Rocheguyon et fut reçu par la jeune comtesse. C’était une blonde aux
yeux éveillés et moqueurs, aux grands sourcils arqués et francs, aux
lèvres pincées. «Plus de calcul que de passion», eût dit un deviseur.
Un peintre l’a crayonnée dans son costume de cour avec ses affiquets,
ses collerettes, ses colliers, son attirail de femme à la mode[54]. De
prime-saut, le roi fut frappé de cette grâce réservée, et tandis que
Loménie, son secrétaire, se laissait brûler aux yeux d’une suivante de
la dame, Henri s’emporta dans sa passion naissante jusqu’à signer de
son sang une promesse de mariage. C’était sa manière à lui de faire
sa cour, et elle trouvait peu d’insensibles. Mme de Guercheville lui
rit au nez très gentiment, et l’assura que jamais elle ne consentirait
à une pareille folie; que pour l’accointance passagère il y fallait
moins compter encore. Henri n’en revenait pas, pas plus qu’il ne
comprit plus tard sa cousine Catherine de Rohan, refusant son
alliance dans des conditions semblables avec une crudité de langage
extraordinaire.
[Illustration: ANTOINETTE DE PONS, Marquise de GUERCHEVILLE
Crayon attribué à Fr. QUESNEL]
Voyant que la belle comtesse serait inflexible, il se prit à l’honorer
avec tout le respect imaginable. Il lui chercha un parti digne d’elle
et lui trouva Charles du Plessis, sieur de Liancourt. Une seule chose
arrêta la dame; c’était ce nom de Liancourt qui appartenait à Nicolas
d’Amerval, mari de Gabrielle d’Estrées. Elle voulut bien le mariage,
mais exigea de ne jamais porter ce nom. Il fallut en passer par là.
En 1601, Henri IV la présenta à Marie de Médicis comme dame d’honneur,
«sans fraude», et elle en reçut l’office à 1,200 livres de gages. Elle
apparaît toute seule dans les comptes sous cette rubrique spéciale,
comme si on n’eût osé lui donner des compagnes moins dignes de ce
titre; elle y resta trente et un ans[55].
Elle mourut le 5 janvier 1632. Elle fut une des rares dont les
méchantes langues n’aient point glosé, une des plus belles cependant
et des plus aimables. Gardons-nous toutefois de chercher trop loin et
laissons à Mme de Guercheville cette auréole extraordinaire de femme
de la cour de France demeurée chaste au temps où Brantôme écrivait
ses menteries de haute graisse, et ses tranquilles horreurs sur les
grandes généralement quelconques.
FIN.
Sceaux.—Imprimerie Charaire et fils.
FOOTNOTES:
[1] Rouard, _François Ier chez Mme de Boisy_. Paris, Aubry, 1863,
in-4^o. La légende vient du P. Saint-Romuald.
[2] «Pierre Foulon, painctre de M. de Boisy, natif d’Envers.» De
Laborde, _Comptes des bâtiments du roi_, t. II, p. 366-67. Ce fut
vraisemblablement cet artiste qui peignit les portraits du grand
maître Arthur de Gouffier, conservés autrefois à Oiron, et que
Gaignières avait fait copier au XVIIe siècle.
[3] _Archives de l’art français_, t. III, p. 41.
[4] H. Bouchot, les _Portraits aux crayons des_ XVIe _et_ XVIIe
_siècles à la Bibliothèque nationale_. Paris, Oudin, gr. in-8^o, 1884.
[5] J’ai longuement parlé de Corneille de Lyon dans un article paru
dans la _Gazette des Beaux-Arts_, t. XXXVI, p. 218 et suivantes (2e
période). Consulter aussi M. Natalis Rondot, les _Peintres de Lyon_,
n^o 373.
[6] La _Fortune de la cour_ à la suite des _Mémoires de Marguerite de
Navarre_, édit. de Liège, 1713, p. 270.
[7] Brantôme se vantait à tort. Voir ci-après la notice sur Élisabeth
de Valois.
[8] Claude Hatton, _Mémoires_ publiés par M. Bourquelot dans la
_Collection des documents inédits_, 2 vol. in-4^o.
[9] En 1541.
[10] La date de sa mort a été donnée par M. Jules Guiffrey.
