SYSTÈME PENSYLVANIEN.

Bien qu'il n'y ait pas peut-être de question qui ait été plus longuement

débattue que celle de la réforme des prisons et de l'adoption d'un

système pénitentiaire propre à rendre meilleurs les criminels; bien que

toutes les théories aient été produites, que tous les divers essais

tentés en pays étranger aient été sérieusement examinés, le doute,

l'incertitude sont encore au fond de beaucoup d'esprits. Les académies

consacrent leurs séances, comme les journaux leurs colonnes, aux débats

contradictoires des partisans des systèmes opposés. Certains publicistes

regrettent même que cette question soit la première qu'on se pose, et

voudraient, comme l'auteur de l'article que _l'Illustration_ a inséré

dans son numéro du 6 de ce mois (voir précédemment page 90), qu'on

s'occupât avant tout de moraliser le pays et de prévenir le crime pour

n'avoir pas, ou du moins pour avoir plus rarement à le punir; d'autres

demandent que, si l'on veut aborder les réformes les plus immédiatement

réalisables, on songe aux libérés, qui tombent aujourd'hui si facilement

et si fatalement en récidive, avant de chercher à agir sur les détenus.

Nous ne nous proposons point en ce moment d'aborder ces questions

diverses; un projet de loi est présenté sur la réforme des prisons; le

législateur est appelé à prononcer entre les différents systèmes de

détention. Ce sont ces systèmes que nous voulons exposer, et que les

règlements des principales maisons où ils sont appliqués, ainsi que les

vues de ces établissements, nous mettront à même de bien faire

comprendre.

Le système de détention cellulaire de jour et de nuit, dit _système

pensylvanien_, est appliqué à Philadelphie dans toute sa rigueur,

c'est-à-dire que pour chaque détenu l'isolement et le silence sont

complets, et qu'isolé bien entendu de ses codétenus, avec lesquels on

comprend qu'il ne puisse jamais communiquer, il l'est également presque

aussi rigoureusement de toute autre communication. Cela est porté si

loin que le détenu ne voit pas l'homme de service qui lui apporte ses

repas, que pour éviter même qu'il soit distrait par le bruit des pas de

ce servant, celui-ci est chaussé de lisières, et vient, sans être

entendu, placer la nourriture du prisonnier sur un tour dont révolution

seule avertit le malheureux qu'un être vivant est passé près de lui. On

comprend qu'on ait dit qu'une cellule, dans ces conditions, n'était

qu'un tombeau où l'on faisait descendre un être vivant. Le désespoir

s'empare souvent des prisonniers, et bien qu'on se soit un peu relâché

de ce que la règle avait de plus excessif, les cas d'aliénation mentale

sont fréquents encore; les chances de la vie moyenne pour les blancs

sont abrégées d'un tiers, par rapport à la vie de liberté, et les

chances de mort sont triplées pour les hommes de couleur.

Si ces rigueurs causent d'aussi cruels résultats sur les caractères

américains, on est été fondé à penser, ce nous semble, qu'avec le besoin

d'expansion, qu'avec la sociabilité du caractère français, elles

produiraient, importées chez nous sans d'énormes modifications, des

ravages encore plus affreux. Il n'a pu être dans la pensée d'aucun

cabinet ni dans celle des Chambres que l'épreuve en fût jamais tentée;

et si elle l'a été cependant, on plutôt si des mesures atroces ont été

prises au Mont-Saint-Michel, mesures sur lesquelles un des membres de la

commission s'est renseigné par lui-même et qu'il sera en position dans

la discussion de dénoncer à la tribune de la Chambre, on ne peut ni

l'imputer au régime pensylvanien, que ses adversaires les plus déclarés

n'accusent pas du moins de préméditer la mort de ses victimes, ni à

l'administration supérieure, nous devons le croire, mais uniquement à

des geôliers qui ont voulu devenir des bourreaux.

A la Roquette, maison construite à Paris pour les jeunes détenus, à

Tours, à Bordeaux, on a donc, comme le projet de loi propose de le faire

généralement, adopté déjà un système de séparation de jour et de nuit

des détenus; mais ce n'est pas là, à proprement parler, l'emprisonnement

solitaire. La règle de ces établissements est au contraire de multiplier

chaque jour les communications qui peuvent encourager le prisonnier,

relever son moral, exciter en lui le goût du travail qui lui est d'un si

grand secours, qui lui offre une si consolante distraction. A la

Roquette ces communications, d'après des mesures récentes, sont répétées

huit fois par jour au moins; elles se reproduisent parfois beaucoup plus

souvent. Le directeur, l'aumônier, l'instituteur, l'entrepreneur des

travaux exécutés par les détenus, les préposes au service et les visites

de l'extérieur autorisées par l'administration, viennent ôter à cette

détention l'intimidation du confinement solitaire absolu et y

substituent une action individuelle et morale qu'aucune force contraire

ne combat.

La Roquette, dont nous donnons ici la vue extérieure, avait été

construite pour l'application du système d'Auburn. L'isolement des

détenus ne devait avoir lien que la nuit; tous devaient, durant le jour,

travailler silencieusement dans des ateliers communs; aussi les cellules

n'y ont-elles pas l'étendue que sembleraient exiger le séjour constant

que le détenu y fait aujourd'hui et les travaux auxquels il s'y livre.

