VI.

Montgenays vit les précautions que Laurence prenait pour l'éloigner de

Pauline; il vit aussi la sombre tristesse qui s'emparait de cette

jeune fille. Il la pressa de questions; mais comme elle était encore

avec lui sur la défensive, et qu'elle ne voulait plus lui parler qu'à

la dérobée, il ne put rien apprendre de certain. Seulement il remarqua

l'espèce d'autorité que, dans la candeur de son amitié, Laurence ne

craignait pas de s'arroger sur son amie, et il remarqua aussi que

Pauline ne s'y soumettait qu'avec une sorte d'indignation contenue. Il

crut que Laurence commençait à la faire souffrir de sa jalousie; il ne

voulut pas supposer que ses préférences pour une autre pussent laisser

Laurence indifférente et loyale.

Il continua à jouer ce rôle fantasque, décousu avec intention, qui

devait les laisser toutes deux dans l'incertitude. Il affecta de

passer des semaines entières sans paraître devant elles; puis, tout à

coup, il redevenait assidu, se donnait un air inquiet, tourmenté,

montrant de l'humeur lorsqu'il était calme, feignant l'indifférence

lorsqu'on pouvait lui supposer du dépit. Cette irrésolution fatiguait

Laurence et désespérait Pauline. Le caractère de cette dernière

s'aigrissait de jour en jour. Elle se demandait pourquoi Montgenays,

après lui avoir montré tant d'empressement, devenait si nonchalant à

vaincre les obstacles qu'on avait mis entre eux. Elle s'en prenait

secrètement à Laurence de lui avoir préparé ce désenchantement, et ne

voulait pas reconnaître qu'en l'éclairant on lui rendait service.

Lorsqu'elle interrogeait Montgenays, d'un air qu'elle essayait de

rendre calme, sur ses fréquentes absences, il lui répondait, s'il

était seul avec elle, qu'il avait eu des occupations, des affaires

indispensables; mais, si Laurence était présente, il s'excusait sur la

simple fantaisie d'un besoin de solitude ou de distraction. Un jour,

Pauline lui dit devant madame S..., dont la présence assidue lui était

un supplice, qu'il devait avoir une passion dans le grand monde,

puisqu'il était devenu si rare dans la société des artistes.

Montgenays répondit assez brutalement: -- Quand cela serait, je ne

vois pas en quoi une personne aussi grave que vous pourrait

s'intéresser aux folies d'un jeune homme. En cet instant, Laurence

entrait dans le salon. Au premier regard, elle vit un sourire

douloureux et forcé sur le visage de Pauline. La mort était dans son

âme. Laurence s'approcha d'elle et posa la main affectueusement sur

son épaule. Pauline, ramenée à un sentiment de tendresse par une

souffrance qu'en cet instant du moins elle ne pouvait pas imputer à sa

rivale, retourna doucement la tête et effleura de ses lèvres la main

de Laurence. Elle semblait lui demander pardon de l'avoir haïe et

calomniée dans son coeur. Laurence ne comprit ce mouvement qu'à

moitié, et appuya sa main plus fortement, en signe de profonde

sympathie, sur l'épaule de la pauvre enfant. Alors Pauline, dévorant

ses larmes et faisant un nouvel effort: -- J'étais, dit-elle en

crispant de nouveau ses traits pour sourire, en train de reprocher à

_votre ami_ l'abandon où il vous laisse. -- L'oeil scrutateur de

Laurence se porta sur Montgenays. Il prit ce regard de sévère équité

pour un élan de colère féminine, et se rapprochant d'elle: -- Vous en

plaignez-vous, Madame? dit-il avec une expression qui fit tressaillir

Pauline. -- Oui, je m'en plains, répondit Laurence d'un ton plus

sévère encore que son regard. -- Eh bien! cela me console de ce que

j'ai souffert loin de vous, dit Montgenays en lui baisant la main.

Laurence sentit frissonner Pauline. -- Vous avez souffert? dit madame

S..., qui voulait pénétrer dans l'âme de Montgenays; ce n'est pas ce

que vous disiez tout à l'heure. Vous nous parliez de _folies de jeune

homme_ qui vous auraient un peu étourdi sur les chagrins de l'absence.

