Le prêtre qui ne connaît pas la femme et qui s’occupe d’amour! Avec
quelle grossièreté, trop souvent, il touche au fruit défendu! Qui a pu
voir, sans un secret mouvement de répugnance, une femme jeune, tendre,
jolie, agenouillée à une grille derrière laquelle il y a un homme en
robe?
* * * * *
La plupart des prêtres sont inoffensifs et bénins. S’ils évitent à leurs
pénitentes le scandale, ils n’en demandent pas davantage.
Mais il en est dont l’âme dominatrice et sombre veut régner, fût-ce par
la terreur. Ils n’hésitent pas à employer des armes défendues...
R... était aimé d’une femme de famille pieuse. Elle n’avait plus la foi,
mais gardait, comme il convient, les apparences. Son confesseur, un des
grands curés de Paris, un homme rongé de bile, la prend un jour à part
dans la sacristie et lui dit: «Pour avoir perdu la foi, il faut que vous
aimiez un athée. Seul un homme sans Dieu a pu vous enlever à nous.»
Elle se défend mal contre cette attaque imprévue. Il redouble, il la
presse, et impuissant à la ramener, il finit par lui dire: «Dieu vous
punira de votre rébellion en vos enfants. Il vous en reprendra un. Vous
saurez alors que vous êtes responsable de cette mort.»
Elle ne bronche pas. Alors, ne se possédant plus, le visage livide, il
lui jette: «Puisque rien d’humain ne vous touche, sachez que chaque
matin, à sept heures, je prierai Dieu pour qu’il châtie l’homme
abominable que vous aimez. Je demanderai que les épreuves ne lui soient
point épargnées, qu’il connaisse la douleur, la souffrance physique, et
les désastres matériels qui seuls peuvent atteindre son âme impie.
Lorsqu’il aura été frappé à cause de vous, vous nous reviendrez
soumise.»
Cette fois-ci, les terreurs anciennes la reprennent. Si tout de même il
disait vrai, ce prêtre horrible, s’il avait ce pouvoir surhumain?...
Elle fuit éperdue, va tomber dans les bras de son amant et lui annonce
que tout doit finir entre eux.
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Soyons tout de même reconnaissants à la religion catholique de ce
qu’elle prépare admirablement les âmes à l’amour, par l’habitude qu’elle
leur donne de ne pas se poser des questions inutiles, par une sorte
d’acceptation de ce qui est et de notre état misérable de pécheur
(quitte à en demander pardon à Dieu), par la sensualité de ses
cérémonies.
Elle reçoit les femmes dans de belles églises où la lumière est tamisée
par des vitraux; des tableaux, des statues les ornent; l’air est plein
de l’odeur troublante de l’encens; les grandes voix persuasives de
l’orgue chantent dans le demi-jour mystique. Elle sait qu’elle ne doit
pas s’adresser à la raison de ceux qu’elle veut gagner; c’est sur les
sens qu’il faut agir; c’est eux qu’elle cherche à séduire. Lorsqu’elle a
«chaviré les sens» des fidèles, la partie est à elle; ils ne raisonnent
plus, ils acceptent avec joie ce qu’elle leur offre.
C’est ainsi qu’elle prépare les voies à l’amour. Il emploie la même
tactique; il ne se soucie pas de conquérir l’intelligence, il veut
arriver au cœur par le canal des sens. Il ne discute pas, il émeut.
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Le langage même de l’Église est pareil à celui de l’amour. Voici une
méditation religieuse proposée aux jeunes filles sur les mystères de la
circoncision!
«1er point: _Vue._--Regardons ce pauvre Jésus... le prêtre qui entre
dans l’étable pour la circoncision... le prêtre fait l’incision... le
sang coule... le petit Jésus se débat doucement... Regardons ce sang
divin! O sang de mon Jésus!...
»2e point: _Ouïe._--Écoutons ce que disent les anges.
»3e point: _Goût._--Goûtons l’amertume dont le cœur de Marie est
abreuvé... la souffrance que Jésus endure dans sa chair!
»4e point: _Odorat._--Attirons à nous par l’odorat et par forme de
respiration intérieure les parfums de tant de vertus. Reposons-nous,
comme l’abeille, sur ces fleurs de mortification. Aspirons, respirons au
milieu de ces douces odeurs; c’est un plaisir doux, divin, céleste!...
»5e point: _Toucher._--Touchons ce couteau sanglant, baisons-le,
plaçons-le sur notre cœur!... Ah! si nous pouvions écrire de sa pointe
sur ce cœur le nom aimable de Jésus!...»
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Même adoration éperdue dans les prières de la communion. Faut-il citer
ces paroles que chaque catholique doit connaître par cœur? Voici
seulement «l’Acte d’amour.»
«J’ai donc enfin le bonheur de vous posséder, ô Dieu d’amour. Quelle
bonté! Que ne puis-je y répondre! Que ne suis-je tout cœur pour vous
aimer, pour vous aimer autant que vous êtes aimable, et pour n’aimer que
vous! Embrasez-moi, mon Dieu! brûlez, consumez mon cœur de votre amour.
Mon bien-aimé est à moi; Jésus, l’aimable Jésus se donne à moi. Anges du
ciel, Mère de mon Dieu, Saints du ciel et de la terre, donnez-moi votre
amour pour aimer mon aimable Jésus.»
Voilà qui apprend merveilleusement le langage de l’amour aux jeunes
filles. Lorsqu’elles ont prononcé ces mots ardents, quelle langueur
coule dans leurs veines! Comme elles sont prêtes à aimer!--Vienne un
homme, et elles se serviront avec lui des paroles mêmes que l’Église met
dans leur bouche à l’adresse de l’Amant mystique.