[11] Ces renseignements m’ont été communiqués par M. Thibaudeau, qui
a bien voulu faire pour moi le voyage de Liverpool, et me dresser la
liste des portraits conservés dans l’album.
[12] Georges Guiffrey, _Procès criminel de Jehan de Poytiers, seigneur
de Saint-Vallier_. Paris, A. Lemerre, 1868, in-8^o. Ce remarquable
travail, puisé aux meilleures sources, fait bon marché des histoires
apocryphes.
[13] Mathieu de Vaucelles, _Blason des cheveux_.
[14] Ce détail de Brantôme est rigoureusement vrai. On lit, en effet,
dans les _Comptes du château de Saint-Germain pour 1548_, que l’on
remet des verrières ornées d’H couronnés et de fleurs de lis «en la
chambre et salle de Mme de Vallantinoys estant soubz la chambre et
salle de la Royne». De Laborde, _Comptes des bâtiments_, II, 312.
[15] Je vais citer ici les quelques portraits de Diane de Poitiers,
véritablement authentiques, dont j’ai eu connaissance jusqu’ici: 1^o
Celui d’Aix, à vingt-quatre ans environ; 2^o celui de la Bibliothèque
nationale (Na 21, fol. 16); 3^o _ibidem_, collection Lallemand
de Betz, XI-167 (médiocre); 4^o _ibidem_, Na 26, fol. 34 (très
médiocre); 5^o un à Castle Howard, en Angleterre, publié par L. Ronald
Gower, _French portraits_, t. I, p. 76; 6^o un autre dans un cahier
appartenant à M. Helsetius (London, 196 queen’s gate s. w.); 7^o un
autre dans le prétendu recueil de Brantôme à Liverpool; 8^o un à
Saint-Pétersbourg (Ermitage); 9^o un à Versailles (catalogue du Musée
n^o 3119, sous le nom de Claude de France). _Ces neuf portraits sont
antérieurs à ses relations avec Henri II.—Pendant ces relations, je
citerai_: 10^o La médaille en duchesse de Valentinois; 11^o une cire
à Breslau en Silésie; 12^o une cire au Musée de Cluny. _Après la mort
de Henri II_: 13^o Portrait peint à M. J. Roman, correspondant du
ministère de l’instruction publique; 14^o portrait de Castle Howard
publié par L. Ronald Gower, _French portraits_, I, fol. 39; 15^o un à
Chantilly, provenant d’A. Lenoir, et publié, en 1874, par L. Ronald
Gower, _The Lenoir’s collection_, fol. 24; 16^o _ibidem_, fol. 25;
17^o la statue d’Anet.
[16] Voir surtout les portraits exposés, en juin 1837, à Londres, par
l’Institut archéologique, publiés en photographies.
[17] _Lettres de Catherine de Médicis_ publiées par H. de Laferrière
dans la _Collection des documents inédits_, année 1552.
[18] Publiés par lord Ronald Gower, _French portraits_, I, 16, 28.
[19] Cf. collection alphabétique des portraits à la Bibliothèque
nationale, MARIE STUART.
[20] De tous les portraits peints ou dessinés de Marie Stuart, je
ne saurais guère signaler, comme indiscutables, que: 1^o Le dessin
de Castle Howard daté de 1552, publié par L. Ronald Gower, _French
portraits_, I, fol. 46 ; 2^o le crayon de la Bibliothèque nationale
(cartons alphabétiques, MARIE STUART); 3^o la miniature conservée à
Windsor; 4^o le crayon de la Bibliothèque nationale où elle porte le
deuil blanc (cartons alphabétiques, MARIE STUART). Toutes les autres
portraitures sont sujettes à caution, et ne méritent pas qu’on s’y
arrête longuement.
[21] Bibliothèque nationale, Estampes. (Cartons, alphabétiques,
ÉLISABETH.)
[22] On a peu conservé de portraits originaux d’Élisabeth d’Autriche.
Je citerai: Le crayon original de la Bibliothèque nationale (cartons
alphabétiques, ÉLISABETH D’AUTRICHE), qui est la première idée du
tableau du Louvre; 2^o le tableau du Louvre (École française, n^o
730); 3^o portrait peint du Musée de Versailles, n^o 3940 (sous le nom
de Mlle de Guise); 4^o portrait peint au château d’Azay-le-Rideau;
5^o crayon représentant la reine en veuve à la Bibliothèque nationale
(cartons alphabétiques, ÉLISABETH D’AUTRICHE).
