Il y avait un an déjà qu’Esther avait fait la connaissance de Dutch
Debby: c’était une fille maigre, disgracieuse et gauche, qui occupait un
cabinet au second étage, derrière le logement de MM. Simons et gagnait,
avec son aiguille, sa propre subsistance et celle de son chien. Personne
ne venait jamais la voir. On chuchotait que ses parents l’avaient
chassée parce qu’elle leur avait présenté un enfant illégitime. Celui-ci
avait eu la chance de trépasser, mais la mère avait continué à braver
l’opinion: elle avait recueilli un chien, ce qui est tout à fait
incorrect aux yeux des Juifs. Bobby, c’était le nom de l’animal,
siégeait souvent sur le palier, en faction devant sa porte, et, comme il
faisait très sombre dans les escaliers, Esther avait une terreur folle
de marcher sur la queue du chien, ce qui eût provoqué sûrement une
terrible vengeance. Un jour, dans son émoi, elle marcha en effet sur
cette queue, et les dents de Bobby s’incrustèrent dans son mollet à
travers ses bas. Esther poussa les hauts cris, et Dutch Debby la fit
entrer chez elle pour la consoler.
Esther s’était souvent demandé quels redoutables mystères se passaient
derrière cette porte sombre gardée par un chien, et Debby l’effrayait
peut-être encore plus que Bobby. Mais le jour de la morsure fut l’aurore
d’une amitié qui devait contribuer pour beaucoup à faire une femme de la
petite fille, car il se trouva que Debby était une excellente personne
qui parlait fort convenablement l’anglais, et possédait une liasse de
vieilles livraisons illustrées plus précieuse pour Esther que les mines
de Golconde. Debby rangeait cette liasse sous son lit, et c’était là une
sage pratique, attendu que la superficie occupée par le lit représentait
la majeure part de la superficie de la chambre. Durant les longues
soirées d’été et les après-midi du dimanche, quand «ses enfants»
n’avaient pas besoin d’elle et se trouvaient fort affairés à jouer à
cache-cache ou à chat perché dans la rue, Esther se faufilait jusqu’au
pauvre petit cabinet où gisaient tant de trésors. Là, auprès de la
fenêtre, ouverte sur une cour noire, devant une perspective de toits aux
tuiles décolorées, où des chats rôdaient et où sautillaient les
moineaux, dans une atmosphère chargée des effluves de l’étable d’un
laitier, Esther se plongeait dans la lecture de romans feuilletons
romanesques et passionnés. Fréquemment elle en faisait la lecture à
haute voix pour la mélancolique couturière, qui avait trouvé si peu
d’analogie entre les réalités de son existence et les descriptions des
feuilletonistes. Mais pendant de longues soirées d’été Debby et Esther
ne s’en laissaient pas moins transporter en imagination dans un monde
héroïque d’hommes courageux et de jolies femmes, un monde de linge fin,
de soie pourpre, de champagne, d’amoureuse perfidie et de cigarettes, un
monde où personne ne cousait, ne faisait la lessive, n’avait faim, ne
portait des chaussures percées, un monde qui ignorait complètement le
Judaïsme et l’incompatibilité qui doit exister entre le beurre et la
viande. Non pas qu’Esther eût jamais cru qu’il fût possible qu’un tel
monde existât en dehors des romans feuilletons. Cette question ne la
préoccupait pas plus que celle de savoir si les héros de ces romans
avaient jamais parlé l’hébreu qu’elle apprenait à lire et à traduire. Le
chien Bobby assistait souvent à ces lectures mais il gardait pour lui
ses impressions. Assis sur ses pattes de derrière, il se contentait de
braquer sur Esther son museau délicieusement laid et fort inquisiteur.
Car il ne se montrait pas jaloux de la nouvelle amie de sa maîtresse.
Pour les profanes, c’était un vulgaire bâtard, un chien de rue. Mais
Esther avait insensiblement appris à le regarder presque avec les mêmes
yeux que Debby. Maintenant elle pouvait librement aller et venir dans
les escaliers. Si elle avait marché sur la queue du chien, elle savait
que celui-ci eût désormais pris cela pour une démonstration de
camaraderie.
