'Amérique, elle cessa d'en être enrichie. Alors
se multiplièrent les fautes de l'administra lion coloniale. La métropole
appesantit de plus en plus son joug sur ses colonies, et les força enfin
de recourir aux armes pour s'en affranchir.
«La conquête vit naître un système de propriété qui doit fixer notre
attention La fameuse bulle du pape Alexandre VI, qui traça sur le globe
la ligne de démarcation, et attribua exclusivement à Ferdinand et
Isabelle, et à leurs descendants, toutes les régions découvertes et à
découvrir à l'occident des Açores, fut le titre primordial sur lequel
l'Espagne fonda ses droits. Elle l'expliqua avec l'esprit féodal de
l'époque, qui touchait au moyen âge, et ses souverains se considérèrent
comme ayant un droit absolu, non-seulement sur les terres dont leurs
sujets faisaient la découverte, mais encore sur toutes les populations
indigènes, qui furent parquées et distribuées comme un vil bétail. Ce
fut l'origine des fiefs, ou _encomiendas_, qui furent cependant établis
pour protéger les Indiens contre l'oppression des premiers conquérants,
et ce système odieux, modifié, atténué, se perpétua pendant des siècles»
malgré la volonté de la cour de Madrid, à laquelle l'intérêt des colons
opposa longtemps des obstacles presque insurmontables. Ainsi les
infortunes des Indiens commencèrent avec la complète; mais, quelque
grandes qu'elles fussent, elles diminuèrent pourtant insensiblement
jusqu'au montent où sonna l'heure de l'indépendance; nous examinerons le
sort et les vicissitudes de cette race persécutée, avec tout l'intérêt
que l'on doit au malheur.
«On connaît les faux et inhabiles principes de cette administration qui
privait les colons de toute liberté, même des fonctions municipales si
chères aux Espagnols de l'Europe, et ce système odieux de prohibition et
de monopole qui fermait rigoureusement aux étrangers l'entrée des
colonies pour en assurer l'approvisionnement à la métropole. La
domination du clergé s'étendait comme un vaste réseau sur toute la
surface, de l'Amérique. Malgré les efforts du gouvernement pour mettre
un frein à ses empiétements, il avait fini par faire passer dans ses
mains la majeure partie de la propriété territoriale. «Les couvents dit
l'historien Moore étaient en possession de la presque totalité des
terres des Indiens, qui les abandonnaient avec la plus grande facilité
par des legs testamentaires en l'honneur de quelques saints de
prédilection; et quant aux domaines des villes, on peut assurer que les
deux tiers au moins étaient tombés entre les mains des communautés
religieuses.» Ces criants abus sont incontestables, ces reproches sont
fondés, et cependant il n'est pas moins vrai que les colonies espagnoles
d'Amérique offraient dans leur ensemble le spectacle le plus magnifique
et le plus imposant par leur étendue et leur puissante organisation. On
ne peut voir sans un sentiment d'admiration tant de peuples répandus sur
ce vaste continent, soumis au même sceptre, aux mêmes lois, aux mêmes
usages, et formant comme un grand et puissant empire obéissant à la même
impulsion; la langue espagnole y était parlée sur un espace de plus de
dix-neuf cents lieues, depuis les îles Chiloë jusqu'à l'extrémité de la
Californie.
«Les apologistes de l'Espagne prétendent que malgré les monopoles
exclusifs que cette puissance s'était attribués, sa sollicitude pour ses
colonies se manifestait par la paix profonde dont elles jouissaient, par
la facilité de s'y créer de grandes et rapides fortunes. «L'Amérique
espagnole, disaient-ils, prospérait sous les auspices de la mère patrie,
exempte du froissement et des dévastations des guerres qui déchiraient
les autres nations, développant à l'ombre d'une paix profonde, tous les
genres de bonheur compatibles avec les lumières de ses habitants, et
offrant l'image immense et paisible d'une grande et opulente famille.»
Ce tableau est sans doute séduisant, et peut être vrai jusqu'à un
certain point; mais il avait indubitablement ses ombres Les griefs des
colons devaient être graves, et les abus dont ils se plaignaient réels,
puisqu'ils ont saisi la première occasion favorable pour s'en affranchir
par les armes.