-- Je me prêtais à la plaisanterie que vous m'adressiez, répondit

Montgenays. Laurence ne s'y fût pas trompée. Elle sait bien qu'il

n'est plus de folies, plus de légèretés de coeur possibles à l'homme

qu'elle honore de son estime. En parlant ainsi, son oeil brillait d'un

feu qui donnait à ses paroles un sens fort opposé à celui d'une

paisible amitié. Pauline épiait tous ses mouvements; elle vit ce

regard, et elle en fut atteinte jusqu'au coeur. Elle pâlit et repoussa

la main de Laurence par un mouvement brusque et hautain. Laurence eut

un moment de surprise. Elle interrogea des yeux sa mère, qui lui

répondit par un signe d'intelligence. Au bout d'un instant, elles

sortirent sous un léger prétexte, et, enlaçant leurs bras l'une à

l'autre, elles firent quelques tours de promenade sur la terrasse du

jardin. Laurence commençait enfin à pénétrer le mystère d'iniquité

dont s'enveloppait le lâche amant de Pauline. -- Ce que je crois

deviner, dit-elle à sa mère avec agitation, me bouleverse. J'en suis

indignée, je n'ose y croire encore. -- Il y a longtemps que j'en ai la

conviction, répondit madame S... Il joue une odieuse comédie; mais ses

prétentions s'élèvent jusqu'à toi, et Pauline est sacrifiée à ses

orgueilleux projets. -- Eh bien! répondit Laurence, je détromperai

Pauline. Pour cela, il me faut une certitude; je le laisserai

s'avancer, et je le dévoilerai quand il se sera pris au piége.

Puisqu'il veut engager avec moi une intrigue de théâtre si vulgaire et

si connue, je le combattrai par les mêmes moyens, et nous verrons

lequel de nous deux sait le mieux jouer la comédie. Je n'aurais jamais

cru qu'il voulût se mettre en concurrence avec moi, lui dont ce n'est

pas la profession.

-- Prends garde, dit madame S..., tu t'en feras un ennemi mortel, et

un ennemi littéraire, qui plus est.

-- Puisqu'il faut toujours avoir des ennemis dans le journalisme,

reprit Laurence, que m'importe un de plus? Mon devoir est de préserver

Pauline, et, pour qu'elle ne souffre pas de l'idée d'une trahison de

ma part, je vais, avant tout, l'avertir de mes desseins.

-- Ce sera le moyen de les faire avorter, répondit madame S... Pauline

est plus engagée avec lui que tu ne penses. Elle souffre, elle aime,

elle est folle. Elle ne veut pas que tu la détrompes. Elle te haïra

quand tu l'auras fait.

-- Eh bien! qu'elle me haïsse s'il le faut, dit Laurence en laissant

échapper quelques larmes; j'aime mieux supporter cette douleur que de

la voir devenir victime d'une infamie.

-- En ce cas, attends-toi à tout; mais, si tu veux réussir, ne

l'avertis pas. Elle préviendrait Montgenays, et tu te compromettrais

avec lui en pure perte.

Laurence écouta les conseils de sa mère. Lorsqu'elle rentra au salon,

Pauline et Montgenays avaient échangé aussi quelques mots qui avaient

rassuré la malheureuse dupe. Pauline était rayonnante; elle embrassa

son amie d'un air où perçaient la haine et l'ironie du triomphe.

Laurence renferma le chagrin mortel qu'elle en ressentit, et comprit

tout à fait le jeu que jouait Montgenays.