--Je dépensais auparavant un penny par semaine pour le _London Journal_,
déclara Debby dès le début de ses relations avec Esther. Mais un jour je
me suis aperçue que j’avais une détestable mémoire.
--Et alors? demanda Esther étonnée par cette association d’idées.
--Ça m’a économisé des shillings et shillings, continua Debby. J’avais
l’habitude de conserver tous les vieux numéros, à cause de toutes ces
réponses de gens qui vous apprennent comment il faut s’y prendre pour
soigner vos cheveux, vos ongles, et garder le teint frais, car leurs
recettes me trottaient par la tête. Et voilà qu’une fois je relus par
hasard une histoire dans un numéro qui ne datait que d’un an: elle
m’intéressa exactement comme si je ne l’avais encore jamais lue. Alors
je cessai d’acheter le journal et je recommence à lire toute ma
collection de vieux numéros. Je les relis tous les deux ans depuis ce
moment-là.
Debby s’interrompit pour tousser. Les longs monologues sont malsains
pour les personnes qui passent leur vie courbées sur leur ouvrage
d’aiguille dans de sombres petites chambres.
--Et chaque fois, la lecture me cause le même plaisir, reprit-elle. Et
vous, est-ce que cela ne vous produirait pas le même effet.
--Non, répondit Esther avec un pénible sentiment de son infériorité.
Moi, je me rappelle tout ce que j’ai lu.
--Ah, vous serez une femme bien remarquable, déclara Debby en lui
caressant les cheveux.
--Vous croyez? s’écria Esther toute illuminée de plaisir.
--Oui, d’ailleurs n’êtes-vous pas toujours la première de votre classe?
--Qu’est-ce que cela signifie? balbutia la fillette. Les autres filles
sont si stupides. Elles ne pensent qu’à leurs chapeaux et à leurs
rubans. Elles aimeraient mieux jouer au volant ou sauter à la corde, que
de lire l’histoire des Quarante Voleurs. Ça ne les gêne pas de rester
toute l’année dans la même classe, au lieu que moi, ça me rend folle de
voir qu’on va si lentement. Je pourrais facilement apprendre en trois
mois tout ce qu’on nous enseigne en douze. Je veux tout savoir, de façon
à devenir plus tard institutrice dans notre école.
--Et vous croyez que votre institutrice sait tout?
--Oh oui, il n’y a pas un mot qu’elle ne comprenne et elle n’ignore rien
des pays étrangers.
--Et cela vous plairait d’être institutrice?
--A condition que je devienne assez savante. Mais c’est que, voyez-vous,
les institutrices de notre école sont par dessus le marché de vraies
dames. Et elles s’habillent si magnifiquement. Figurez-vous, elles ont
des boas de fourrure et des gants à six boutons. Je ne pourrai jamais
acheter des choses pareilles. Même si je gagnais cinq shillings par
semaine, il faudrait donner presque tout à mon père et aux enfants.
--Mais si vous êtes vraiment bonne, je suis persuadée que de grandes
dames, comme celles de la famille Rothschild, vous achèteront de beaux
vêtements. J’ai ouï dire qu’elles sont très généreuses pour les enfants
appliqués.
--Non, les autres institutrices sauraient que je reçois des charités et
elles me mépriseraient. J’ai entendu Miss Hyams se moquer d’une
institutrice parce que celle-ci portait le même costume deux hivers de
suite. En somme, je ne crois pas que je puisse devenir institutrice. Ce
serait pourtant bon de pouvoir s’asseoir le dos au feu en hiver. Mais
les élèves sauraient...
Esther s’arrêta et rougit:
--Que sauraient-elles donc?
--Eh bien, elles sauraient qui est mon père, reprit Esther en baissant
la voix. Elles le verraient vendant des choses dans le Lane, et alors
elles ne m’obéiraient pas.
