Dernières conséquences du moyen âge italien.
Demandez à Machiavel pourquoi l’Italie moderne, qui rayonne du sentiment
du beau et de l’instinct du grand, a toujours manqué la conquête de la
liberté. C’est que son monde social était peuplé de personnages
semblables à l’Osio; rusés, hardis, sans équité.
C’est son malheur et non sa faute. Dans la vie privée même, son
éducation sans liberté morale lui a toujours fourni trop de Machiavels,
de Castracani, de Vilollozi, de Baglioni; trop de ces intelligences
aiguisées pour la fraude; gens de trop d’esprit; tacticiens de
l’égoïsme, pleins de vénération pour la manœuvre. Ainsi s’efface le
sentiment du juste; ainsi périt la _liberté_ qui est le _droit_. Bailly,
lorsque des monstres le traînaient à la mort, s’écriait: «_Vous voulez
être libres et vous ne savez pas être justes_»; beau mot adressé par un
mourant à une autre nation qui ne doit pas l’oublier.
Que d’iniquités dans ces rapports entre les maîtres et les vaincus!
L’avant-scène de notre récit nous montre déjà une enfant emprisonnée
dans le cloître, et sa vie mise au rebut, et sa conscience forcée; une
suzeraine qui est religieuse; une humble novice qui est princesse; la
morale, le confessionnal, l’éducation livrés à un Arrighone.
Bientôt le crime et le sang vont regorger autour de nous et nous
apprendre ce que le moyen âge italien avait fait en 1609 de cet
admirable peuple.
Il avait désiré la liberté; mais ses orageuses républiques n’avaient
jamais pu ni la fonder ni même l’inaugurer, faute de justice.
Le monde païen avait légué à ce peuple l’amour de la force; et quiconque
aime la force aime l’esclavage. Ses républiques splendides avaient
espéré créer la liberté en organisant l’État; mais elle ne se réalise
que par la valeur de l’individu.
Enfin, confondant le pouvoir spirituel avec le pouvoir temporel et
absorbant l’un dans l’autre, elles avaient marié le Khalifat avec
l’anarchie; de manière à ruiner la liberté et la justice, l’individu et
l’État.