Néanmoins l'état sanitaire y est très-satisfaisant, surtout depuis que

des mesuras ont été adoptées pour rendre les promenades quotidiennes.

Chaque détenu peut aujourd'hui respirer le grand air et se livrer il

l'exercice pendant trente minutes dans des préaux pratiqués dans le

chemin de ronde et dans d'autres parties de la maison. Au moyen de

dispositions nouvelles et peu coûteuses, le temps de cette promenade

solitaire pourra être prochainement doublé.

Mais si la sollicitude et les efforts de M. le préfet de police et de la

commission de surveillance de la Roquette sont arrivés à approprier

cette maison au système qui y est suivi aujourd'hui, il n'en est pas

moins vrai que les plans de construction qui y ont été mis en oeuvre

avaient été dressés dans la vue d'une autre destination. Nous devons

donc plutôt, pour donner une idée d'une maison de détention érigée pour

l'application du système pensylvanien, emprunter notre description et

nos dessins à la prison modèle de Pentonville que le gouvernement

anglais a fait construire, il y a quatre ans, au nord de Londres, entre

Pentonville et Holoway. C'est une grande école de discipline à laquelle

sont envoyés pendant dix-huit mois, avant leur départ pour la terre de

Van-Diémen, tous les hommes de dix-huit à trente-cinq ans condamnés pour

un terme qui n'excède pas quinze années.

[Illustration: Plan de la prison de Pentonville.]

1, 2, 3, 4, 5. Préaux pour la promenade.

6, 7, 8. Cours profondes.

9. Ventilateurs.

10. Chambres des surveillants dans la tour de rondes.

a. Vestibule.

b. Chambre du gouverneur.

c. Chambre des magistrats.

d. Greffe.

e. Chambre du chirurgien.

f. Chambre des surveillants.

g. Salle des geôliers.

h. Chambre de la....

i. Chambre des lavabos.

j. Chambre du chef des geôliers.

k. Réfectoire des surveillants.

l. Salle de l'inspection.

m, n. Corridors des cellules.

o. Loge de geôlier.

p. Loge de surveillance.

q. Entrée principale.

[Illustration: Maison de la Roquette, à Paris.--Jeunes détenus.]

[Illustration: Maison de la Roquette, à Paris,--Réclusionnaires.]

[Illustration: Prison de Pentonville.--Porte de Cellule.]

Cette prison renferme aujourd'hui cinq cents prisonniers tous soumis à

un régime actif.

Le silence absolu est la règle de la maison; aussi l'on n'y entend

d'autre bruit que le pas des gardiens et le cliquetis de leurs clefs

lorsqu'ils ouvrent ou ferment les portes des cellules. Sur une rotonde

centrale, formant le noyau intérieur de la prison, s'ouvrent en éventail

quatre arcades d'une hauteur égale à celle du bâtiment.

C'est sur ces arcades que donnent les cellules, qui occupent trois

étages superposés. Des galeries auxquelles on arrive par de petits

escaliers en spirale construits en fer et à jour, conduisent aux étages

supérieurs. Les arcades sont désignées par les lettres A, B, C, D, et

les étages par les numéros 1, 2, 3; les cellules sont également

numérotées. Ces indications sont reproduites en drap rouge sur les

vestes et pantalons gris des prisonniers, qui quittent leur nom pour

n'être plus désignés que par leur numéro.--On maintient la séparation

aussi bien que le silence. Les détenus travaillent, prennent leur repas

et dorment dans leurs cellules. Cependant on les fait sortir par

détachements pour prendre l'air dans les cours. Mais en traversant les

corridors, chaque prisonnier doit se tenir à quatre mètres de distance

de l'autre, ne communiquer avec lui ni par la voix ni par aucun signe,

et chacun est bientôt enfermé dans un préau séparé. D'un bâtiment

central, auquel tous ces préaux aboutissent, un seul gardien peut

observer tous les promeneurs. Non-seulement les prisonniers ne peuvent

communiquer entre eux, mais ils ne peuvent pas même se connaître. Tous

portent des casquettes pourvues d'un morceau d'étoffe qui peut se

rabattre sur la figure jusqu'à la bouche, et qui est percé de deux trous

en face des veux, comme font les pénitents italiens. Le prisonnier

abaissant ce morceau d'étoffe lorsque sa cellule s'ouvre à des visiteurs

ou lorsqu'il en sort pour se rendre au préau, ses traits sont

complètement cachés; il n'éprouve pas l'humiliation d'être exposé à la

curiosité quelquefois indiscrète des étrangers, et il ne saurait être

reconnu de ses compagnons d'infortune.

[Illustration: Chapelle de la Prison de Pentonville.]

[Illustration: Prison de Pentonville.--Intérieur de Cellule.]

Toutes les cellules, dont nous donnons ici la porte, ont treize pieds de

long sur sept de large et dix-sept de hauteur; elles sont toutes

blanchies à la chaux et éclairées par une fenêtre élevée et grillée.

