Cher monsieur Zola,
C'est avec émotion que je vois la division Margueritte et le nom de
mon père jouer un rôle dans _la Débâcle_. Je pressens que vous serez
sympathique aux efforts perdus de cette belle cavalerie et à la mort
de son chef, sacrifié avec tant d'autres, à Sedan.
Laissez-moi saisir cette occasion--je n'en pourrai trouver une
meilleure--pour me décharger auprès de vous, en toute franchise, d'un
regret qui me pèse depuis longtemps. En m'associant, il y a quelques
années, à ce manifeste contre vous, j'ai commis une mauvaise action
dont mon extrême jeunesse m'empêcha alors de comprendre la portée,
mais dont j'ai eu quelque honte depuis, lorsque j'ai mieux compris
le respect qu'on se doit, d'homme à homme, et que je devais surtout,
moi débutant de lettres et fils de soldat, à une vie d'écrasant
labeur, de fier combat et d'exemple, comme la vôtre.
Il y a longtemps, cher monsieur Zola, que je voulais vous écrire cela.
En tardant, je n'ai fait que prolonger mes regrets et la conscience de
mes torts. Voudrez-vous bien accepter ces excuses aussi franchement et
complètement que je vous les offre?