Dissertations sur l'origine des peuples de l'Amerique; lesquels il a
fait venir de Groenland, & a voulu que les premiers habitans de
Groenland soient venus de Norvegue. D'où il a conclu que les premiers
habitans de l'Amerique ont esté Norvegues. Et nous l'a pretendu faire
accroire, par une certaine affinité qu'il s'est figurée, de quelques
mots Americains, qui finissent en _lan_, avec le, _land_, des Alemans,
des Lombards, & des Norvegues; & par le rapport des moeurs, qu'il dit
estre, entre les Americains, & les Norvegues, qu'il prend pour les
Alemans de Tacite. Vous jugerez, Monsieur, par la suite, & le
raisonnement, de tout mon discours, que cét Autheur s'est mesconté en
toutes façons.
Premierement, en ce que les Norvegues n'ont pas esté les premiers
habitans du Groenland, comme il appert par les Relations, & les
demonstrations, que je vous en ay faites; Et que M. Vormius,
tres-sçavant dans les antiquitez du Nord; bien loin de rapporter
l'origine des peuples de l'Amerique, aux peuples de Groenland; croit que
les _Sklegringres_, originaires habitans du _Vestrebug_, de Groenland,
estoient venus de l'Amerique.
Secondement, il s'est trompé, en ce qu'il y a peu, ou point d'apparence,
que le Groenland soit continent avec l'Amerique; & que le passage de
l'un, à l'autre, n'a pas esté si connu, ny mesme si possible, qu'il se
l'est imaginé. Il s'est abusé tiercement, en ce que je vous ay fait
voir, qu'il n'y a nulle affinité de langage, ny de moeurs, entre le
Groenland, & la Norvegue; & que s'il veut que les Norvegues ayent
communiqué leur langue, & leurs moeurs, aux Americains, il faut qu'ils
ayent passé par ailleurs que par le Groenland, pour aller en Amerique.
J'aurois en cét endroit une belle occasion d'insister sur les autres
mescontes du Dissertateur, de luy rendre ses paroles, & de le renvoyer
au pays des Visions, & des Songes. Mais puis qu'il dort son dernier
sommeil, laissons-le dormir en repos, & finissons ce discours pour
nostre commune satisfaction. Je fais conscience d'interrompre le cours
de ces Compositions si doctes, & si elegantes, que vous nous donnez tous
les jours à pleines mains, par la lecture d'un Escrit qui n'est, ny de
la touche, ny du prix de vos excellents Ouvrages; & quelque bonté que
vous ayez pour moy, je ne fais nulle doute que vous ne soyez aussi
content d'avoir achevé de lire cette Lettre, que je suis ayse d'avoir
achevé de l'escrire, & de vous dire
MONSIEUR,
que je suis
Vostre tres-humble, & tres-affectionné serviteur
De la Haye le 18. Juin 1646.
_Privilege du Roy._
LOUYS par la grace de Dieu, Roy de France & de Navarre: A nos amez &
feaux Conseillers, les Gens tenans nos Cours de Parlement, Maistres des
Requestes ordinaires de nostre Hostel, Baillifs, Seneschaux, Prevosts,
leurs Lieutenans, & tous autres nos Justiciers & Officiers qu'il
appartiendra, Salut. Nostre bien amé AUGUSTIN COURBÉ Libraire à Paris,
Nous a fait remonstrer qu'il desireroit imprimer, _la Relation de
Groenland_, s'il avoit sur ce nos Lettres necessaires, lesquelles il
nous a tres-humblement suppliez de luy accorder. A CES CAUSES, Nous
avons permis & permettons à l'Exposant; d'imprimer, vendre & debiter, en
tous lieux de nostre obeyssance ledit Livre, en telles marges, en tels
caracteres & autant de fois qu'il voudra, durant l'espace de cinq ans,
entiers & accomplis, à compter du jour qu'il sera achevé d'imprimer pour
la premiere fois: Et faisons tres-expresses defenses à toutes autres
personnes, de quelle qualité & condition qu'elles soient de l'imprimer,
faire imprimer, vendre ny distribuer en aucun endroit de nostre Royaume,
durant ledit temps; sous pretexte d'augmentation, correction &
changement de tiltre ou autrement, en quelque sorte & maniere que ce
soit, à peine de quinze cens livres d'amendes, payables sans deport, par
chacun des contrevenans, & applicables un tiers à Nous, un tiers à
l'Hostel-Dieu de Paris, & l'autre à l'Exposant; de confiscation
d'exemplaires contrefaits, & de tous despens, dommages & interests: A
condition qu'il en sera mis deux exemplaires dudit Livre en nostre
Bibliotheque publique, & un en celle de nostre tres-cher & feal le sieur
Seguier Chevalier, Chancelier de France, avant que de l'exposer en
vente, à peine de nullité des presentes: Du contenu desquelles Nous vous
mandons que vous fassiez jouyr pleinement & paisiblement l'Exposant, &
ceux qui auront droict d'iceluy, sans qu'il luy soit fait aucun trouble
ny empeschement: Voulons aussi qu'en mettant au commencement ou à la fin
dudit Livre, un bref Extrait des presentes, elles soient tenuës pour
deuëment signifiées, & que foy y soit adjoustée, & aux copies d'icelles,
Collationnées par l'un de nos amez & feaux, Conseillers & Secretaires,
comme à l'original. Mandons aussi au premier Huissier ou Sergent sur ce
requis, de faire pour l'execution des presentes, tous exploits
necessaires, sans demander autre permission; CAR tel est nostre plaisir,
nonobstant oppositions ou appellations quelconques, & sans prejudice
d'icelles: Clameur de Haro, Chartre Normande, & autres Lettres à ce
contraires. DONNÉ à Paris le dix-huitiéme jour de Mars, l'An de grace
mil six cens quarante-sept. Et de nostre Regne le quatriéme. Signé par
le Roy en son Conseil, CONRART.
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Achevé d'imprimer pour la premiere fois le dernier jour d'Avril 1647.
* * * * *
Les Exemplaires ont esté fournis.
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NOTES SUR LA TRANSCRIPTION
L'orthographe et la ponctuation sont conformes à l'original. Cependant
on a résolu les abréviations, et différencié les lettres u/v et i/j
conformément à l'usage moderne.
On a effectué les corrections signalées en errata, ainsi que les
corrections suivantes indiquées de façon manuscrite sur l'exemplaire
d'origine:
Snorro Storlefonius > Storlesonius
Une annotation précise: Arngr. Jon. spec. Isl. p. 36 [...]
Snorro Storlesonius, i.e. Snorre Storla-son, sive Snorro Storlæ F.
l'Onix > l'Orix
Annotation: Relat. d'A. de la Croix, Tom. 3. l. I. ch. 1.
p. 288. Licorne d'Ethiopie.
Dithmatche > Dithmarche
nulle bonté > nulle honte
End of Project Gutenberg's Relation du groenland, by Isaac de La Peyrère