_Lili, harc’antet ho delliou_
_War vord an dour ’zo er prajou_[N]...
Les lys, aux feuilles d’argent,
Sont sur le bord de l’eau, dans les prés...
D’azur, d’émeraude et d’or, le ciel bleu, l’espace blond, les grands
arbres au loin et la prairie qui brille... La splendeur et la joie
brèves de l’été breton. Le divin soleil inonde d’or le vaste plateau,
autour de la chapelle. Dans les bosquets, au creux du vallon, les
alouettes ne s’arrêtent pas de triller; et le cri rieur retentit, écho
qui se répète, des cailles qui s’appellent, semblables à des enfants qui
jouent.
L’ardente lumière se penche sans la flétrir sur la fraîcheur bruissante
des sources et les feuillages verts. Ce n’est pas l’été aride du midi.
Sous le ciel frémit joyeusement la dentelle des larges arbres et l’herbe
épaisse. L’air bleu s’appuie sur les branches; et sous l’ombrage, la
clarté sinue lointaine,--dans un tunnel bleuissant, un canal d’or. La
route éblouit de blancheur, d’acier vif le long des talus qui
flamboient. La brise flotte et sent la mer. Le vent pur fait palpiter
une atmosphère de rayons, et passe sur le front des hommes, sur la tête
des arbres. Une chaude haleine porte les parfums salés de la vague, et
la douceur enivrante des fleurs tièdes, ces amoureuses. Et il court des
bouffées pieuses, odorant la cire ardente et l’encens.
* * * * *
L’espace est de miel qui poudroie. Sur la lande plane une vapeur rousse.
Entre les pins, colonnes brunes aux chapiteaux célestes, étincelle le
sable de la baie et la mer glauque: un bouclier d’émeraude sertie dans
un disque de cuivre. Pareilles à des ruisseaux, où l’on a effeuillé un
nombre infini de roses, les bruyères descendent en sentiers, et coulent
sur les pentes de la montagne. Et près d’elles, les genêts éclatants
éparpillent leurs robes jaunes, qui semblent des monnoies cornées sur un
bord. Un silence magnifique règne parmi la foule des pèlerins; on
n’entend que le bourdonnement contenu de la vie, de la joie pieuse, et
le grand souffle d’eau, l’orgue infini, le murmure de la mer, qui meurt
au bas de la falaise.
* * * * *
Un peuple immense va et vient, monte, descend et tourne autour de la
montagne. Beaucoup sont pieds nus, le front découvert, le chapeau à la
main. Toute cette procession d’hommes, en vingt flots qui se croisent,
est noire dans la lumière. Mais la couleur de l’assemblée n’en est que
plus éclatante; parmi les bannières éployées, les reliquaires de métal,
et le brocart qui scintille, les jeunes filles et les femmes, les beaux
visages de perle enchâssés dans les coiffes de dentelle et de linges
blancs, se balancent, frissonnent, se baissent et se relèvent, lys
candides,--tandis que d’autres femmes, et les enfants vêtus de rouge,
coiffés de bonnets écarlates, jaillissent, pavots naïfs, et fleurs de
pourpre.
Étincelants, sur le brocart solaire, les pavots et les lys
s’épanouissent. Mais au delà de cet or mystique, tout encore, le val, la
montagne, les arbres et la mer, tout est vert...
LXXVIII
FUNÉRAILLES
Automne, dans la lande de Loc-Maria.
Au loin, un son de clochette tinta.
C’était une note aiguë et grêle. Elle sonnait lentement, à intervalles
inégaux, tantôt plus rapide et tantôt se faisant attendre. On eût dit le
son de la bruine tendue sur l’espace, quand elle se résout et tombe en
une longue goutte d’eau.
La lande coulait sans fin sous le ciel gris. Il faisait un temps
couvert, transi, humide. La pluie tombait parfois dans les langes de la
brume, comme un trait de violon monte et descend sur une tenue des cors
et des hautbois. Et parfois le soleil, à son déclin, perçant l’enveloppe
des nuages, jetait un regard malade, fumeux et las sur l’étendue
pluvieuse.