Ne voulant pas s'abaisser à donner une espérance positive à ce

misérable, elle imita son air et ses manières, et l'enferma dans un

système de bizarreries mystérieuses. Elle joua tantôt la mélancolie

inquiète d'un amour méconnu, tantôt la gaieté forcée d'une résolution

courageuse. Puis elle semblait retomber dans de profonds

découragements. Incapable d'échanger avec Montgenays un regard

provocant, elle prenait le temps où elle était observée par lui, et où

Pauline avait le dos tourné, pour la suivre des yeux avec l'impatience

d'une feinte jalousie. Enfin, elle fit si bien le personnage d'une

femme au désespoir, mais fière jusqu'à préférer la mort à

l'humiliation d'un refus, que Montgenays transporté oublia son rôle,

et ne songea plus qu'à deviner celui qu'elle avait pris. Sa vanité

l'interprétait suivant ses désirs; mais il n'osait encore se risquer,

car Laurence ne pouvait se décider à provoquer clairement une

déclaration de sa part. Excellente artiste qu'elle était, il lui était

impossible de représenter parfaitement un personnage sans

vraisemblance, et elle disait un jour à Lavallée, que, malgré elle, sa

mère avait mis dans la confidence (il avait d'ailleurs tout deviné de

lui-même): -- J'ai beau faire, je suis mauvaise dans ce rôle. C'est

comme quand je joue une mauvaise pièce, je ne puis me mettre dans la

situation. Il te souvient que, quand nous étions en scène avec ce

pauvre Mélidor, qui disait si tranquillement les choses du monde les

plus passionnées, nous évitions de nous regarder pour ne pas rire. Eh

bien, avec ce Montgenays, c'est absolument de même; quand tu es là et

que mes yeux rencontrent les tiens, je suis au moment d'éclater;

alors, pour me conserver un air triste, il faut que je pense au

malheur de Pauline, et ceci me remet en scène naturellement; mais à

mes dépens, car mon coeur saigne. Ah! je ne savais pas que la comédie

fût plus fatigante à jouer dans le monde que sur les planches!

-- Il faudra que je t'aide, répondit Lavallée; car je vois bien que

seule tu ne viendras jamais à bout de faire tomber son masque.

Repose-toi sur moi du soin de le forcer dans ses derniers

retranchements sans te compromettre sérieusement.

Un soir, Laurence joua Hermione dans la tragédie _d'Andromaque_. Il y

avait longtemps que le public attendait sa rentrée dans cette pièce.

Soit qu'elle l'eût bien étudiée récemment, soit que la vue d'un

auditoire nombreux et brillant l'électrisât plus qu'à l'ordinaire,

soit enfin qu'elle eût besoin de jeter dans ce bel ouvrage toute la

verve et tout l'art qu'elle employait si désagréablement depuis quinze

jours avec Montgenays, elle y fut magnifique, et y eut un succès tel

qu'elle n'en avait point encore obtenu au théâtre. Ce n'était pas tant

le génie que la réputation de Laurence qui la rendait si désirable à

Montgenays. Les jours où elle était fatiguée et où le public se

montrait un peu froid pour elle, il s'endormait plus tranquillement,

dans la pensée qu'il pouvait échouer dans son entreprise; mais,

lorsqu'on la rappelait sur la scène et qu'on lui jetait des couronnes,

il ne dormait point, et passait la nuit à machiner ses plans de

séduction. Ce soir-là, il assistait à la représentation, dans une

petite loge sur le théâtre, avec Pauline, madame S... et Lavallée. Il

était si agité des applaudissements frénétiques que recueillait la

belle tragédienne, qu'il ne songeait pas seulement à la présence de

Pauline. Deux ou trois fois il la froissa avec ses coudes (on sait que

ces loges sont fort étroites) en battant des mains avec emportement.

Il désirait que Laurence le vît, l'entendît par-dessus tout le bruit

de la salle; et Pauline s'étant plainte avec aigreur de ce que son

empressement à applaudir l'empêchait d'entendre les derniers mots de

chaque réplique, il lui dit brutalement: -- Qu'avez-vous besoin

d'entendre? Est ce que vous comprenez cela, vous?

Il y avait des moments où, malgré ses habitudes de diplomatie,

Montgenays ne pouvait réprimer un dédain grossier pour cette

malheureuse fille. Il ne l'aimait point, quelles que fussent sa beauté

et les qualités réelles de son caractère; et il s'indignait en

lui-même de l'aplomb crédule de cette petite bourgeoise, qui croyait

effacer à ses yeux l'éclat de la grande actrice; et lui aussi était

fatigué, dégoûté de son rôle. Quelque méchant qu'on soit, on ne

réussit guère à faire le mal avec plaisir. Si ce n'est le remords,

c'est la honte qui paralyse souvent les ressources de la perversité.

