FABLE XVII.

Le Hibou, le Chat, l'Oison et le Rat.

De jeunes écoliers avaient pris dans un trou

Un hibou,

Et l'avaient élevé dans la cour du collége.

Un vieux chat, un jeune oison,

Nourris par le portier, étaient en liaison

Avec l'oiseau; tous trois avaient le privilége

D'aller et de venir par toute la maison.

A force d'être dans la classe,

Ils avaient orné leur esprit,

Savaient par coeur Denys d'Halicarnasse

Et tout ce qu'Hérodote et Tite-Live ont dit.

Un soir, en disputant, (des docteurs c'est l'usage)

Ils comparaient entre eux les peuples anciens.

Ma foi, disait le chat, c'est aux Égyptiens

Que je donne le prix: c'était un peuple sage,

Un peuple ami des lois, instruit, discret, pieux,

Rempli de respect pour ses dieux;

Cela seul à mon gré lui donne l'avantage.

J'aime mieux les Athéniens,

Répondait le hibou: que d'esprit! que de grace!

Et dans les combats quelle audace!

Que d'aimables héros parmi leurs citoyens!

A-t-on jamais plus fait avec moins de moyens?

Des nations c'est la première.

Parbleu! dit l'oison en colère,

Messieurs, je vous trouve plaisans:

Et les Romains, que vous en semble?

Est-il un peuple qui rassemble

Plus de grandeur, de gloire, et de faits éclatans?

Dans les arts, comme dans la guerre,

Ils ont surpassé vos amis.

Pour moi, ce sont mes favoris:

Tout doit céder le pas aux vainqueurs de la terre.

Chacun des trois pédans s'obstine en son avis,

Quand un rat, qui de loin entendait la dispute,

Rat savant, qui mangeait des thêmes dans sa hutte,

Leur cria: Je vois bien d'où viennent vos débats:

L'Égypte vénérait les chats,

Athènes les hibous, et Rome, au capitole,

Aux dépens de l'état, nourrissait des oisons:

Ainsi notre intérêt est toujours la boussole

Que suivent nos opinions.

Fables de Florian · 第 74 / 135 题