FABLE IX.

Le roi Alphonse.

Certain roi qui régnait sur les rives du Tage,

Et que l'on surnomma _le sage_,

Non parce qu'il était prudent,

Mais parce qu'il était savant,

Alphonse, fut sur-tout un habile astronome.

Il connaissait le ciel bien mieux que son royaume,

Et quittait souvent son conseil

Pour la lune ou pour le soleil.

Un soir qu'il retournait à son observatoire,

Entouré de ses courtisans,

Mes amis, disait-il, enfin j'ai lieu de croire

Qu'avec mes nouveaux instrumens

Je verrai, cette nuit, des hommes dans la lune.

Votre majesté les verra,

Répondait-on; la chose est même trop commune,

Elle doit voir mieux que cela.

Pendant tous ces discours, un pauvre, dans la rue,

S'approche, en demandant humblement, chapeau bas,

Quelques maravédis; le roi ne l'entend pas,

Et, sans le regarder, son chemin continue.

Le pauvre suit le roi, toujours tendant la main,

Toujours renouvelant sa prière importune:

Mais, les yeux vers le ciel, le roi, pour tout refrain,

Répétait: je verrai des hommes dans la lune.

Enfin le pauvre le saisit

Par son manteau royal, et gravement lui dit:

Ce n'est pas de là haut, c'est des lieux où nous sommes

Que Dieu vous a fait souverain.

Regardez à vos pieds; là vous verrez des hommes,

Et des hommes manquant de pain.

Fables de Florian · 第 66 / 135 题