La lande était sans borne, une houle sombre sous le ciel gris. Il était
déjà tard; l’après-midi d’automne se perdait dans une heure incertaine.
Le désert des ajoncs fuyait sous le lointain brouillard; de buissons en
buissons, de fossés en fossés, la plaine du ciel et la terre se
parlaient, toujours plus proches l’une de l’autre; et la même vapeur
flottait comme une buée entre leurs lèvres grises. La brume
transparente, à l’horizon s’était couchée sur le sol, enveloppant les
bois d’une robe blanchâtre et cachant les pieds des arbres; ils
semblaient surgir, entre ciel et terre, d’un incendie sans flammes.
* * * * *
De plus près, la clochette tinta. On ne voyait personne. Puis, on
entendit le bruit sourd des roues sur la terre molle, quand elles
s’enfoncent dans la boue, et que les pierres de la route trempent dans
cette purée grasse, paraissant et disparaissant à la surface comme des
épaves sur le flot. La clochette sonna aiguë et plus tintante encore. Un
chariot parut, bas sur des roues pleines et jaunes, attelé de deux
vaches noires; le front baissé, elles avaient de la boue par plaques,
jusque sur les cornes. Un garçon en sabots les piquait. Une vieille
femme suivait le chariot, un cierge à la main; et deux hommes, la face
noircie par une barbe déjà ancienne, accompagnaient la vieille femme;
elle pleurait et murmurait des prières, en reniflant; eux, étaient
sombres, impassibles; ils enfonçaient leurs chapeaux de feutre sur la
nuque, quand l’averse tombait; et souvent, aux paroles récitées par la
mère, ils se découvraient et, chaque fois, se signaient rapidement.
Une chienne, aux longs poils roux, maigre et la queue serrée entre les
jambes, suivait la vieille femme sur les talons; elle avait les pattes
chaussées de boue jaune; et trempées d’eau, ses oreilles pendaient
comme du cuir mouillé, laissant perler des gouttes...
Sur le chariot, un cercueil était couché. Une bâche de toile, rougie au
tan, le protégeait de la pluie, écrin d’un trésor misérable; elle
s’affaissait déjà sous le poids de l’eau et collait à la bière, en
dessinant la forme funèbre comme un linge sanglant. Les hommes
répétaient les mots de la prière, sur un ton de demi-chant. Ils avaient
la voix grave, un accent lent et guttural. Ils semblaient conduire les
obsèques inexorables de la lande, de l’Océan invisible, du ciel et de la
pluie...
Ils passèrent.
Le son de la clochette s’éloigna, aigu et triste, un cri d’oiseau
blessé...
Il pleuvait plus fort. Le ciel se fit plus livide sur la lande déserte,
la lande infinie.
LXXIX
LE MANOIR
Ar Maner Ker Enor, à Plopers... Août.
Que la simple beauté du Manoir paraît inimitable à celui qui la
découvre... Comme je venais ce matin d’août, à l’heure où toute la
nature semble plus libre, et se réjouir enfantine de l’absence de
l’homme,--je tournais le dos à la mer depuis le point de l’aube, et je
m’élevais dans un pays montueux, coupé de ravins et de bois. J’avais
fait le tour d’un marais jonceux, qui renvoyait du coin de ses lèvres
vertes son sourire douloureux à l’aube,--l’aube qui toujours a l’air de
rêver dans la torture. Le souffle de cette heure a l’odeur terreuse et
le froid humide des cimetières: il arrachait une plainte aux roseaux...
Et voici qu’au delà de la rivière, isolé sur sa hauteur, presque caché
entre deux collines, le Manoir se montra: solide, pensif et séculaire.
Passé l’étang, et le vent dans les feuilles,--passés les fossés et les
bonds de la lande qui fuit,--passée la rivière aux eaux d’argent
verdi,--le Manoir semblait la pensée de ce qui dure au milieu de tout
ce qui s’écoule; et son être de pierre donnait leur sens aux sombres
harmonies du paysage. Toute image de la durée séduit ma tristesse...