--Quelle idée. Je suis persuadée que la plupart des élèves ont des pères
aussi... aussi pauvres. Voyez le père de Miss Hyams.
--Je veux bien vous croire. Et puis, j’y songe, Debby, si je gagnais
cinq shillings par semaine, je pourrais acheter à mon père des vêtements
neufs, n’est-ce pas? Et alors il n’aurait plus besoin de colporter des
citrons ou des bobines de fil.
--C’est cela, chère, vous serez institutrice, je vous le prédis. Et même
qui sait? Vous serez peut-être un jour directrice?
Esther eut un petit rire charmé, qui finit dans un soupir.
--Comment, moi? Je ferais ma tournée pour voir si toutes les
institutrices sont bien à leur tâche? Oh, je saurais bien surprendre
leurs bavardages. Je connais leurs manières.
--Vous avez l’air de surveiller beaucoup vos surveillantes. Est-ce que
vous les semoncerez pour leurs commérages? demanda la Debby amusée.
--Non, protesta Esther redevenue très sérieuse. Il ne me déplaît pas du
tout d’entendre bavarder ces demoiselles. Quand mon institutrice et Miss
Davis, qui tient la classe d’à côté et puis quelques autres encore de
ces demoiselles, se rassemblent j’apprends tant de choses en écoutant
leur conversation.
--De sorte, fit Debby en riant, que leurs bavardages rentrent en somme
dans l’enseignement.
--Oui, quoique ça ne soit pas dans le programme, répondit la fillette
secouant gravement la tête.--Ces dames parlent surtout de jeunes gens.
Avez-vous jamais eu un amoureux, Debby?
--Ne me demandez... ne me demandez jamais cela, fit Debby qui se pencha
sur son ouvrage.
--Pourquoi pas? insista Esther. Quand je serai grande, si j’ai un
amoureux j’en serai très fière. Oui, vous êtes là à détourner la tête,
mais je suis sûre que vous en avez eu un: Etait-il joli comme Lord
Eversmonde ou le Capitaine Andrew Sinclair? Comment, vous pleurez,
Debby?
--Vous êtes une sotte, Esther, ne voyez-vous pas que c’est un moucheron
qui m’est entré dans l’œil. Il m’a fait du mal, et ne s’est pas fait de
bien non plus, le pauvret?
--Laissez-moi regarder, Debby; peut-être arriverai-je à le sauver.
--Non, ne vous inquiétez pas.
--Vous êtes cruelle, Debby, vous êtes aussi méchante que Salomon, qui
arrache les ailes des mouches pour voir si elles pourront voler quand
même.
--La mienne est morte à présent. Continuez donc _La Rivale de Lady
Anne_. Voilà tout notre après-midi gâché en bavardage. Croyez-moi,
Esther, n’allez pas vous mettre dans la tête des idées d’amoureux. Vous
êtes trop jeune. Mais lisez. Je vous écoute.
--Où en étais-je? Ah oui: «Lord Eversmonde pressa sur sa mâle poitrine
la belle jeune femme, et couvrit de baisers ces lèvres si fraîches, qui
lui répondirent avec une passion égale à la sienne. Elle finit pourtant
par se ressaisir, et lui dit, les larmes aux yeux:--Oh, Sigismond,
pourquoi vous obstinez-vous à venir ici, alors que le duc vous l’a
défendu!»...
--Ah, vous savez, Debby, mon père m’a dit l’autre jour de ne plus
revenir ici.
--Oh, vous devez revenir, s’écria Debby toute émue. Je ne pourrais plus
me passer de vous maintenant.
--Mon père assure que l’on dit que vous n’êtes pas une personne
convenable, dit naïvement Esther.
Debby soupira tristement.
--Bien, murmura-t-elle.
--Mais j’ai répondu que les gens sont des menteurs, et que vous êtes une
personne très bien.
--Oh, Esther, chère Esther, balbutia Debby, embrassant la petite tête
sérieuse avec une passion qui surprit l’enfant.