Quand la porte s'ouvre, elle laisse voir dans le coin à droite en

entrant une tablette sur laquelle on range pendant le jour le lit ou

hamac roulé, qui se suspend la nuit à des crochets fixés dans le mur, et

au-dessous de cette tablette un tiroir dans lequel on peut serrer

différents objets; près de là est une table avec une Bible et quelque

autres livres; au-dessus de la table se projette un bec de gaz,

enveloppé d'un garde-vue, et qu'on allume le soir. Un peu plus loin se

trouve une cuvette en métal, scellée dans le mur et surmontée d'un

robinet qui s'ouvre à volonté; l'eau qui a servi s'échappe par le fond

de la cuvette et est conduite par un tuyau dans un siège creux en

pierre, recouvert d'une plaque de fonte à charnière. Vingt-cinq litres

d'eau par jour sont mis à la disposition de chaque prisonnier,

indépendamment de ce qui se consomme pour les bains administrés à des

intervalles réguliers dans une partie de l'établissement appropriée à

cet usage. Un calorifère établi au rez-de-chaussée distribue, dans

toutes les parties de l'édifice, de l'air chaud qui pénètre dans les

cellules par des trous pratiqués dans des plaques métalliques fixées

dans le plancher, en même temps que l'air vicié s'échappe par d'autres

ouvertures ménagées au-dessus de la porte et communiquant avec des

fourneaux d'appel placés dans des parties éloignées du bâtiment.

A toute heure du jour ou de la nuit, le prisonnier peut appeler l'aide

ou le secours d'un employé dans sa cellule. En touchant un ressort, il

met en mouvement une sonnette placée dans l'arcade qui correspond à

l'aile de bâtiment qu'il habite; en même temps une petite tablette,

couchée contre le mur de cette arcade, se déploie et indique au gardien

le numéro de la cellule où il est appelé. Dans la porte de chaque

cellule est tout à la fois un judas fort étroit, recouvert de gaze d'une

fermeture, par lequel on peut, sans être vu, observer tous les

mouvements du prisonnier, et un guichet par lequel on lui fait passer sa

nourriture.

«Dans les différentes cellules où j'entrai ou dont j'examinai

l'intérieur par les ouvertures ménagées à cet effet dans portes, dit une

personne qui a visité récemment cet établissement (1), les prisonniers

étaient à l'ouvrage, les uns exerçant le métier cordonniers, d'autres

celui de tailleurs, plusieurs celui forgerons et de menuisiers,

quelques-uns celui de tisserand et de vanniers. Dans chaque cellule de

forgeron était installée une forge avec son soufflet, ainsi qu'une

enclume, le tout proportionné aux dimensions de la pièce; et nous

observâmes avec intérêt l'entrain avec lequel les prisonniers battaient

leur fer et se livraient leurs autres travaux, comme s'ils y eussent

trouvé une diversion agréable à l'ennui de leur solide. Il est évident

qu'un travail utile et régulier, qui occupe l'intelligence ainsi le

corps, doit nécessairement exercer une puissante influence sur le

physique et sur le moral: on peut même dire le c'est l'absence de cette

action salutaire qui a amené la plupart des détenus dans leur position

actuelle. Dans quelques cellules, je remarquai deux personnes, le

prisonnier et un instructeur; et, à ce sujet, on ne saurait trop répéter

que beaucoup de personnes ne se font pas une idée exacte de ce qui

constitue le système de silence et de séparation auquel les prisonmers

sont soumis dans la prison modèle. Indépendamment de l'humanité avec

laquelle on a pourvu à leurs différents besoins, ils reçoivent dans

leurs cellules la visite des personnes chargées de leur enseigner le

métier qu'ils choisissent, du médecin, de l'aumônier et d'autres

fonctionnaires de l'établissement. A certaines heures du jour, ils sont

conduits à l'école par divisions; et à, sans pouvoir se voir les uns les

autres, ils sont tous vus par l'instituteur et l'entendent lire

mutuellement. Ils assistent aussi en masse aux exercices religieux. La

chapelle, située dans la partie supérieure du bâtiment, est une vaste

pièce, pourvue d'un orgue, d'une chaire, et des autres accessoires

nécessaires; les bancs, qui s'élèvent par gradins, sont divisés en une

série de petites niches fermées comme autant de loges dans lesquelles on

entre par derrière, de sorte qu'aucun des assistants ne peut voir ni ses

voisins, ni ceux qui sont devant ou derrière lui, tandis que le ministre

a tout son auditoire sous les yeux.

[Note 1: _London Magazine_ et _Revue Britannique_, numéro de février

1844.]

«Je montai sur le toit de cette chapelle, d'où j'eus un panorama complet

de la prison, qui couvre, avec toutes ses cours et préaux, une surface

de près de trois hectares, le tout entouré, à l'exception du

corps-de-logis, qui forme la façade, d'une haute muraille dans les

angles de laquelle sont ménagés les logements des employés qui doivent

résider dans rétablissement.»

[Illustration: Intérieur de la prison de Pentonville.]

