9 mars 1892.

Cher monsieur Zola,

C'est avec émotion que je vois la division Margueritte et le nom de

mon père jouer un rôle dans _la Débâcle_. Je pressens que vous serez

sympathique aux efforts perdus de cette belle cavalerie et à la mort

de son chef, sacrifié avec tant d'autres, à Sedan.

Laissez-moi saisir cette occasion--je n'en pourrai trouver une

meilleure--pour me décharger auprès de vous, en toute franchise, d'un

regret qui me pèse depuis longtemps. En m'associant, il y a quelques

années, à ce manifeste contre vous, j'ai commis une mauvaise action

dont mon extrême jeunesse m'empêcha alors de comprendre la portée,

mais dont j'ai eu quelque honte depuis, lorsque j'ai mieux compris

le respect qu'on se doit, d'homme à homme, et que je devais surtout,

moi débutant de lettres et fils de soldat, à une vie d'écrasant

labeur, de fier combat et d'exemple, comme la vôtre.

Il y a longtemps, cher monsieur Zola, que je voulais vous écrire cela.

En tardant, je n'ai fait que prolonger mes regrets et la conscience de

mes torts. Voudrez-vous bien accepter ces excuses aussi franchement et

complètement que je vous les offre?

Emile Zola, Sa Vie—Son Oeuvre · 第 18 / 30 题