--Je pense, reprit celle-ci, que si mon père a dit ça, c’est parce qu’il
s’imagine que pendant qu’il est à la synagogue je néglige Sarah et
Isaac, qui sont tout le temps à se disputer sur leur anniversaire dès
qu’on les laisse seuls. Mais ils ne se donnent pas des taloches bien
graves. Mais j’ai une idée. Si je faisais descendre Sarah avec moi?
--Soit, mais ne craignez-vous pas qu’elle pleure, et qu’elle s’ennuie
pendant que vous lirez, si elle n’a pas Isaac pour jouer avec elle?
--Pas du tout, répondit Esther. Elle tiendra compagnie à Bobby.
Bobby prit la petite Sarah en amitié. Il ne fréquentait aucun de ses
semblables. En pareil cas, un animal au cœur sensible se rabat sur les
êtres humains. C’était tout à fait par hasard qu’il avait rencontré
Debby elle-même. Ces deux isolés avaient aussitôt fraternisé. Avant
cette rencontre, Dutch Debby était sujette à des tentations fâcheuses.
Une fois elle s’était privée pendant près de trois mois, pour mettre de
côté neuf pence par semaine, et acheter un huitième de billet de loterie
à Sugarman, le marieur, qui avait daigné en cette occasion, se souvenir
de son existence. La fortune n’était pas venue. Durant les mois qui
s’écoulèrent jusqu’à l’hiver suivant, Debby vit Esther de moins en
moins, car la fillette craignait que sa grande amie ne se crût obligée
de lui offrir de partager ses repas. Et puis les enfants de plus en plus
exigeaient des soins. Debby était arrivée à savoir bien des choses sur
les compagnes d’école et sur l’institutrice d’Esther, mais celle-ci
était peu communicative en ce qui concernait sa famille.
Un soir d’été, Esther, qui venait de passer sous la coupe de Miss Miriam
Hyams, entra chez Dutch Debby avec une mine sérieuse et prononça:
--Oh! Debby, Miss Hyams n’est pas une héroïne.
--Vraiment? fit Debby en riant. Jusqu’à présent, vous ne tarissiez pas
d’éloges sur son compte.
--Oui, elle est très jolie, et ses chapeaux sont élégants; mais ce n’est
pas une héroïne.
--Qu’est-ce qui est arrivé?
--Vous savez quel beau temps il a fait tous ces jours-ci?
--Oui.
--Eh bien, ce matin, au beau milieu de la leçon d’histoire sainte, elle
nous a dit:--Quel dommage, mes enfants, de rester enfermés ici par un
temps pareil. (Vous savez qu’elle nous parle toujours très
gentiment.)--Il y a des écoles, a-t-elle continué, où, en été, on a
congé une demi-journée, le mercredi. N’est-ce pas que ce serait charmant
si nous en avions autant, pour aller nous promener au soleil dans
Victoria-Park?
--Oh oui, Mademoiselle, ce serait bien gentil, avons-nous crié en chœur.
Alors elle a dit:
--Eh bien, pourquoi ne demanderiez-vous pas à la directrice congé pour
cet après-midi? Vous êtes la plus haute classe de l’école. Je suis
persuadée que si vous faisiez cette demande, l’école entière aurait
congé. Qui veut prendre la parole au nom de toutes?
Alors toutes les filles dirent que ce devait être moi, parce que je suis
la première de la classe et que j’aspire tous les _h_. Alors quand la
Directrice entra dans notre classe je me levai, je lui fis la révérence,
et lui demandai si elle ne voudrait pas nous donner congé cet après-midi
en raison du beau soleil. Alors voilà la directrice, qui met ses
lunettes, et qui fait une mine si noire, qu’il nous sembla qu’il n’y
avait plus du tout de soleil dans la classe.--Comment, s’écria-t-elle,
avec toutes les vacances que vous avez eues déjà! Un mois au nouvel an,
quinze jours à Pâques, et tous les jours fériés. Je suis surprise,
mesdemoiselles, que vous soyez assez dissipées et paresseuses pour en
demander davantage. Prenez donc exemple sur votre institutrice. Regardez
Miss Hyams. (Nous regardâmes Miss Hyams, qui avait l’air de chercher
quelque chose dans son pupitre.) Voyez comme elle travaille, elle ne se
plaint jamais, elle ne demande jamais de congé!