Pauline se sentit défaillir. Elle garda le silence; puis, au bout d'un

instant, elle se plaignit de ne pouvoir supporter la chaleur; elle se

leva et sortit. La bonne madame S..., qui la plaignait sincèrement, la

suivit et la conduisit dans la loge de Laurence, où Pauline tomba sur

le sofa et perdit connaissance. Tandis que madame S... et la femme de

chambre de Laurence la délaçaient et tâchaient de la ranimer,

Montgenays, incapable de songer au mal qu'il lui avait fait,

continuait à admirer et à applaudir la tragédienne. Lorsque l'acte fut

fini, Lavallée s'empara de lui, et, se composant le visage le plus

sincère que jamais l'artifice du comédien ait porté sur la scène:

-- Savez-vous, lui dit-il, que jamais notre Laurence n'a été plus

étonnante qu'aujourd'hui? Son regard, sa voix, ont pris un éclat que

je ne leur connaissais pas. Cela m'inquiète!

-- Comment donc? reprit Montgenays. Craindriez-vous que ce ne fût

l'effet de la fièvre?

-- Sans aucun doute; ceci est une vigueur fébrile, reprit Lavallée. Je

m'y connais; je sais qu'une femme délicate et souffrante comme elle

l'est n'arrive point à de tels effets sans une excitation funeste. Je

gagerais que Laurence est en défaillance durant tout l'entr'acte.

C'est ainsi que cela se passe chez ces femmes dont la passion fait

toute la force.

-- Allons la voir! dit Montgenays en se levant.

-- Non pas, répondit Lavallée en le faisant rasseoir avec une

solennité dont il riait en lui-même. Ceci ne serait guère propre à

calmer ses esprits.

-- Que voulez-vous dire? s'écria Montgenays.

-- Je ne veux rien dire, répondit le comédien de l'air d'un homme qui

craint de s'être trahi.

Ce jeu dura pendant tout l'entr'acte. Montgenays ne manquait pas de

méfiance, mais il manquait de pénétration. Il avait trop de fatuité

pour voir qu'on le raillait. D'ailleurs, il avait affaire à trop forte

partie, et Lavallée se disait en lui-même: -- Oui-da! tu veux te

frotter à un comédien qui pendant cinquante ans a fait rire et pleurer

le public sans seulement sortir ses mains de ses poches! tu verras!

À la fin de la soirée, Montgenays avait la tête perdue. Lavallée, sans

lui dire une seule fois qu'il était aimé, lui avait fait entendre de

mille manières qu'il l'était passionnément. Aussitôt que Montgenays

s'y laissait prendre ouvertement, il feignait de vouloir le détromper,

mais avec une gaucherie si adroite que le mystifié s'enferrait de plus

en plus. Enfin, durant le cinquième acte, Lavallée alla trouver madame

S... -- Emmenez coucher Pauline, lui dit-il; faites-vous accompagner

de la femme de chambre, et ne la renvoyez à votre fille qu'un quart

d'heure après la fin du spectacle. Il faut que Montgenays ait un

tête-à-tête avec Laurence dans sa loge. Le moment est venu; il est à

nous: je serai là, caché derrière la psyché; je ne quitterai pas votre

fille d'un instant. Allez, et fiez-vous à moi.

