FABLE X.

Le Renard déguisé.

Un renard plein d'esprit, d'adresse, de prudence,

A la cour d'un lion servait depuis long-temps;

Les succès les plus éclatans

Avaient prouvé son zèle et son intelligence.

Pour peu qu'on l'employât, toute affaire allait bien.

On le louait beaucoup, mais sans lui donner rien;

Et l'habile renard était dans l'indigence.

Lassé de servir des ingrats,

De réussir toujours sans en être plus gras,

Il s'enfuit de la cour; dans un bois solitaire

Il s'en va trouver son grand-père,

Vieux renard retiré, qui jadis fut visir.

Là, contant ses exploits, et puis les injustices,

Les dégoûts, qu'il eut à souffrir,

Il demande pourquoi de si nombreux services

N'ont jamais pu rien obtenir.

Le bon homme renard, avec sa voix cassée,

Lui dit: Mon cher enfant, la semaine passée,

Un blaireau, mon cousin, est mort dans ce terrier:

C'est moi qui suis son héritier,

J'ai conservé sa peau: mets-la dessus la tienne,

Et retourne à la cour. Le renard avec peine

Se soumit au conseil; affublé de la peau

De feu son cousin le blaireau,

Il va se regarder dans l'eau d'une fontaine,

Se trouve l'air d'un sot, tel qu'était le cousin.

Tout honteux, de la cour il reprend le chemin.

Mais, quelques mois après, dans un riche équipage,

Entouré de valets, d'esclaves, de flatteurs,

Comblé de dons et de faveurs,

Il vient de sa fortune au vieillard faire hommage:

Il était grand visir. Je te l'avais bien dit,

S'écrie alors le vieux grand-père;

Mon ami, chez les grands quiconque voudra plaire

Doit d'abord cacher son esprit.

Fables de Florian · 第 67 / 135 题