L'installation des cuisines est bien entendue. Des crics enlèvent et

font monter à tous les étages les plateaux chargés, qui circulent

rapidement sur des chariots dans les différents corridors. Le régime y

est sain et abondant. On peut faire l'objection, cela est bien vrai,

dans presque tous ces établissements nouveaux, que les individus ainsi

traités sont cependant des coupables subissant une peine, et que

d'honnêtes ouvriers, de braves laboureurs, à la vie desquels la société

n'a nul reproche à faire, sont bien loin de pouvoir vivre aussi

convenablement, aussi largement, malgré la persévérance et la fatigue de

leurs travaux. Il y a une juste mesure à observer pour les directeurs de

maisons pénitentiaires. Mais il est bien explicable que, placés entre

deux reproches contradictoires, qui sont souvent dirigés contre eux en

même temps, celui de traiter trop bien les détenus, par le motif que

nous venons d'exposer, et celui de les traiter trop mal, que leur

adressent, quoi qu'ils fassent, certains philanthropes exaltés, ils

préfèrent, quand il s'agit surtout d'aliments et de leur abondance,

s'exposer à dépasser plutôt un peu une stricte mesure qu'à demeurer en

deçà.

Une partie importante du mécanisme moral de la prison est la

bibliothèque, fort bien montée. Indépendamment de livres de morale et de

piété, elle en contient beaucoup qui ne sont qu'instructifs et amusants,

et divers ouvrages périodiques que l'on prête aux détenus qui ont rempli

certaines conditions du règlement; cette, mesure a produit jusqu'à

présent les meilleurs résultats. On conçoit, en effet, que la société

d'un livre qui intéresse doit adoucir les ennuis de la solitude, et

donner aux pensées une nouvelle et meilleure direction.

Les commissaires, dans un rapport récemment soumis au Parlement,

expriment leur haute satisfaction de l'état de la prison. «La conduite

des détenus, disent-ils, a été très-convenable, et ils se montrent

désireux de se conformer aux règles de la prison et de profiter des

moyens d'amélioration morale et d'instruction qui leur sont offerts. Les

effets de ces bonnes dispositions se manifestent déjà d'une manière

frappante. L'état sanitaire est très-satisfaisant sous tous les

rapports, et les détenus ont, en général, fait des progrès rapides dans

les différents métiers qu'on leur enseigne.»

Ajoutons, avant de terminer, dût cet article sembler sans conclusion,

dût notre lecteur demeurer dans le doute, que M. L. Faucher, dans un

travail remarquable qu'il a publié dans la _Revue des deux mondes_ du

1er février dernier, a cru devoir, s'appuyant sur le _Times_ du 28

janvier, porter sur le résultats obtenus à Pentonville un jugement

diamétralement opposé à celui de la commission de cet établissement,

quant à la question sanitaire: «Il n'y a pas un an, dit-il, que

Pentonville est habité, et déjà il a fallu transférer à Woolwich, dans

le ponton qui sert d'hôpital, environ quarante condamnés réduits, par le

régime solitaire, à un tel état de maigreur et de faiblesse, que bien

peu de ces malheureux paraissent devoir recouvrer la santé. Le 24

janvier, une enquête ouverte à Woolwich, après le décès d'un condamné, a

constaté qu'il était mort des effets de l'emprisonnement pensylvanien,

malgré les soins qu'on lui avait prodigués, après sa sortie de

Pentonville, pour le ramener à la vie. Cet homme, quoique dans la fleur

de l'age, présentait l'aspect d'un véritable squelette, et son corps

n'était plus qu'une masse entièrement desséchée. Outre ceux qui sont

morts ou qui sont à la veille de mourir, on a transféré à l'hospice de

Bethléem trois condamnés qui étaient devenus fous, l'un dès le mois de

juin, l'autre dans le mois d'août, et le troisième avant la fin de

décembre 1843. Il semble, d'après cela, que l'influence délétère que ce

système exerce sur les facultés mentales soit aussi prompte qu'elle est

terrible.»

Bulletin bibliographique.

L'_Inde anglaise en 1843_; par le comte Édouard de Warren, ancien

officier au service de S. M. R. dans l'Inde (présidence de Madras). 2

vol. in-8. Dans, 1844 Imprimeurs-unis. 15 fr.

«En écrivant cet ouvrage, dit M. le comte Édouard de Warren, je me suis

propose deux tâches qui ont donné naissance à deux parties tout à fait

distinctes, quoique se prêtant une confirmation mutuelle. Dans la

première, j'ai cherché à combler avec des matériaux peut-être rudement

dégrossis, mais du moins consciencieusement recueillis, la lacune

laissée par la mort dans l'admirable ouvrage de Jacquemont. Son journal

et sa correspondance n'embrassent que les présidences du Bengale et de

Bombay; celle de Madras lui échappé entièrement. Cette province est

cependant bien loin de le céder aux deux autres en importance et en

intérêt, pour la France surtout, qui y a joué un si grand rôle, qui y

conserve encore tant de souvenirs de gloire et de malheur. Cette lacune,

j'ai essayé d'abord de la remplir, mais entraîné bientôt par le sérieux

et le positivisme de ma nature, j'ai cependant abandonné la partie

descriptive pour aborder les questions politiques.»

