Valmont, des _Liaisons dangereuses_, est un véritable don Juan. La façon
dont il mène la double conquête de Cécile Volanges et de la présidente
de Tourvel est, don juanesquement, digne de tous éloges, par la
diversité des moyens employés, la vive intelligence des situations et
des caractères, par l’habileté, le sang-froid au milieu de la passion,
par l’amour puissant du jeu et du risque. Le cynisme de Valmont n’ajoute
rien à ses qualités essentielles de séducteur.
Il faut remarquer que ce n’est pas le désir seul de la conquête qui
pousse Valmont. Il ne combine pas ses victoires à froid. Non, il est
vraiment amoureux de Mme de Tourvel; il la désire passionnément. Mais,
c’est là le trait remarquable du don juanisme, cet amour ne le paralyse
pas, ne le rend pas aveugle. Au contraire, il n’a jamais plus de
sang-froid; il n’est jamais plus perspicace, plus propre à jouer un jeu
difficile qu’au moment où il est le plus amoureux. Rester maître de soi,
garder une vue claire des choses dans le tumulte de la passion, voilà la
qualité suprême de don Juan.
Un trait du même genre est à signaler en Julien Sorel dans la fameuse
scène de la bibliothèque à l’hôtel de la Môle.
Paris, 1903-1908.