DE LA FATUITÉ DES FEMMES

On a beaucoup parlé de la fatuité des hommes. Occupons-nous de celle des

femmes.

Les femmes feignent de croire qu’il est dans l’ordre de la nature que

les hommes se meurent d’amour pour elles. Elles attendent les hommages,

condescendent parfois à les accueillir. Il semble qu’elles n’aient que

la difficulté de choisir entre tant d’adorateurs celui à qui elles

feront la grâce insigne de le distinguer.

Comédie! Comédie!... Les femmes jouent la comédie. Mais elles ne sont

pas dupes de leur rôle. Elles savent que la fatuité leur est un masque

utile sous lequel elle sont plus à l’aise pour livrer bataille.

En réalité la femme, au lieu d’attendre l’homme, va le chercher; elle a

mille tours charmants pour l’isoler, le flatter, le cajoler, le séduire;

elle lui donne une idée excessive de son mérite, lui montre de cent

façons détournées qu’il lui plaît, qu’il est le maître, qu’il n’a qu’à

se décider.

Ce manège de la femme est d’une difficulté inouïe; mais notre souple

compagne y déploie une prodigieuse habileté. Elle n’a pas un mot qui

choque, pas une phrase dont elle puisse rougir, pas une attitude

équivoque, pas un regard trop appuyé. Et pourtant, avec quelle grâce

elle s’offre!... Comme elle sait se mettre en valeur, s’habiller, se

laisser aller, se placer dans la lumière qui lui convient. Avec quel art

elle opère! C’est le triomphe des sous-entendus, des promesses jurées

sans avoir été dites, des délices évoquées sans un mot, des gestes qui

font entrevoir des paradis prochains, gestes si rapides, si hardis, si

insaisissables, qu’on craint de s’être trompé et d’avoir mal vu; on

n’ose pas comprendre, pas plus qu’on n’ose interpréter un regard tendre

autrement que comme le signe d’une grande innocence!... Auprès de la

femme naïve qui veut plaire, les artifices les plus subtils de don Juan

paraissent grossiers.

Pour comble de rouerie elles semblent se défendre; elles obligent

l’homme à attaquer, tant elles paraissent lointaines et sûres

d’elles-mêmes.

Otez le masque... Vous les verrez tremblantes à l’idée que peut-être

elles ne sauront ni attirer ni retenir celui qu’elles désirent.

Notes sur l'Amour · 第 46 / 81 题