* * * * *
Il disait la noire mélancolie, la gravité et le songe taciturnes. Non
point la tristesse qui se détruit elle-même,--mais celle qui se
soutient, et qui repose sur des fondations presque indestructibles. Le
grand air du passé ennoblissait cette vieille demeure: ce n’était
pourtant qu’une maison longue, aux fenêtres rares; mais à l’un des
angles, une large tour ronde, en forme de donjon, lui donnait beaucoup
de caractère; la couleur des murailles, le lierre qui les avait revêtues
sur les côtés opposés à la façade; et, plus que tout, l’accord de la
maison et de la contrée faisaient la beauté du manoir solitaire. Il
sentait le granit; il proclamait qu’il en était fait; et sa face hâlée
en semblait fière, comme le visage du marin au retour des navigations
périlleuses et des longues campagnes. Il paraissait plus vieux que les
rocs, pour avoir survécu à beaucoup d’hommes qui le virent, qui y
vécurent, et morts, qui le quittèrent. Les larges ormeaux et les hêtres
spacieux l’entouraient, s’étageant sur les derrières, comme une famille
de compagnons et d’ouvriers domestiques. Au delà des arbres, la Montagne
Noire ondulait, couronnée de bois noirs sur le ciel clair, où un beau
nuage, réfléchissant la lumière, s’arrondissait comme un dais aux
courtines d’or. La lande encore obscure courait dans sa fuite éternelle,
traversée de ravins pareils à des rides sur un visage austère, et semée
de sentiers gris, lacets d’argent sur une robe de veuve.
De la hauteur, où je me tins dans le silence et la rêverie déjà plus
chaude du matin, la mer à l’horizon, la mer n’était plus qu’une pensée
confuse de douleur qui sommeille,--et ses aspects, autant qu’ils sont
éternels, semblaient d’ici être à jamais sans caprices...
* * * * *
La rivière s’illumina, et prit la couleur de l’orange non mûre... Elle
poussait gaiement ses eaux vers l’orient qui dore tout ce qui
l’approche. Les oiseaux s’éveillèrent; et la lutte tournoyante des
insectes, qui n’a jamais de fin pendant le jour, reprit, traçant dans
l’espace des courbes non moins fatales que celles des astres. Mais la
tour du Manoir, d’où surgirent les charmantes hirondelles, flèches
ailées où l’espoir aime à se reconnaître,--la tour parut plus noire que
jamais, antique et fixée dans le sol par des murs si épais que toute une
maison, aujourd’hui, n’est pas plus épaisse; et, roide en sa méditation,
la demeure pensive faisait songer au passé qui se contemple...
LXXX
LE PETIT SAINT JEAN
STATUETTE. En été, à Kerloc’h.
Au soleil couchant, brillait, pailleté d’or, le chaume roux, égal comme
la fourrure d’une bête qui dort. Derrière le mur de la dune, dans le
fossé sablonneux, se cache la masure brune, près de la mare à demi
desséchée, où l’eau ressemble à la peau gâtée d’un fruit.
Le charmant enfant était debout, à l’entrée de la chaumière. Il se
tenait, sans faire un pas, devant le trou noir et bas de la porte. La
maison était vide. Il la gardait; et il avait sur les bras une petite
fille qui ne parlait pas encore, mais qui parfois bégayait. Il l’avait
assise commodément entre son épaule et son coude en équerre. Il se
défendait le moindre mouvement, pour ne pas déranger le siège droit,
qu’il avait ainsi fait à sa sœur. De l’autre main, tantôt il retenait le
frêle équilibre de l’édifice; tantôt il flattait le visage de la petite,
ou lui prenait les doigts. Elle avait la tête au niveau de la sienne,
et elle lui riait, en bordant ses lèvres l’une sur l’autre, comme font
ceux dont la langue ne rencontre pas le rempart des dents.
Il avait dix ou onze ans. Sa beauté était rare et exquise. A moitié nu,
on lui voyait les pieds, les jambes et tout le haut de la poitrine. Il
était maigre et fin. Il avait la couleur blonde de la terre cuite. Des
cheveux dorés entouraient son haut front de boucles harmonieuses, comme
les virgules de la vigne,--pampre gracieux sur sa joue et ses tempes. Il
avait le col allongé d’une jeune fille, et les yeux d’un bleu profond.