«Quant au clergé, ses richesses, son influence et sa puissance sont des
faits incontestables; mais la conversion et la demi-civilisation de huit
à dix millions d'Indiens ne fut-elle pas son ouvrage? et si sa
domination fut réelle et exorbitante, elle fut du moins douce et
modérée. N'est-ce pas lui qui apprit à ces peuples sauvages, qu'il
allait chercher à travers mille périls au fond des forêts, ce
christianisme qui enseigne l'abnégation de soi-même, l'oubli «des
offenses, l'amour de son semblable et l'immortalité de l'âme? Ne lui
a-t-il pas fait comprendre tout ce qu'il y a de sublime dans cette
religion qui consacre l'égalité, versé un baume salutaire sur les plaies
de l'humanité souffrante, et la soutient au bord de la tombe en lui
montrant le ciel? Toutes les sectes ont plus ou moins de penchant au
prosélytisme: elles ont leurs conquêtes, dont les héros sont les martyrs;
mais si l'on compare les effets de l'introduction du christianisme en
Amérique par le clergé catholique avec les travaux des missionnaires
méthodistes protestants dans les îles de la mer du Sud, on est frappé de
la différence des résultats.
«Le fait le plus saillant qui résulté de ce rapprochement est celui-ci:
M. de Humboldt, dont le nom fait autorité, a constaté que, depuis cent
cinquante ans, la population indigène du Mexique et de la plupart des
autres contrées de l'Amérique espagnole a pris de notables
accroissements, et que sa condition morale et matérielle s'est
sensiblement améliorée; d'un autre côté, il résulte du rapport unanime
des voyageurs, que pendant vingt à vingt-cinq ans d'apostolat, les
missionnaires anglais et américains sont parvenus à anéantir presque
complètement la population de plusieurs Iles de la mer du Sud. Tous
attribuent cette effrayante destruction au passage de la vie primitive
de ces insulaires, vie pleine d'abondance et de gaieté, à une existence
austère et monotone, qui n'a pu cependant arracher de leurs coeurs leurs
vices natifs, et leur a, de plus, donné l'hypocrisie. Les méthodistes
devaient porter leurs dogmes sévères et décolorés sous les glaces du
pôle, et renoncer à les voir fructifier sous des climats ardents. Le
clergé catholique a suivi en Amérique des principes diamétralement
opposés: c'est par sa modération, son indulgence; c'est en s'identifiant
aux faiblesses, aux goûts et aux passions de ses néophytes; c'est par
des fêtes, des pompes religieuses animées, par des jeux analogues au
climat et aux goûts des Indiens, qu'il a assuré son ascendant sur eux,
autant que par son zèle à les protéger et à défendre leurs intérêts. Ce
clergé d'ailleurs, malgré sa puissance, a été le premier à donner le
signal de l'indépendance, sacrifiant ainsi ses richesses et son
existence à l'amour de la patrie; tant il est vrai que ce mot magique de
liberté! produit partout les mêmes résultats: chez les individus comme
chez les nations, on le regarde comme le premier des biens.
«Pendant huit années consécutives de séjour en Amérique, j'ai suivi les
phases diverses de cette révolution, dans laquelle j'ai même joué un
rôle, ayant commandé fort jeune des bâtiments des républiques du
Guayaquil, du Pérou et du Chili. Devenu depuis armateur et négociant,
j'ai été à portée de connaître les chefs des gouvernements et les
généraux des années indépendantes, et à entretenir des rapports plus ou
moins intimes avec eux. Je fus donc témoin des événements de cette
époque, mêlée de grandeur et de crimes, de faits, de choses et d'hommes
prodigieux; où cette terre qui, depuis trois siècles, n'avait point
retenti du bruit des armes, a produit tout à coup des guerriers aux
dévouements sublimes qui couraient combattre et mourir pour la patrie,
et des hommes politiques dont les luttes passionnées pour le triomphe de
la liberté n'étaient peut-être qu'une illusion, mais du moins une
illusion noble et glorieuse, car ils mouraient aussi pour elle.
