Énumérons d’abord les tares de la femme. Soyons impitoyables en théorie.
Nous avons assez de faiblesses dans la pratique.
La tare des femmes petites, ce sont les jambes courtes. Rien n’est plus
laid. Un long torse sur des jambes brèves, voilà de quoi s’enfuir aux
antipodes. Les femmes, qui sentent obscurément par où elles plaisent ou
déplaisent, dissimulent de leur mieux ce défaut à l’aide de leurs
vêtements. Elles ne réussissent à tromper que les indifférents, car
l’homme qui aime les femmes les déshabille toujours, ne serait-ce que de
l’œil.
Une femme petite avec des jambes plus longues que le torse est l’objet
le plus rare qui soit sous la calotte des cieux.
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Le dos des femmes a une tendance à se voûter. On voit des femmes jeunes
avoir déjà des épaules rondes. Presque toutes les femmes mûres ont le
dos en arc de cercle.
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Est-il rien de plus beau qu’une femme dont les seins sont fermes et
dressés vers la lumière! Hélas! combien de femmes peuvent-elles se
passer de corset ou d’un large ruban? Elles savent leur faiblesse. Elles
n’ont garde de se montrer debout et nues. Cela, c’est l’épreuve suprême.
Qui est prête à l’affronter?
Les femmes, si elles sont nues, ne se laissent voir que couchées. Elles
ramènent le bras en arrière, supportant la tête; le sein alors se tend
et regarde le ciel, enfin!
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Tare de trop de femmes: une grosse tête.
La femme n’a pas le droit d’avoir une forte tête; c’est nous qui sommes
chargés par la nature de penser pour elles. Aussi, la vue d’une femme
avec un crâne trop développé est-elle une véritable souffrance pour un
homme sain et de sens affinés.
Si vous voulez créer un monstre, placez une grosse tête sur un petit
corps; vous réaliserez ainsi le têtard.
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Autre tare: les attaches fortes.
Une femme de nos races qui n’emploie ses membres qu’à des besognes
délicates ne doit pas avoir des poignets et des chevilles épais. Nous
prenons les durs travaux à notre charge; elle nous doit le raffinement.
Il faut qu’elle nous donne l’impression d’avoir été créée pour notre
luxe, pour nos loisirs. Ce n’est pas un manche de charrue que nous
voulons lui mettre entre les mains.
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La plupart des femmes sont envahies par la graisse. Le meilleur de leur
existence, à partir de vingt-cinq ans, est pris par la lutte contre
l’obésité.
«Elles se défendent.» Mot terrible!
Elles ne pensent plus à autre chose, au lit, à la promenade, à table.
Pour maigrir, elles ne reculent devant aucun sacrifice; elles ne boivent
pas, marchent à jeun, se font masser et supportent la souffrance des
corsets étroitement serrés.
Elles ont raison.
Si elles engraissent, elles cessent d’être femmes.
C’est tellement vrai que la nature, elle-même, se refuse alors à les
considérer comme telles et, à un certain degré d’embonpoint, leur dénie
la possibilité d’être mères.
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Voici une femme belle, enfin. Elle est grande, la tête petite, les seins
droits, les hanches pleines.
Regardez-la, regardez-la vite. N’en perdez rien, remplissez-vous les
yeux, car, hélas! elle n’a que quelques heures de beauté, si brèves.
Bientôt elle sera flétrie et ne sauvera les apparences que grâce aux
artifices savants de la toilette.
A-t-elle des enfants? Son ventre se plisse.--Prend-elle de l’embonpoint?
Ses seins, ses joues tombent, son menton se double et se triple.--Elle
maigrit, au contraire. Alors, elle devient quelque chose de ridé, de
mort.
Osons le dire. L’homme est, absolument parlant, et pour l’ensemble, plus
beau. Il résiste mieux à l’usure des années, se déforme moins vite. Vous
trouverez deux ou trois adolescents très beaux à dix-huit ans pour une
adolescente sans reproche. Mais ces jeunes gens, s’ils mènent une vie
normale, s’ils cultivent leurs corps par l’athlétisme, s’ils évitent
l’alcoolisme, ils peuvent être à quarante-cinq ans, des hommes beaux
encore.
Mettez-les à nu. Ils ont des poitrines profondes et bombées, des épaules
larges, des reins creusés, des jambes et des bras musclés sans l’ombre
de graisse.
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Mais la femme de quarante-cinq ans, où est-elle celle qui supportera
cette épreuve?
Par où la femme l’emporte-t-elle sur l’homme?
Dans l’ensemble, il n’y a qu’un moment où la femme est plus belle que
l’homme: c’est dans le désir.
Chez elle, il reste tout intérieur, ne se traduit que par les inflexions
du corps, le ventre tendu, les reins cambrés, les seins dressés.