Les choses se passèrent comme il l'avait prévu, et le hasard les

seconda encore. Laurence, rentrant dans sa loge, appuyée sur le bras

de Montgenays, et n'y trouvant personne (Lavallée était déjà caché

derrière le rideau qui couvrait les costumes accrochés à la muraille,

et la glace le masquait en outre), demanda où était sa mère et son

amie. Un garçon de théâtre qui passait dans le couloir, et à qui elle

adressa cette question, lui répondit (et cela était malheureusement

vrai) qu'on avait été forcé d'emporter mademoiselle D... qui avait des

convulsions. Laurence ne savait pas la scène que lui ménageait

Lavallée; d'ailleurs elle l'eût oubliée en apprenant cette triste

nouvelle. Son coeur se serra, et, l'idée des souffrances de son amie

se joignant à la fatigue et aux émotions de la soirée, elle tomba sur

son siège et fondit en larmes. C'est alors que l'impertinent

Montgenays, se croyant le maître et le tourment de ces deux femmes,

perdit toute prudence, et risqua la déclaration la plus désordonnée et

la plus froidement délirante qu'il eût faite de sa vie. C'était

Laurence qu'il avait toujours aimée, disait-il; c'était elle seule qui

pouvait l'empêcher de se tuer ou de faire quelque chose de pis, un

suicide moral, un mariage de dépit. Il avait tout tenté pour se guérir

d'une passion qu'il ne croyait pas partagée: il s'était jeté dans le

monde, dans les arts, dans la critique, dans la solitude, dans un

nouvel amour; mais rien n'avait réussi. Pauline était assez belle pour

mériter son admiration; mais, pour sentir autre chose pour elle qu'une

froide estime, il eût fallu ne pas voir sans cesse Laurence à côté

d'elle. Il _savait_ bien qu'il était dédaigné, et dans son désespoir,

ne voulant pas faire le malheur de Pauline en la trompant davantage,

il allait s'éloigner pour jamais!... En annonçant cette humble

résolution, il s'enhardit jusqu'à saisir une main de Laurence, qui la

lui arracha avec horreur. Un instant elle fut transportée d'une telle

indignation qu'elle allait le confondre; mais Lavallée, qui voulait

qu'elle eût des preuves, s'était glissé jusqu'à la porte, qu'il avait

à dessein recouverte d'un pan de rideau jeté là comme par hasard. Il

feignit d'arriver, frappa, toussa et entra brusquement. D'un coup

d'oeil il contint la juste colère de l'actrice, et tandis que

Montgenays le donnait au diable, il parvint à l'emmener, sans lui

laisser le temps de savoir l'effet qu'il avait produit. La femme de

chambre arriva, et, tandis qu'elle rhabillait sa maîtresse, Lavallée

se glissa auprès d'elle et en deux mots l'informa de ce qui s'était

passé. Il lui dit de faire la malade et de ne point recevoir

Montgenays le lendemain; puis il retourna auprès de celui-ci et le

reconduisit chez lui, où il s'installa jusqu'au matin, lui montant

toujours la tête, et s'amusant tout seul, avec un sérieux vraiment

comique, de tous les romans qu'il lui suggérait. Il ne sortit de chez

lui qu'après lui avoir persuadé d'écrire à Laurence; et, à midi, il y

retourna et voulut lire cette lettre que Montgenays, en proie à une

insomnie délirante, avait déjà faite et refaite cent fois. Le comédien

feignit de la trouver trop timide, trop peu explicite.

-- Soyez sûr, lui dit-il, que Laurence doutera de vous encore

longtemps; votre fantaisie pour Pauline a dû lui inspirer une

inquiétude que vous aurez de la peine à détruire. Vous savez l'orgueil

des femmes; il faut sacrifier la provinciale, et vous exprimer

clairement sur le peu de cas que vous en faites. Vous pouvez arranger

cela sans manquer à la galanterie. Dites que Pauline est un ange

peut-être, mais qu'une femme comme Laurence est plus qu'un ange; dites

ce que vous savez si bien écrire dans vos nouvelles et dans vos

saynètes. Allez, et surtout ne perdez pas de temps; on ne sait pas ce

qui peut se passer entre ces deux femmes. Laurence est romanesque,

elle a les instincts sublimes d'une reine de tragédie. Un mouvement

généreux, un reste de crainte, peuvent la porter à s'immoler à sa

rivale... Rassurez-la pleinement, et si elle vous aime, comme je le

crois, comme j'en ai la ferme conviction, bien qu'on n'ait jamais

voulu me l'avouer, je vous réponds que la joie du triomphe fera taire

tous les scrupules.

Montgenays hésita, écrivit, déchira la lettre, la recommença...

Lavallée la porta à Laurence.

Pauline · 第 12 / 13 题