Un défaut auquel rien ne remédie chez la femme est le manque de naturel.
On peut être duchesse, avoir deux millions de rentes, et garder du
naturel.
Une petite bourgeoise peut être infectée de snobisme. Nulle part le
snobisme n’est plus redoutable que chez les parvenus mondains. Comment
le comte de L... qui, hier encore, était M. L... et assez méprisé, qui a
acheté un titre de comte au Pape lorsqu’il eut touché les trente
millions de dot de sa femme, ne se sentirait-il pas obligé de prendre
des airs et d’adopter un ton cérémonieux dans sa maison? Il lui faut
bien être arrogant vis-à-vis de ceux qui, la veille, étaient ses égaux
et qu’il considère aujourd’hui comme ses inférieurs, mais le duc de R...
n’a aucune raison de chercher à améliorer sa position mondaine. Il voit
qui il lui plaît, des gens intelligents s’il est intelligent, des
imbéciles s’il est court d’esprit. En tout cas, il choisit suivant son
goût. Personne, en effet, ne conteste sa situation. Chacun sait d’où il
vient et que ses aïeux furent de parfaits courtisans de Louis XIV, le
plus grand de nos rois.
C’est pourquoi il faut fuir les gens qui ne songent qu’à se pousser dans
le monde. Il ne peut y avoir chez eux aucun naturel. Et les femmes sont
ici plus terribles que les hommes. Elles ont des existences plus vides
que les nôtres et cherchent à les remplir par les satisfactions de
vanité mondaine. Un échelon à gravir, puis un de plus, voilà ce qui trop
souvent les occupe.
Le grand défaut du snob est de juger par classes. A un certain titre
correspond pour lui une certaine valeur personnelle. Rien de plus
inepte.
Les gens intelligents et orgueilleux ne consentiront jamais à ne pas
juger eux-mêmes, et individuellement, ceux avec qui ils se trouvent. Ils
se refusent à se déclarer inférieurs à tel ou tel parce que titré et
riche.
Le snobisme, au fond, n’est autre chose que le respect des grandes
situations. Êtes-vous respectueux ou ne l’êtes-vous pas? Êtes-vous
résolu à juger toutes choses par vous-même? Voilà ce qui décide de la
question.
Aussi les variétés du snobisme sont-elles nombreuses.
Voici le snob mondain. On l’a décrit à satiété; en face de lui, il y a
le snob anti-mondain. Je me souviens que, pendant mon adolescence, il y
eut un moment où, dans le petit cercle de littérateurs sans barbe que
nous formions nous étions ces snobs-là, et, par haine du convenu et du
«Bourgetisme», nous déclarions seules dignes d’intérêt les âmes des
cuisinières.
Notre bêtise, pour être désintéressée, n’en était pas moins grande que
celle des snobs mondains, et peut-être plus.
Voici le snobisme intellectuel. Les femmes qui en sont atteintes sont
insupportables. De toutes, la prétention d’avoir de l’esprit, de penser
finement ou supérieurement, est celle qui se tolère le moins. Ah! le
terrible effort qui avorte! La flèche imbécile qui tombe avant d’être
arrivée au but alors qu’il serait si simple de ne pas viser plus loin
qu’on ne peut atteindre! Voyez ce qu’est une femme pour qui l’amour est
une occasion de faire de l’esprit!
Une femme spirituelle est délicieuse tant qu’elle reste, simple ou
compliquée, elle-même. Mais veut-elle briller, chercher l’effet et le
succès? Quel tact il lui faut garder! Que de dangers alors dans les
applaudissements qu’on lui prodigue! Au milieu de ce concert brillant
une fausse note, et tout est gâté.
Et nous avons encore le snobisme sentimental, le snobisme artistique, et
tous les autres...
Fuyons les snobs.