AU GÉNÉRAL BONAPARTE.

Aucune gloire désormais

Ne vous sera donc étrangère;

Et vous savez faire la paix

Comme vous avez fait la guerre.

Autant que l'intrépidité

Qui vengea l'honneur de la France,

J'admire au moins cette prudence

Qui lui rend sa tranquillité;

Qui dans le chemin des conquêtes

A su s'arrêter à propos,

Et préférer notre repos

À tant de palmes toutes prêtes.

L'art des illustres meurtriers

A son prix au temps où nous sommes.

J'en conviens, mais les grands guerriers

Ne sont pas toujours de grands hommes.

L'olivier, au front de Pallas

Votre modèle et votre emblème,

Avec le laurier des combats

Ne formaient qu'un seul diadème.

Ceignez ces feuillages rivaux

Que vous décernent les suffrages

De la déesse des héros;

C'était aussi celle des sages.

Si la valeur, l'humanité,

Sont les vrais titres à la gloire,

Chaque page de votre histoire

Contient votre immortalité.

Ces vers, qui furent publiés par tous les journaux du temps, plurent

moins peut-être au négociateur qu'ils ne déplurent au guerrier. Je suis

d'autant porté à le croire, qu'il ne m'en a jamais parlé.

Regnauld étant venu nous rejoindre au commencement de décembre, nous

partîmes tous peu de jours après pour Paris, tous, y compris Mme

Buffaut, qui voulait y passer l'hiver avec ses soeurs, et voulait voir

aussi la _Psyché_ que Gérard venait d'exposer au Salon, modèle qu'elle

étudia si bien, qu'elle en reproduisit une copie dans cette _Blanche_,

qui ne vit le jour que cinq mois après.

Souvenirs d'un sexagénaire, Tome III · 第 36 / 71 题