L’art nous a cent fois représenté la femme nue dans le désir.
Mais l’homme à ce moment n’est qu’obscène; il est «musée secret».
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La femme est enfin incomparablement supérieure à l’homme dans les
beautés de détail. Le visage et chaque partie du corps vaut d’être
admirée de près. Il y a de grandes joies à détailler les beautés de la
femme. Ne nous en privons pas.
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Que conclure? Que la beauté absolue, celle qui s’établit par des plans,
se trouve plus souvent chez l’homme que chez la femme, que, par
conséquent, la femme vraiment belle est ce qu’il y a de plus rare au
monde, par suite de plus désirable,--c’est ce qu’il fallait démontrer.
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Autre conclusion. Que les hommes soient beaux, peu nous importe au fond,
car nous les regardons d’une vue toute désintéressée, objective, en
artistes, tandis que la beauté, même imparfaite de la femme, c’est comme
dit Stendhal, une _promesse de bonheur_, de ce bonheur terrestre qui
seul nous émeut.
Louons donc maintenant les beautés du corps féminin.
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Chez une femme de stature élancée, admirable est la chute des reins,
l’inflexion du dos, élargi et plat aux épaules, qui file comme un fleuve
serré par deux rives rapprochées, puis s’étale entre les hanches
arrondies.
Il y a le long de la colonne vertébrale, une coulée de lignes allongées
où les chairs, comme comprimées, paraissent plus fermes, puis elles se
détendent aux hanches jumelles où l’on sent une plénitude heureuse, un
repos, une halte, le luxe, l’indolence avant la descente vers les jambes
qui, elles, travaillent, et ne peuvent se permettre l’abondance.
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Comment dire la beauté des chairs qui vont de l’épaule au sein?
C’est un défaut, et grave, d’avoir le sein attaché sur la poitrine
plate. Il doit y avoir un passage insensible et délicat de l’un à
l’autre, un art infini des transitions. Quand le «morceau» est réussi,
quelle joie magnifique pour les yeux!
Un sein arrondi et ferme, délicatement fleuri en son sommet, exercera
toujours un attrait profond.
L’attache du bras est une des parties difficiles de la symphonie. Il
faut que l’ossature disparaisse, cachée par des muscles à peine indiqués
qui jouent librement sous la peau. Tout déploiement de force est
dangereux, de même la surabondance des chairs grasses.
La minceur de l’attache du bras, pour qui la regarde de face, est
surprenante chez la femme.
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Entre les seins, un vallon délicieux commence resserré, puis s’élargit
soudain. Il reste marqué entre les saillies légères que font les côtes.
C’est alors la taille amincie, colonne qui supporte le chapiteau épanoui
à double volute des seins.
Puis le ventre, que nous ne voulons plus gros comme à la Renaissance
italienne, mais tendu à l’antique et aplati comme un bouclier. Il fuit
sans bouillonnements vers les aines, là où sont cachées, comme dit
Shakespeare, les sources délicieuses.
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Les cuisses sont longues, bombées en arc, avec de la chair et pas de
graisse. Ce sont des travailleuses.
Le genou ne sera ni escarpé, ni rocailleux, il se fond dans la jambe.
Mieux vaut un mollet un peu sec qu’un mollet trop gras.
Il n’est pas tolérable que le pied soit épais et court. Un pied long,
mais fin et cambré, est une des jolies réussites du corps féminin.
Un pied élégant revêtu d’un bas semble une langue.
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Le bras tombe d’une ligne nette de l’épaule au coude.
L’avant-bras a le galbe d’un vase allongé d’où sortirait une fleur: la
main.
Qu’une jolie main souple sur un poignet fin est chose rare et belle!
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Les cheveux, abondants. On permet à la femme un excès de ce qui est
inutile, de ce qui n’est là que pour l’ornement. Les cheveux bouclés,
ondés et drus, l’emportent sur les autres, car ils ont de la vie, et la
lumière joue avec eux un jeu charmant et varié.
Aussi les femmes ont-elles toujours su communiquer à leurs cheveux, par
le moyen du fer, une vie artificielle à laquelle nous nous laissons
prendre.
La grâce des cheveux est multiple, qu’ils soient arrangés en bandeaux,
relevés ou crêpés, hauts ou bas, étalés enfin comme un voile mouvant qui
cache et montre tour à tour le mystère des yeux et le charme deviné du
sourire.
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L’oreille ne doit être ni plate, ni écartée de la tête, ni trop charnue.
Si elle se cache obstinément sous les cheveux, elle meurt loin de l’air
et de la lumière.
Morte, elle est horrible à voir.
Fine, délicate, allongée, bien ourlée, et rougissante à son extrémité,
voilà l’oreille parfaite.
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Quant au nez, il ne peut être large et camus. Retroussé? d’aventure.