_L'Inde anglaise_ se divise en effet, comme son auteur nous l'apprend

ainsi dès le début, en deux parties tout à fait distinctes. La première,

plus longue que la seconde, ne lui ressemble en rien. C'est «un simple

récit du coin du feu, que M. de Warren abandonne à toutes les critiques

qu'on en voudra faire, tout en espérant cependant quelque indulgence; ce

sont des pages détachées de son journal, écrites sans prétention, sous

l'impression du moment, souvent à la hâte, sur le bord du chemin, sur le

pavé de la vieille mosquée, sur le piédestal de l'idole dans la pagode,

le soir d'une longue marche sur un lit de camp, ou après les agitations

du combat.» Cette première partie, nous ne pouvons pas l'analyser, car

elle renferme la vie de M. de Warren depuis 1830 jusqu'en 1843. Au

moment où la révolution de juillet éclata, M. de Warren, fils d'un

officier de la brigade irlandaise de Dillon, venait de se présenter

vainement pour la seconde fois à l'École Polytechnique. Né à Madras, il

était toujours l'enfant de l'Asie; il résolut de retourner dans l'Inde,

où résidait d'ailleurs sa famille. Enfin, son ambition découvrait dans

son pays natal toute une carrière à exploiter, où il n'avait été devancé

par personne. Que connaissait-on en effet en 1830? que connaît-on même

aujourd'hui de ces vastes contrées où la France a joué un si grand rôle?

Avait-on fait le moindre effort depuis quarante ans pour s'enquérir de

la politique de nos rivaux et du développement de leur puissance dans le

plus vaste de leurs domaines? M. de Warren se proposa donc

d'entreprendre un long pèlerinage: pour visiter les localités les moins

connues de l'Inde anglaise, et de recueillir toutes les données

nécessaires, afin d'en extraire plus tard l'analyse politique et

l'histoire contemporaine de son gouvernement. Il partit donc, après

avoir demandé à M. le comte Dupuys «un plan pour poursuivre avec méthode

son idée, bien résolu à l'exécuter avec la ténacité et l'audace dont il

se sentait capable.»

Nous ne pouvons malheureusement pas le suivre dans ses voyages. Qu'il

nous suffise de dire qu'il habita et qu'il décrit tour à tour Madras,

Pondichéry, Hyderabad, Ellorn, Bellary, Golconde, Vellore, etc. Nommé

enseigne dans le 55e régiment de. S. M. B., il nous donne d'abord les

détails les plus nouveaux et les plus complets sur la composition d'un

régiment anglais, l'armée royale et l'armée de la compagnie, les

systèmes de recrutement et d'avancement, etc. Enfin, il fit la campagne

de Coorg; puis, après avoir raconté pourquoi et comment la compagnie

ajouta à ses domaines les États de Coorg, il escorte le rajah prisonnier

jusqu'à Bengalore. Cette expédition terminée, M. de Warren clôt

subitement la première partie de son ouvrage. «J'ai cru, dit-il, pouvoir

employer les premières pages de mon journal, celles où j'avais inscrit

ces premières impressions du voyageur, toujours les plus vives et les

plus fidèles, comme un cadre à tiroir dans lequel il était assez commode

de faire passer successivement en revue les moeurs, les coutumes, les

préjugés, la vie sociale des peuples dont je me préparais à expliquer la

vie politique, dont j'allais interroger le passé et calculer l'avenir me

semblait nécessaire, au moment d'initier pour la première fois mes

compatriotes aux combinaisons de la publique de l'Inde, de les

transporter d'abord quelque temps dans l'atmosphère locale, de les

acclimater en quelque sorte; mais je ne dois point abuser de la patience

du public. D'ailleurs, la marche de mon journal m'a conduit une ère

nouvelle qui est précisément l'époque d'où il est nécessaire de

reprendre l'étude de l'Inde anglaise contemporaine. Depuis quelques mois

une révolution complète s'était opérée dans le système de

l'administration de l'Inde. Un acte du Parlement d'août 1833, sanctionné

par la couronne, avait transformé une société de marchands en un congrès

de ministres, avait ôté de ses mains la balance du commerce pour y

laisser celle du gouvernent et de la politique. Les questions qui

allaient se présenter étaient trop vastes pour les pages fugitives d'un

journal, pour les mêler aux petits accidents de la vie d'un homme. Il

était temps de laisser la monotone histoire d'un jeune lieutenant

tournant dans un cercle étroit d'oisives garnisons, pour suivre le

développement et la marche d'un grand empire.»

Apprécier exactement la nature et le degré du pouvoir de la compagnie

anglaise des Indes orientales, «telle était, telle est, dit M. de

Warren, la grande question du moment, question palpitante d'actualité et

d'avenir, que je me suis proposé pour thème.»

«Pour bien comprendre un mécanisme aussi compliqué, il faut,

ajoute-t-il, l'examiner successivement dans ses rapports: 1º avec la

métropole; 2º avec les peuples sur lesquels il agit.» Il se trouve ainsi

naturellement amené à subdiviser pour plus de clarté la question

principale en plusieurs questions élémentaires, dont il essaie de donner

une solution. D'abord il se demande quelle est la constitution actuelle

de l'empire britannique dans l'Inde, et si cette constitution paraît

devoir être définitive. Puis il entre dans de longs et curieux détails

sur le gouvernement local; l'organisation administrative, fiscale et

judiciaire; le système de police, les revenus, comprenant l'impôt

territorial, les tributs, les monopoles, les douanes, la moyenne

générale des revenus; la moyenne générale des dépenses; la statistique

financière. Les trois premiers chapitres ne traitent que du mode

d'action du gouvernement actuel de l'Inde sur ses sujets immédiats ou

directs. Son action politique sur ses sujets médiats ou les États

alliés, vassaux et tributaires, forme le sujet de trois autres chapitres

du plus haut intérêt.