Toutes ses lignes étaient longues, sveltes, et d’une maigreur parfaite.
Son père avait été un très beau matelot.
A la question s’il était seul, et si son fardeau ne lui semblait pas
trop pesant, il répondit en rougissant, d’une voix douce; il avait un
charmant sourire, où parlaient une tendre résignation et une dignité
naturelle. «C’est la petite sœur, fit-il... Elle m’aime...» Mais il n’en
dit pas plus.
Il me parut le petit saint Jean de la dune. Il m’en rappelait un de son
âge, que j’ai vu en bronze à Florence, et un autre, vivant et doré comme
lui, que j’ai rencontré, un matin, près de San Zanipolo; mais ce
Vénitien bavardait avec une jeune fille rieuse, brillante et gaie comme
une fleur. Tandis que le petit Breton, debout à la porte du chaume,
avait déjà l’habitude du silence; et, comme un vol sur l’eau, l’aile
d’un rêve triste passait déjà sur le sombre cristal de ses yeux.
LXXXI
NUIT EN LOCTUDY
12 novembre.
La nuit est noire comme un gouffre.
Le Noroit pousse une pluie épaisse et glacée. La rafale passe, rapide;
et le silence, entre-temps, s’établit sinistre, haineux, immense.
On devine la brume plus qu’on ne la voit, à l’éclat voilé des feux, dans
le lointain, aux points de l’horizon où l’on cherche les phares. Dans
les intervalles que laisse la rumeur du vent, on n’entend que le
hurlement rauque de la sirène, et le galop reculé de la terrible Torche.
Le ciel et la contrée se confondent en une masse d’encre, où court le
reflet lugubre du grand feu de Penmarc’h, semblable à un éclair louche
sur un disque de bitume.
Le vent jette contre les vitres les paquets d’eau qui s’y écrasent, et
qui dégouttent lentement. De temps en temps, l’eau roule du toit avec un
grincement qui ressemble à un cri étouffé de bête. Et la girouette crie,
comme une pie enrouée, sur son axe de rouille.
La mer roule sa plainte, là-bas, dans le gouffre de la nuit noire. Le
silence est bien plus émouvant de n’être troublé que par elle. Une
tristesse forte et large tombe sur tout le pays,--une tristesse qu’on
aime comme un hôte divin, inévitable et qui se fait craindre.
Et là-bas, partout, c’est l’Océan qui gronde, sur les bords de la Nuit.
La solitude est pleine de cette voix immense. Et celui qui
l’écoute,--seul aussi,--reste pensif, s’ennuie à l’idée d’entendre le
son de la voix humaine, et sent son cœur profond devenir taciturne...
* * * * *
C’est dans le même mois, nuit pour nuit, et par un temps semblable que
j’ai perdu ce que j’avais de plus cher au monde. La journée avait été
venteuse, livide et froide; le ciel était nuageux. Et le lendemain, je
fus seul... Et il plut à torrents... Et dans mon souvenir, je tremble
encore à l’horreur où me jetait l’idée de toute cette terre noire,
glacée et humide... Hélas! sur cet Amour si profond, que je n’en ai
point été séparé sans être à jamais déchiré de moi-même, que de soleils
ont passé depuis, que de pluies sont tombées, que de jours et de
nuits...
La pensée ne peut fixer longtemps cet abîme, et refuse d’y croire. Ou,
il lui faudrait s’y précipiter...
Emporte, emporte-la donc, toi qui sais te répondre, solitaire Océan.
L’ADIEU
19 novembre. _Kenavo_...
Le dernier jour est venu: voici le matin, dont je ne verrai pas le soir,
en Bretagne. Je fais mes derniers pas le long de la mer entre les rocs
et la lande. Qui dira votre langueur, promenade de l’Adieu?--La terre
que l’on aime est comme une amie affligée, que l’on quitte pendant son
sommeil.