Il faut un beau visage pour porter un grand nez.
Qu’il soit droit ou légèrement aquilin. Le nez aquilin qui se tolère
chez l’homme, donne à la femme, si la courbure en est trop accentuée,
l’air bête.
Il y a de la vie dans les narines qui frémissent et se gonflent, mais
qu’elles ne soient ni trop creusées ni trop plates. Partout nous suivons
la mince ligne qui sépare le trop du trop peu. Pauvre corps féminin!
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La bouche?
Il y a en elle tant de promesses de bonheur que c’est elle, après les
yeux, que nous regardons d’abord. Aussi a-t-elle plus d’une façon de
faire son salut et le nôtre.
Qu’elle soit grande, petite, flexible, sinueuse, droite, charnue ou
mince, il n’y a qu’une chose qu’on ne peut lui pardonner, c’est d’être
molle.
Il est des bouches qui sont comme le calice humide d’une fleur.
On ne peut croire qu’elles soient faites utilitairement pour avaler de
la nourriture. Elles semblent n’être là que pour être baisées. Pourtant
les femmes qui les ont mangent de fort bon appétit.
Elles devraient manger seules, à l’écart.
Des dents blanches et petites qui pourraient mordre si bien, si elles
voulaient; une langue, effilée, agile et rose, qui joue à se cacher
derrière la barrière des dents, voilà le mobilier de la bouche.
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Les yeux bruns, veloutés et chauds, les yeux comme des saphirs ou
pareils à des bleuets, les yeux aigue-marine, jade ou glauques comme la
mer, les yeux pâles et profonds, les yeux pervenche, si doux qu’on
voudrait les boire, les yeux noirs qui sont métal, ceux qui sont agate,
ceux qui sont soie moirée, les yeux dorés comme un beau fruit, les yeux
vifs et les yeux tristes, ceux qui pétillent et ceux qui pleurent, ceux
qui contemplent et ceux qui regardent, ceux qui gardent un secret et
ceux qui le disent, ceux qui se taisent et rêvent, ceux qui désirent et
parlent, ceux qui commandent, ceux qui obéissent, ceux qui incendient et
dont on ne peut soutenir l’éclat, ceux en qui seule une petite flamme
d’espoir veille, les yeux grands, petits, allongés, séparés ou
rapprochés, ovales, plus ou moins, à fleur de tête moins que plus, aux
paupières lourdes ou légères, lentes ou promptes, claires ou bistrées,
aux sourcils épais, ou effilés comme au pinceau, en arc à la byzantine
ou presque droits à la française,--les yeux, c’est assez s’ils vivent.
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Il y a autre chose que la beauté des traits.
Au moment où la femme tente un grand coup de séduction, entre seize et
vingt-deux ans, la nature, qui sait ce qu’elle veut, lui prête un charme
momentané qui n’est une qualité d’aucun des traits, mais de l’ensemble.
Chacun des traits, médiocre en soi, devient agréable. On dit alors:
«Elle a les yeux petits, mais ils ont du feu; le nez retroussé, il est
spirituel; la bouche est trop grande, soyons-lui-en reconnaissant,
puisque c’est pour découvrir de belles dents, etc., etc...»
En y regardant de près, c’est une qualité de la peau qui fait le charme
de la jeunesse; la sève circule abondante dans les tissus et donne au
teint de l’éclat, de la fermeté à la chair, du brillant aux yeux... Rien
n’est moins durable. Lorsque le prestige a opéré, que la jeune fille est
devenue femme, la nature s’en désintéresse aussitôt. Vous êtes en face
d’une personne sans éclat et dont les traits sont laids. Il est vrai que
si elle est votre femme et que vous avez vécu quelques années avec elle,
vous ne la regardez plus. Elle fait alors partie de votre vie comme un
meuble auquel on est accoutumé, qu’on se refuserait à acheter, mais que,
l’ayant, on laisse où il est, dans un coin.
Telle est la première floraison de la femme.
* * * * *
Il y en a, chez beaucoup, une seconde, celle-ci entre trente et quarante
ans.
A ce moment, la nature fait un nouvel effort. Généreuse, elle donne à la
femme une chance de plus, la dernière.
Celle-ci, c’est du surcroît, du luxe, c’est pour le bonheur. La femme
reprend avant la maturité un éclat qu’elle n’avait plus. Elle redevient
séduisante comme à ses dix-huit ans avec tout le charme en plus de
l’élégance apprise, avec le raffinement de dix ans passés à s’orner pour
plaire.
Qui profitera de cette heure de jeunesse?... Il est peu probable que le
mari qui ne regarde plus sa femme s’aperçoive même de cette
transformation. S’il n’est pas aveugle, et s’il craint les apanages du
mariage, il s’empressera de lui faire un enfant.