[23] H. de Laferrière, _Lettres de Catherine de Médicis_.
[24] Voici le texte allemand:
CARLOS
Ist sie todt! O himmel und erde!
KŒNIG
Kardinal! Ich habe Das meinige gethan. Thun Sie das ihre!
[25] Iconographie espagnole, t. II.
[26] Les portraits de cette princesse sont très rares. Gaignières en
avait un dessin disparu. Je citerai: 1^o celui de la Bibliothèque
nationale (Na. 21, fol. 61); 2^o un autre? jeune (cartons
alphabétiques, ÉLISABETH DE VALOIS); 3^o _ibidem_ qui est celui
ici reproduit; 4^o un crayon à Castle Howard publié par L. Ronald
Gower (_French portraits_, I, 31); 5^o un crayon à la Bibliothèque
d’Arras (Manuscrits 266, fol. 75); 6^o un portrait peint au Musée
de Versailles, n^o 3, 197; 7^o la statue de l’Escurial, publiée par
Cardereira (_Iconographie espagnole_, t. II). Peut-être faudrait-il
joindre à ces portraits un panneau du Musée de Madrid, portant le
n^o 1717, et qui représente une princesse inconnue. Ce tableau est
attribué à Antonio Moro.
[27] Niel, _Personnages illustres du_ XVIe _siècle_.
[28] M. Niel a donné un dessin de la Bibliothèque nationale qui la
montre ainsi costumée. Ce dessin, autrefois baptisé _Louise de la
Béraudière_, est conservé aux estampes Na 21 a, fol. 27.
[29] Brantôme (Edit. Lalanne), IX, p. 113. Il appelle du Guast «un des
gallants et parfaits gentilshommes du monde en tout».
[30] Les portraits de Marguerite sont très nombreux. Je citerai comme
intéressants et plus particulièrement authentiques: 1^o Crayon à
la Bibliothèque nationale (Na 21, fol. 63); 2^o _ibidem_ (cartons
alphabétiques, MARGUERITE enfant); 3^o _ibidem_, publié par Niel sous
le nom de Catherine de Médicis jeune; 4^o crayon à la Bibliothèque des
arts et métiers, Me 3, vol. I, fol. 12 ; 5^o crayon à la Bibliothèque
nationale (Na 22, fol. 3^o); 6^o crayon à la Bibliothèque nationale,
publié par Niel (Na 21 a, fol. 27); 7^o peinture au Musée de
Versailles, n^o 3286; 8^o peinture au Musée de Blois, n^o 150; 9^o
crayon à M. L. Courajod; 10^o cire à Breslau.
[31] Ce portrait est passé de la Bibliothèque Sainte-Geneviève à la
Bibliothèque nationale, en 1866 (Estampes). Je l’ai reproduit dans mon
catalogue des _Portraits aux crayons_. Il y a un autre portrait de la
même dame à cinquante ans environ à la Bibliothèque nationale (Na 22,
fol. 56). Ce sont les seuls qu’on connaisse d’elle.
[32] Clairambault, manuscrits 1206, fol. 16.
[33] Elle fut marraine d’un enfant de Foulon, avec Christophe de
Harlay, sieur de Beaumont, comme parrain, en août 1591. Consulter à ce
sujet Grandmaison, _Les Arts en Touraine_, article Foulon.
[34] Consulter pour la filiation de Mme de Sardini un factum
judiciaire conservé aux Manuscrits de la Bibliothèque nationale
(cabinet des titres, SARDINI, folio 47).
[35] Cette circonstance est mentionnée dans son épitaphe aujourd’hui
conservée au Musée de Versailles.
[36] Pierre de Lestoile, _Journal de Henri III_, année 1577.
[37] Bibliothèque nationale (Estampes, Na 21 a, fol. 24). Le
département des Estampes possède deux crayons copiés l’un sur l’autre.
Le second est aux cartons alphabétiques Retz.
[38] Son portrait est à la Bibliothèque nationale (Estampes, Na 21 a,
fol. 44 et 45).
[39] Guilhermy, _Inscriptions de la France_, I, 544.
[40] Cette épitaphe avait été composée par le chancelier Hurault, son
ami.
[41] Bibliothèque nationale (Estampes, cartons alphabétiques,
CARNAVALET). C’est le seul portrait connu d’elle.