On compte aujourd'hui deux cent vingt royaumes, principautés et fiefs

principaux, dépendants ou tributaires de la Compagnie, sans y comprendre

une infinité de petits princes ou chefs secondaires liés par des traités

plus ou moins directs avec le gouvernement suprême de l'Inde anglaise.

Ils composent une fédération dont ce gouvernement est le chef, et dont

les conditions sont celles-ci: protection effective d'un côté, déférence

et soumission formelle de l'autre; l'arbitrage du suzerain est accepté

comme définitif dans toutes les questions qui peuvent s'élever entre les

vassaux. Les États de quelque importance entretiennent à leurs frais des

forces subsidiaires, ou des contingents commandés par des officiers

européens. Les petites principautés sont simplement tenues de payer un

tribut, ou, si elles sont trop pauvres pour offrir une redevance

annuelle en échangé de la protection qui leur est accordée, elles

s'engagent au moins, en cas de guerre, à se lever en masse à la première

réquisition.

Les princes qui vivent aujourd'hui sous la protection ou sous la

dépendance de la compagnie peuvent se diviser en quatre grandes classes:

1º Princes indépendants dans l'administration intérieure de leurs États,

mais non dans le sens politique;

2º Princes dont les États sont gouvernés par un ministre choisi par le

gouvernement anglais, et placés sous la protection immédiate du

représentant ou agent de ce gouvernement, qui résidé à la cour du

souverain nominal;

3º Princes dont les États sont gouvernés en leur nom par le résident

anglais lui-même et les agents de son choix;

4º Princes dépossédés et pensionnés, mais conservant encore les

prérogatives de la caste et du rang, traités avec la considération et

les courtoisies indiquées par les usages du pays; inviolables dans leurs

personnes et affranchis de la juridiction des cours, excepté en matière

politique. Le gouvernement suprême se reserve pourtant le droit de les

priver de leur liberté ou de suspendre leurs pensions quand des raisons

d'État, fondées sur des intrigues dévoilées ou une malveillance

suffisamment apparente, réclament l'adoption de ces mesures de rigueur.

Ou trouve dans les définitions diverses de ces quatre classes, la

progression décroissante suivie par chaque chef d'État qui accepte la

protection de l'Angleterre, le sacrifice de l'indépendance politique est

suivi tôt ou tard de celui de l'indépendance administrative et

personnelle. Tout en ne négligeant rien pour préparer ces différentes

transitions, le gouvernement suprême agit toujours avec sa lenteur et sa

circonspection accoutumées; il ne hâte leur succession ou leur

consommation finale que quand il est certain d'y trouver son avantage,

C'est généralement dans la seconde et la troisième classe que les États

vassaux fournissent le plus abondamment à la cupidité du suzerain. Ce

sont des mines d'or en exploitation. Le chef protégé est alors le bouc

expiatoire sur lequel retombe toute la haine du peuple, dont la

substance s'écoute réellement dans le trésor de la compagnie.

M. de Warren passe donc successivement en revue ces quatre classes, et

il voit, dit-il, se développer devant lui un tableau qui rivalise avec

les plus grandioses et les plus sublimes de l'histoire romaine, jamais

la reine du monde ancien n'attela plus de peuples et de souverains à son

char de triomphe.

A ce curieux tableau succède un chapitre intitulé statistique générale

de l'Inde. Selon les calculs de M. de Warren, exacts dans certaines

parties et approximatifs dans d'autres, le chiffre total des populations

comprises entre les limites naturelles de l'Hindoustan, c'est-à-dire

l'Indus, l'Hymalaya, l'Océan et les montagnes d'Arracan, serait

approximativement et au maximum de 158 millions.

Malgré le peu d'énergie de ces 158 millions d'esclaves, et leurs

vieilles haines politiques et religieuses, la stabilité de l'ordre de

choses introduit par la domination anglaise doit être attribuée surtout

à la présence d'une armée, dont l'organisation actuelle, parfaite à

beaucoup d'égards, est le résultat d'une longue expérience et d'études

approfondies sur le caractère des indigènes et les exigences du service.

Dans son chapitre suivant, qui a pour titre: Système militaire, M. de

Warren complète les renseignements qu'il avait déjà donnés durant le

cours de ses mémoires, sur le nombre, l'organisation et la qualité de

l'armée anglo-indienne.

Pour achever cette peinture de la société européenne dans l'Inde, M. de

Warren consacre une partie du chapitre suivant au clergé et au commerce;

puis il examine l'organisation de la société indienne, extrêmement

multiple dans ses détails, mais présentant deux éléments principaux

parfaitement distincts dans leur origine, leur essence et leurs

composés, les éléments hindou et musulman, que deux religions

différentes qui se repoussent sur tous les points séparent comme par on

abîme.