J’ai laissé Pont-L’Abbé, et je revois l’Océan terrible. Les nuées de
plomb roulent lourdement dans le ciel pluvieux. Et les rocs impassibles,
violents et silencieux, comme les résolutions d’une âme volontaire,
laissent écumer contre leurs bases la colère des vagues. Le flot monte,
noir comme les violettes dans une prairie, par une journée d’orage. Au
loin, sous un pan du voile relevé où la lumière passe en éclaircie, le
pré des vagues a la couleur d’une sombre pensée, dont le cœur d’or pâle
luit sur les pétales bleuâtres... Adieu, donc.
* * * * *
Qu’aimerai-je, si je n’aime pas la tristesse, moi qui suis tout
passionné et tout triste. Et la tristesse de ce pays pensif est pour mon
âme un berceau, où m’endort une mère délicieuse. Celle qu’elle est se
retrouve en celui que je suis, et bien faite pour lui, bien fait pour
elle.
Elle, qui est si douce, si dure, si frémissante dans ses rêves, et si
indifférente au reste de l’univers, connaît bien mon fiévreux ennui. Je
vais au bord le plus lointain de la terre, là où la Bretagne s’enfonce
dans la mer, maintenant que tous les hommes et ses propres fils se
précipitent vers les lieux de la foule; et je leur tourne, comme elle,
un dos de granit.
Le tombeau de la mer est celui que j’envie,--la tombe très profonde, où
la colère est éternelle comme le mépris, et où la grâce suprême est
solitaire. Le tombeau de la mer orageuse est la demeure que
j’envie,--celle où la tempête est déserte, et où la paix elle-même est
amère.
C’est vous que je préfère, ô vagues,--ou vous, landes muettes sous la
brume, entre les arbres pieux, qui baissent la tête, et les rocs
indignés à la nuque imployable qui ne cèdent jamais, et qui, tour à
tour, pâlissent de courroux, et s’assombrissent de noir dédain.
Je veux mourir ici, où j’ai senti les linges tièdes de l’oubli
envelopper mes os brûlants de fièvre, et détendre mes muscles raidis. Je
veux mourir ici, où le rêve puissant de la vie s’endort dans une fraîche
paix, qui le délasse. Car, où ne se consume-t-il pas de son ardeur?
Partout, il se dévore.
Taciturne et plein de chants, selon que l’une ou l’autre passion
l’emporte, ici j’ai la terre qui répond ou qui écoute, qui se tait
quand il faut, et qui parle. Émeraude au cœur profond, Bretagne, nous
nous dirons nos chants. Je veux mourir, roc sur ta roche, où le pâtre
aux yeux purs chante encore, tandis que la vierge aux cheveux de lin,
pareille au soleil d’avril sur les bouleaux, sourit tendrement de ses
lèvres encore aussi virginales qu’elle.
* * * * *
Émeraude au cœur profond d’océan, tu es aussi violente et douce. Tes
vagues tuent; et tes prairies si vertes font un tapis où les pensers
acerbes s’endorment sur le gazon, au pied des chardons à la fleur
cuisante.
Puissé-je épuiser ici une vie inépuisable, dont la sève coule dans mes
veines comme un fleuve d’or fondu et de puissance croupie. Puissé-je
endormir, sous les feuilles pluvieuses de Cornouailles, les bonds de la
domination et les humeurs de la volonté, qui se font vénéneuses de
grandir secrètes dans mon âme et de pousser sous des chaînes,
ensevelies.
Puissé-je étendre à l’infini occidental des vagues le rêve de la
grandeur, que prétend insulter la vie. Et puissé-je endormir, sur les
derniers bords des solitudes atlantiques, la grandeur de mon désir dans
une paix égale..