[42] _Histoire du sieur d’Aubigné_, en tête des _Aventures du baron de
Fæneste_, par Th. Agrippa d’Aubigné. Cologne, 1729, p. 33.
[43] Bibliothèque nationale (Estampes, Na 22, fol. 26).
[44] Il y a un portrait d’Yves d’Alègre à la Bibliothèque nationale
(Estampes, Na 21 a, fol. 32). C’est le seul connu de lui.
[45] _Annales de la ville d’Issoire_, publiées par J. Bouillet,
Clermont-Ferrand, 1848, in-8^o p. 232 et suivantes.
[46] Voyez à ce sujet les _Observations sur Alexandre et sa clef_,
t. I du _Journal de Henri III_, édit. de 1720, p. 275. Voir aussi
Brantôme (édit. Lalanne), t. IX, p. 266.
[47] Bibliothèque nationale (Estampes, Na 21 a, fol. 85). C’est le
seul portrait connu de Mme de Saint-Mars.
[48] Consulter à ce sujet la _Bibliothèque de l’École des chartes_, 5e
série, t. I.
[49] Bibliothèque nationale (Estampes, Na 22, fol. 43). Ce portrait de
César Vendôme est signé _Fulonius fecit_.
[50] La Bibliothèque nationale possède un crayon signé Quesnel qui
paraît être l’original d’après lequel Thomas de Leu grava sa planche,
et six autres dessins représentant Gabrielle à différents âges. Il y a
un portrait peint au Musée de Blois (2e tableau de la 3e travée).
[51] La légende porte: GAB. DES. TREZ. DVC. DE. BEAVFORT.
[52] Bibliothèque nationale (Estampes), collection Édouard Fleury,
VII, 37.
[53] _Journal de Henri III_, année 1578.
[54] Bibliothèque nationale (Estampes, cartons alphabétiques,
LIANCOURT). Il y a trois crayons différents de la même dame. Il y a un
portrait peint au Musée de Blois (4e travée, 2e tableau).
[55] Bibliothèque nationale, ms fr. 7856, fol. 1473.
TABLE DES MATIÈRES
PAGE
I 1
II 13
DIANE DE POITIERS. 13
LES REINES. 19
LES DAMES. 37
ILLUSTRATIONS
Page
ELISABETH DUVAL Frontispice
DIANE DE POITIERS en 1537 13
MARIE STUART, Reine de FRANCE et d’ÉCOSSE 19
ÉLISABETH D'AUTRICHE, Reine de FRANCE, en costume de deuil 23
ÉLISABETH DE VALOIS, Reine d’ESPAGNE 27
MARGUERITE DE VALOIS à 20 ans 33
LOUIS DE BÉRENGER DU QUAST, Mignon de HENRI III 36
MARIE TOUCHET, depuis Dame d’ENTRAGUES 37
ISABEAU DE LA TOUR-LIMEIL, depuis dame de SARDINI, vers 1564 40
CLAUDE-CATHERINE DE CLERMONT, Duchesse de RETZ, en 1570 environ 43
FRANÇOISE DE LA BAUME-MONTREVEL, Dame de CARNAVALET 45
FRANÇOISE BABOU, Dame d’ESTRÉES, Mère de la Belle GABRIELLE 48
FRANÇOISE DE MONTMORENCY-FOSSEUX, dite la _BELLE FOSSEUSE_ 50
HENRI IV à 20 ans 52
GABRIELLE D’ESTRÉES en 1595 environ 53
ANTOINETTE DE PONS, Marquise de GUERCHEVILLE 56
┌────────────────────────────────────────────────────────────────────┐
│ Note de transcription: │
│ │
│ Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été │
│ corrigées. │
│ │
│ Les mots en italiques sont _soulignés_. │
│ │
│ La Table des Matières et liste d'illustrations ont été créées par │
│ le transcripteur. │
│ │
│ Autre corrections: │
│ • Page 38: L’appel de note [31] rajouté par le transcripteur. │
│ • Page 53: «temp le» changé à «temple» (« Qui ornent chaque │
│ temple,») │
│ • Les illustrations qui coupaient des paragraphes ont été │
│ réinstallées entre des paragraphes. Quelques unes ont été │
│ mises près du texte qui leur faisait référence. │
│ • L’accent circonflexe (^) dénote des caractères en exposant. │
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