Ces études préliminaires achevées, M. de Warren se demande quelle est la

position de l'Inde sous le rapport de la prospérité matérielle et

positive; si elle a ou non à regretter les gouvernements divers,

alfghans et mogols, qui ont précédé celui des Anglais; si elle a

l'espoir d'une amélioration quelconque dans l'avenir? Ces questions

posées, M. de Warren réfute l'assertion singulièrement légère et

hasardée de M. de Jancigny, que des peuples de l'Hindoustan jouissent

aujourd'hui de plus d'indépendance relative, de repos, d'aisance et de

bonheur qu'ils n'en avaient eu en partage pendant dix

siècles.--«L'Angleterre, dit-il, a trouvé moyen d'épuiser tous les

trésors de l'Inde sans en employer la moindre fraction au profit et au

bonheur matériel des peuples qu'elle a conquis: comme le vampire

fabuleux, elle aura bientôt tout absorbé, et il ne restera plus qu'un

peuple de serfs jouissant d'une liberté nominale annulée par le besoin

et n'ayant d'autre alternative que de travailler pour le profit exclusif

de ses maîtres.»

L'Inde n'a donc, dans l'opinion de M. de Warren aucun espoir

d'amélioration dans l'avenir; sa position doit nécessairement et

fatalement empirer. Comme l'a dit Montgomery Martin, elle peut être

comparée à celle d'un individu qui serait prive de nourriture et auquel

on retirerait journellement du sang par des saignées. Que doit-il

attendre? l'atrophie, les convulsions, la mort! «On nous dira, s'écrie

M. de Warren, que le jour viendra peut-être où l'Angleterre sera plus

juste et entendra mieux ses véritables intérêts. Non, parce qu'elle est

sur une pente fatale; son industrie a pris un développement effrayant

qu'elle ne peut plus arrêter, et, à mesure que ses débouchés

s'engorgent, son égoïsme lui fait cherchera à étouffer, à dévorer toutes

les industries rivales. Elle est vis-à-vis de l'Inde comme le vautour de

Prométhée, avec cette différence que son appétit ne fera que

s'accroître, et que les entrailles du Prométhée indien ne renaîtront

plus.»

L'Angleterre a-t-elle du moins bien mérité des peuples de l'Inde pour

leur amélioration morale, pour les progrès de l'intelligence, des

lumières, du christianisme? A-t-elle répandu dans l'Hindoustan

quelques-uns des avantagés de la civilisation moderne? A-t-elle fait le

premier pas dans cette voie? «A ces questions, dit M. de Warren, c'est

encore par la négative qu'il faudra répondre. Peut-être la tâche

n'était-elle pas aisée; mais l'a-t-on franchement entreprise? A-t-on

pensé à autre chose qu'à exploiter? S'il est un fait constaté et

généralement reconnu, c'est que la civilisation, dans l'Inde, n'a pas

fait un pas depuis les temps d'Alexandre jusqu'à nos jours. Le sabre

prosélytique des musulmans et la douce lumière des doctrines du

christianisme n'ont pu ni briser ni pénétrer l'édifice roide et escarpé

des institutions hindoues: croyances religieuses, moeurs, usages,

habillements, culture, tout est resté immuable comme les temples

d'Ellora, taillés dans ses montagnes de granit.»

Passant alors rapidement sur l'état actuel des religions de l'Inde, M.

de Warren s'adresse une quatrième question: «Sur quelles bases l'empire

britannique indien est-il établi? N'a-t-il rien à craindre en fait de

révolutions de l'intérieur? Est-il de nature à résister à une agression

étrangère?» Ces questions lui semblent résolues par les chapitres

précédents. La base le pouvoir anglais n'est pas dans l'amour des

peuples, elle est dans la crainte. L'Angleterre n'a évidemment rien à

redouter de ses sujets de l'Inde tant qu'ils seront livrés à eux-mêmes;

mais les choses changeraient de face si elle était attaquée par une

autre puissance européenne. Dans l'opinion de M. de Warren, du jour où

une armée égale à celle dont elle pourra disposer au point de contact se

présentera pour la combattre sur les rives de l'Indus, l'heure de sa

destinée aura sonné. Au lieu de s'appuyer sur le pays, elle le sentira

se dérober sous elle, et, entraînée par son propre poids, elle

s'écroulera aux pieds de son ennemi, tout surpris lui-même de cette

chute soudaine. A l'appui de cette allégation, que nous ne pouvons

discuter ici. M. de Warren trace un plan de campagne à la Russie; il lui

prédit la victoire, et il déclaré solennellement que le moment est venu

où, si elle comprend sa destinée, elle marchera d'un pas ferme et sans

plus hésiter vers le but que le ciel lui a marqué. «La France seule,

dit-il, pourrait s'opposer à cette conquête, mais la France y

consentira...» à certaines conditions qu'il nous est interdit d'énumérer

ici.