Nous regardâmes de nouveau Miss Hyams, mais elle n’avait pas encore
l’air d’avoir trouvé le papier qu’elle cherchait. Il y eut un silence
horrible, on aurait entendu tomber une épingle. Pas la moindre toux, pas
le moindre froissement d’étoffe. Alors, la Directrice se tourna vers
moi, et elle dit:
--Et vous, Esther Ansell, dont j’ai eu toujours une si haute opinion, je
m’étonne que vous soyez l’interprète d’une requête aussi déplacée. Je me
souviendrai de cela, Esther Ansell.
Là-dessus elle s’en alla longue et raide comme une perche, en claquant
la porte avec colère.
--Et qu’est-ce que Miss Hyams a dit ensuite? demanda Debby profondément
intéressée.
--Elle a dit: «Sélina Green, qu’est-ce que fit Moïse quand les enfants
d’Israël se plaignirent à lui de manquer d’eau?»
Elle avait tout simplement repris la leçon d’histoire sainte comme s’il
n’était rien arrivé.
--A votre place, j’aurais dit à la Directrice quelle était la personne
qui m’avait poussée à parler, s’écria Debby indignée.
--Oh non, protesta Esther. Ç’aurait été vil. Il y a là une question de
délicatesse. Je regrette tout de même que nous n’ayons pas eu congé. Il
aurait fait si bon dehors, dans le Parc.
Victoria-Park, pour les habitants du Ghetto c’est le _Parc_ par
excellence. Situé à deux milles environ, assez loin pour que la
promenade paraisse une excursion, c’est, pour les Juifs des quartiers
pauvres de Londres, une bénédiction perpétuelle. En de rares après-midi
dominicaux, la famille Ansell, moins la grand’mère, faisait en bande le
voyage du parc, Mosès portant sur son épaule Isaac et Sarah, chacun à
leur tour. Esther aimait le Parc en toutes saisons, mais surtout en été,
quand le grand lac était limpide, et sillonné de bateaux, que les
oiseaux chantaient dans le feuillage des arbres et que les jardiniers
avaient disposé les merveilleuses mosaïques, les lobélias et les
calcéolaires. Elle s’étendait sur l’épais gazon, et contemplait avec un
mystique ravissement la voûte bleue du ciel. Elle en oubliait le livre
qu’elle avait apporté. Pendant ce temps les autres enfants se
pourchassaient avec une joie qui tenait du délire.
Un samedi après-midi de l’automne dernier où Mosès ne devait pas
accompagner ses enfants, Esther avait décidé Dutch Debby à se joindre à
eux, à rompre pour quelques heures avec ses habitudes casanières. Une
ineffable mélancolie émanait du paysage mourant. Les feuilles roussies
jonchaient les allées, et les arbres balançaient sous la brise des
branches pareilles à des bras décharnés. Le brouillard de novembre
montait des pelouses humides et voilait de ses vapeurs le bleu du ciel.
Le soleil semblait un bateau rouge, démâté, flottant parmi des vagues de
pourpre et d’or, et des flocons de nuages embrasés. Sur le miroir
tranquille du petit lac se reflétaient les branches des arbres. Un cygne
solitaire lissait ses plumes, allongeait le cou, et décrivait de
nonchalantes courbes sur l’eau fangeuse. Tout à coup on entendit un
bruit de rames, et les eaux paresseuses furent ridées par le passage
d’un bateau, où un héroïque jeune homme promenait une non moins héroïque
jeune femme.
Dutch Debby fondit en larmes et rentra vite chez elle. Depuis lors elle
ne s’occupa plus que de Bobby, d’Esther et du _London Journal_, et ne
recommença jamais à économiser neuf shillings.
X