Les hommes à succès ne sont pas sans s’apercevoir, s’ils ont un peu de
clairvoyance, que les succès leur sont surtout faciles dans le petit
cercle où ils ont accoutumé de vivre. Une fois qu’ils y ont conquis une
femme, leur avenir est assuré.
Les habiles restent dans le pays dont ils connaissent les habitants et
les mœurs. Ils y sont entourés d’un incomparable prestige. On les croit
invincibles; cela suffit pour qu’ils le deviennent. Ils ont l’autorité
qui ne se discute pas.
Le monde parisien, divisé à l’infini en petites paroisses, est plein de
coqs de village. Chacune de ces paroisses a un homme à succès qui la
régente. Il opère dans deux ou trois maisons choisies; il y connaît les
tenants et aboutissants de chacun, les avenues qu’il faut suivre et qui
mènent au succès. Il donne ainsi la bataille sur le terrain de son
choix. Sa sagesse est de n’en pas sortir.
Arrive-t-il dans un cercle inconnu, il ne fait rien qui vaille. En vain
prend-il des airs avantageux. On ne sait ni qui il est, ni ce qu’il a
fait. Et si l’on dit de lui: «C’est un tel; il a eu des succès», les
femmes le regardent à peine et murmurent dédaigneusement: «Est-ce
possible? Vous vous trompez.»