«Si dans ce long drame on a vu parfois d'ignobles _cabecillos_ se jeter
sur cette révolution comme sur une proie pour se la disputer et se
l'arracher tour à tour, s'ils n'ont aspiré au pouvoir que pour assouvir
leur cupidité, il n'est pas moins vrai que les chefs véritables et les
masses furent pures, et montrèrent un héroïque dévouement à leur patrie.
Bolivar, Sucré, Balcarse et tant d'autres, moururent pauvres après avoir
sacrifié leur fortune à la cause de l'indépendance; O'Higgins,
Rivaduvia, La Hera, Santa-Cruz, sont connus par leur noble
désintéressement et San-Martin, après avoir disposé des mines du Pérou,
n'emporta de Lima que l'étendard de Pizarre, qui lui fut décerné par la
reconnaissance publique. J'exposerai les principaux traits de la vie de
tous ces personnages, ainsi que des généraux Causerat, Valdés,
Espartero, Camba, etc., qui défendirent glorieusement la cause
malheureuse et désespérée de la mère patrie; je parlerai aussi de ces
officiers français qui vinrent prêter à l'Amérique indépendante l'appui
de leur courage et de leur expérience; les amiraux de notre marine, tels
que Poussin, Rosamel, de Moges, La Susse, Casy, etc.; les officiers
supérieur! Bruat, Turpin, Rosamel, Chamluprat et autres, sur lesquels
repose en partie maintenant l'espoir de notre influence maritime
trouveront aussi une place dans cet ouvrage, et de légitimes hommages au
caractère qu'ils déployèrent aux yeux de ces peuples nouveaux qui
avaient pris notre révolution pour modèle, et pour lesquels le nom seul
de Français était un titre de recommandation.
«L'histoire des événements de la guerre de _l'indépendance d'Amérique_ a
été rédigée d'après les documents fournis par plusieurs généraux et
chefs des deux armées: elle formera une série de chapitres d'un grand
intérêt. J'ai été lié avec la plupart des officiers qui, expatriés de la
France par les orages politiques vinrent demander à l'Amérique un asile
au prix de leur sang; je raconterai les fortunes diverses des Brantzea,
Delibe, Vix-Soyer, Raulet, Soulanges, Beauchef, Bouchard, et de tant
d'autres. Je donnerai la relation de mon voyage au Choco, contrée
presque inconnue, aux côtes ouest de la Colombie. Enfin, je consacrerai
quelques pages au commerce, en donnant des notices précises qui pourront
aider nos armateurs dans les opération qu'ils dirigeront vers les
contrées dont les immenses ressources se développent chaque jour au sein
de la paix; je tracerai rapidement aussi une description des rôles et
des vents dominant; désirant ne rien oublier de ce qui pourra guider les
navigateurs dans leurs explorations. Dans un chapitre spécial de chaque
volume, je donnerai une notice sur les ports de l'Amérique Espagnole,
sur les vents et courants qui règnent sur ces côtes, et des notes sur
les marchandises d'importation et d'exportation des divers États de ce
grand continent.»
Cette citation, plus longue qu'elles ne le sont d'ordinaire dans
l'Illustration, nous a semblé porter son excuse dans la manière simple
et pleine de sens avec laquelle y sont exposées les causes de cette
_indépendance de l'Amérique espagnole_, qui est un des grands événements
de notre siècle, et dont l'histoire nous est contée par un témoin
parfaitement _qualifié_ pour cela, comme on dirait de l'autre côté de la
Manche. Ces premières pages du livre du capitaine Lafond renferment
d'ailleurs un véritable prospectus de tout l'ouvrage, mais prospectus
sans forfanterie et sans emphase, ce qui n'est point un vulgaire mérite.
Quant à la division des matières entre les volumes, le premier s'occupe
plus spécialement du Mexique et de la Californie, y compris la grande
question du percement de l'isthme entre les deux Océans; le second nous
entretient de la Colombie et du Pérou; un troisième sera consacré au
Chili et aux Iles Marquises, nous y reviendrons.