M. de Warren termine ainsi sa conclusion: «Magnifique et glorieuse

Angleterre, ma belle et bonne France, je vous ai adressé à l'une et à

l'autre de dures vérités; je vous ai pourtant bien sincèrement aimées

l'une et l'autre. Si mon coeur s'est momentanément refroidi pour ma

bienfaitrice, c'est que j'ai ressenti au plus profond de mon âme

l'atteinte portée à l'honneur de mon pays, son amitié, sa confiance

outragée. Ce n'est pas pourtant dans une intention hostile à

l'Angleterre que j'ai lancé cet écrit sur le flot orageux de l'opinion

publique; j'ai voulu, au contraire, en lui dévoilant la vérité sur

toutes les questions de l'Inde, en ne lui offrant que la vérité, mais

toute la vérité, lui ouvrir les yeux sur l'étendue du danger qu'elle a

bravé, qu'elle brave encore, dissiper le nuage que l'encens national

élève sans cesse autour d'elle, et qui l'a si récemment égarée jusqu'aux

bords de l'abîme. Je voudrais la forcer, en l'effrayant, à se jeter dans

les bras de la France, et enchaîner désormais leurs destinées. Le ciel

m'est témoin que tel a été mon seul but, le but d'un coeur

reconnaissant, qui, après le bonheur de la France, ne desire rien tant

que celui de sa noble rivale.»

Tel est ce livre, plein de faits nouveaux et curieux, d'observations

profondes, d'idées plus ou moins contestables. Ce n'est pas un ouvrage

sans défaut. Bien qu'on reconnaisse aisément qu'il a tout récemment

déposé le sabre pour la plume, M. de Warren écrit souvent des pages

remarquables, surtout pur la verve et l'esprit. Nous lui reprocherons,

outre certaines fautes de style, un peu de désordre et des répétitions;

peut-être aussi cite-t-il trop souvent Jacquemont et l'Oriental Acoual,

toutefois ses qualités surpassent de beaucoup ses défauts. Il nous est

difficile, on le conçoit, d'apprécier la valeur de tous les matériaux

dont il s'est servi pour appuyer et corroborer ses opinions

personnelles; mais, s'il s'est trompé, c'est involontairement. Après

avoir lu son ouvrage, personne ne l'accusera ni d'exagération ni de

mensonge. Le nom, la position et la loyauté de son auteur justifient

donc, autant que la nature du sujet lui-même, le grand et légitimé

succès que _l'Inde anglaise_ a obtenu depuis sa publication. C'est un

des livres de voyage et de politique les plus importants que ces

dernières années aient vu paraître. Que M de Warren nous pardonne donc

si nous venons un peu tard mêler nos faibles éloges aux félicitations

unanimes que la presse et les revues françaises lui adressent depuis

plus de deux mois.

_Polyanthea archéologique_, ou Curiosités, raretés, bizarreries et

singularités de l'histoire religieuse, civile, industrielle, artistique

et littéraire dans l'antiquité, le moyen âge et les temps modernes;

recueillis sur les monuments de tout genre et de tout âge, et publiés

par T. de Jolimont. Paris, l'auteur, rue Boucherat, 34.--_Histoire des

Oeufs; Oeufs de Pâques.--De l'usage de saluer ceux qui éternuent et de

leur adresser des souhaits_.--Bibliothèque de poche.

M. de Jolimont publie une suite de petits opuscules dont le titre

ci-dessus indique le sujet. Les deux que nous annonçons particulièrement

aujourd'hui, _l'Histoire des Oeufs de Pâques_, et _De l'usage de saluer

ceux qui éternuent_, contiennent des recherches intéressantes et peu

connues. Nous avons annoncé déjà, de la même collection, la _Monologie

du mois d'Avril_,--jeux populaires du _poisson d'avril_. Les curieux

peuvent satisfaire, par la lecture de ces opuscules, un besoin naturel

de remonter à l'origine de ces usage» singuliers, devenus pour la

plupart des contemporains une bizarrerie inexplicable dans l'histoire

des moeurs. L'idée qui a inspiré les opuscules de M. de Jolimont n'est

pas nouvelle, et il existe déjà des écrits sur toutes ces questions. Ce

qui eût été plus nouveau, c'est de les réunir en les abrégeant et d'en

former un corps. Nous savons que ce projet existe, et _l'Illustration_ a

déjà annoncé une _Bibliothèque de poche_ en dix volumes in-18, dont le

sommaire embrasse la totalité des recherches de M. de Jolimont et va

bien au delà. Le _prospectus de la Bibliothèque de poche_ se termine par

la nomenclature suivante:

«Nous comprendrons en dix volumes du format de ce prospectus les

_Variétés curieuses_ que nous annonçons, classées sous les titres

suivants:

1º Curiosité littéraires.

2º --- biographiques.

3º --- historiques.

4º --- des origines et inventions curieuses.

5º --- Traditions, légendes, usages. Fêtes, etc.

6º --- militaires.

7º --- des beaux-arts et de l'archéologie.

8º --- proverbiales et étymologiques.

9º --- des langues, des moeurs, des voyages, etc.

10º --- anecdotiques.

Une société de gens de lettres et d'érudits a eu l'idée de mettre en

commun, pour cette curieuse collection, le résultat de ses nombreuses

lectures et le fruit de ses recherches laborieuses à travers des

mémoires et des livres rares, qui ne sont guère connus aujourd'hui que

des savants de professions.--Le premier volume est sous presse, et

paraîtra dans quelques jours à la librairie Paulin.

[Illustration: Allégorie du Mois d'Avril.--Le Taureau.]

Amusements des Sciences.

SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS LE

CINQUANTE-HUITIÈME NUMÉRO,

L'Illustration, No. 0060, 20 Avril 1844 · 第 12 / 16 题