FIN
TABLE
DÉDICACE III
I.--Vers l’Ouest 1
II.--De la Fenêtre 8
III.--La Paix de Kergoat 10
IV.--Le Fol et la Sœur blanche 13
V.--Naïk 17
VI.--Entrée à Benodet 23
VII.--Les Vieux 26
VIII.--Triomphe des Barbares 32
IX.--La Mer parle 36
X.--La Danse 40
XI.--Tugdual 43
XII.--Bucoliques de Septembre 47
XIII.--Fin de Fête 52
XIV.--La Belle du Mail 59
XV.--Une Hutte 62
XVI.--Fin du Jour 66
XVII.--Tempête 68
XVIII.--Visite au Phare 72
XIX.--Petits Bretons 75
XX.--Annonciation du Soir 79
XXI.--Brumaire 81
XXII.--Le Jour des Anges 84
XXIII.--Penmarc’h 92
XXIV.--Arcadie 95
XXV.--Calvaire 98
XXVI.--Seigneurs 101
XXVII.--Le Pauvre Pêcheur 105
XXVIII.--Heures d’Automne 113
XXIX.--L’Ile 118
XXX.--Le Phare 121
XXXI.--En Fouesnant 124
XXXII.--Route au crépuscule 128
XXXIII.--Les Deux _Mam-Gouz_ 131
XXXIV.--La Nuit des Fées 135
XXXV.--_Glazik_ 138
XXXVI.--Le Jour des Morts 141
XXXVII.--Le Chant humilie les Bêtes 143
XXXVIII.--Dunes 146
XXXIX.--Matin en Mer 149
XL.--Soir d’Automne 152
XLI.--La «Douce» 155
XLII.--Spectacle 161
XLIII.--Fantômes 165
XLIV.--La Dame aux Oies 168
XLV.--Un Champ et le Chemin montant 173
XLVI.--Le Bain 176
XLVII.--Le Soir sur la Lande 180
XLVIII.--Le Vent 182
XLIX.--Estampe dans le goût du Japon 184
L.--L’Angelus 187
LI.--Le Fjord 189
LII.--Crépuscule d’Octobre 191
LIII.--Sainte Barbe 193
LIV.--Pontiques 200
LV.--Sur le Tertre 207
LVI.--Combat des Dieux 211
LVII.--Pavois 214
LVIII.--L’Homme sans tête 216
LIX.--Pont-l’Abbé 228
LX.--Le Voyageur 233
LXI.--Foin de Rostillec 236
LXII.--Géorgiques 241
LXIII.--Port de guerre 248
LXIV.--La Foi 252
LXV.--La Lande d’Or 257
LXVI.--Les Fillettes 259
LXVII.--Feuilles Mortes 262
LXVIII.--Arcades Ambo 268
LXIX.--Les Phares 272
LXX.--Quête pour la bonne guérison 275
LXXI.--Fidèle 280
LXXII.--La Sainte 287
LXXIII.--L’Agneau 293
LXXIV.--La Jeune fille à la bague 296
LXXV.--Chant de la Nuit 298
LXXVI.--Un vieux Breton 300
LXXVII.--Lys et Pavots 303
LXXVIII.--Funérailles 306
LXXIX.--Le Manoir 309
LXXX.--Le petit Saint Jean 312
LXXXI.--Nuit en Loctudy 314
L’ADIEU 316
IMPRIMERIE BUSSIÈRE
Saint-Amand (Cher).
NOTES:
[A] _Dans l’évêché de Cornouailles, au Bord de la mer bleue._
Cantique Breton.
[B]
_Ar Vretoned_
_pennou kalled_...
[C] Vent de Sud-Est: on prononce _Suette_.
[D] C’est le nom qu’on donne aux Bretons du pays de Pont-l’Abbé, où ils
forment sinon une race distincte, du moins un clan singulier par le
costume, l’accent et les mœurs particulières.
[E] Mon Dieu! mon Dieu!
[F] _Bamm_ est le mot de Crozon pour _dame_! et, généralement, le
condiment dont il assaisonne tous ses discours.
[G] _Mam-Goz_,--grand’mère en breton: littéralement, vieille mère.
[H] C’est, pour le Breton, le nom de l’amie ou de la fiancée, de la
bien aimée.
[I]
_Petra gan_
_Al lapouzik war al lan?_
..........
_Gan hag gan hé vignonès_...
[J] Jeu de mots. _Fri_, en breton, signifie: le nez.
[K] Comme on les nomme de la pièce caractéristique, qui termine la
coiffe des femmes.
[L]
_Ann dud jentil nevez zo kri;_
_Gwel a oa re goz da vistri._
Cf. Barz-az-Breiz, 403.
[M] Mettre aux enchères.
[N] Cantique breton.