La petite Émilie.
Il y avait dans la maison un domestique qui, à ce que j'appris,
accompagnait généralement Steerforth, et qui était entré à son
service à l'Université. C'était en apparence un modèle de
convenance. Je ne crois pas qu'il y ait jamais eu un homme qui eût
un air plus respectable, pour sa position. Il était silencieux,
tranquille, respectueux, attentif, ne faisait point de bruit,
était toujours là quand on avait besoin de lui, et ne gênait
jamais quand on n'en avait que faire; mais son grand titre à la
considération, c'était la convenance de ses manières. Il n'avait
pas l'air d'un chien couchant, il avait plutôt le ton un peu
roide; ses cheveux étaient courts, sa tête arrondie; il parlait
doucement, et il avait une manière particulière de faire siffler
les S qui faisait croire qu'il en consommait plus que le commun
des mortels; mais les plus petites particularités de ses manières
contribuaient à lui donner l'air respectable, et il aurait eu le
nez en trompette, que je suis sûr qu'il aurait trouvé moyen d'y
puiser un élément de plus pour ajouter à cet air respectable. Il
s'entourait d'une atmosphère de convenance, au sein de laquelle il
marchait d'un pas sûr et tranquille. Il eût été presque impossible
de le soupçonner d'une mauvaise action, tant il était respectable.
Il ne serait venu à l'idée de personne de lui faire porter une
livrée, il était trop respectable pour cela. On n'aurait pas osé
lui imposer un travail servile; c'eût été faire une insulte
gratuite aux sentiments d'un homme profondément respectable, et je
remarquai que les femmes de la maison le sentaient si bien,
qu'elles faisaient toujours elles-mêmes tout l'ouvrage pendant
qu'il lisait le journal près du feu, dans l'office.
Je n'ai jamais vu un homme plus réservé. Mais cette qualité, comme
toutes celles qu'il possédait, ne faisait qu'ajouter à son air
respectable. Personne ne savait son nom de baptême et c'était
encore un mystère qui ne nuisait pas à sa considération. On ne
pouvait avoir aucune objection au nom de Littimer, sous lequel il
était connu. Pierre pouvait être le nom d'un pendu, et Thomas,
celui d'un déporté; mais Littimer, voilà un nom parfaitement
respectable!
Je ne sais pas si c'est à cause de cet ensemble respectable qu'il
avait, mais je me sentais toujours très-jeune en présence de cet
homme. Je n'avais pu deviner quel âge il avait lui-même, et
c'était encore un mérite de discrétion à ajouter à tous ceux que
je lui connaissais. Dans le calme de sa physionomie respectable,
on pouvait aussi bien lui donner cinquante ans que trente.
Littimer entra dans ma chambre, le lendemain avant que je fusse
levé, et m'apporta de l'eau pour ma barbe (cruel souvenir!), et se
mit à sortir mes habits. Quand j'ouvris les rideaux du lit pour le
regarder, je le vis toujours à la même température de convenance
(car le vent d'est du mois de janvier ne le faisait pas descendre
d'un degré: il n'en avait pas même l'haleine refroidie pour cela),
plaçant mes bottes à droite et à gauche, dans la première position
de la danse, et soufflant délicatement sur ma redingote pour faire
disparaître quelques grains de poussière, puis la recouchant sur
le sopha avec le même soin que si ce fût un enfant endormi.
Je lui souhaitai le bonjour, en demandant quelle heure il était.
Il tira de sa poche la montre de chasse la plus convenable, que
j'eusse jamais vue, l'ouvrit à demi, en maintenant le ressort de
la boîte avec son pouce, la regarda comme s'il consultait une
huître prophétique, la referma et m'apprit qu'il était huit heures
et demie.
«M. Steerforth sera bien aise de savoir si vous avez bien dormi,
monsieur!
-- Merci, lui dis-je, j'ai très-bien dormi. M. Steerforth va bien?
-- Merci, monsieur, M. Steerforth va assez bien.»
Un autre trait caractéristique de Littimer consistait dans le soin
avec lequel il évitait tous les superlatifs, gardant toujours un
juste milieu, froid et calme.
«Y a-t-il encore quelque chose que je puisse avoir l'honneur de
faire pour monsieur? La première cloche sonne à neuf heures, la
famille déjeune à neuf heures et demie.
-- Non, rien, merci.
-- C'est moi qui remercie, monsieur, s'il veut bien le permettre;»
et, sur ces mots, il passa près de mon lit avec une légère
inclination de tête, comme s'il me demandait pardon d'avoir
corrigé mes paroles, et il sortit en fermant la porte aussi
doucement que si je venais de tomber dans un léger sommeil dont ma
vie dépendait.
Tous les matins cette conversation se répétait entre nous, ni
plus, ni moins, et cependant, quelques progrès que j'eusse pu
faire dans ma propre estime la veille au soir, quelque espérance
d'une maturité prochaine qu'eussent pu me faire concevoir
l'intimité de Steerforth, la confiance de mistress Steerforth ou
la conversation de miss Dartle, sitôt que je me trouvais en
présence de cet homme respectable, je redevenais à l'instant même
un petit garçon.
Il nous procura des chevaux, et Steerforth, qui savait tout, me
donna des leçons d'équitation. Il nous procura des fleurets, et
Steerforth commença à m'apprendre à faire des armes; il nous
pourvut de gants, et je fis quelques progrès dans l'art de boxer.
Peu m'importait que Steerforth me trouvât novice dans toutes ces
sciences, mais je ne pouvais souffrir de manquer d'adresse devant
le respectable Littimer. Je n'avais aucune raison de croire que
Littimer fût versé dans la pratique des arts en question: rien ne
pouvait, dans sa personne, me le faire supposer le moins du monde,
pas même un mouvement imperceptible des paupières; mais toutes les
fois qu'il se trouvait là pendant la leçon, je me sentais le plus
neuf, le plus gauche, le plus innocent des hommes, un vrai blanc-
bec.
Si je suis entré dans tous ces détails sur son compte, c'est qu'il
produisit sur moi, tout d'abord, un effet assez étrange, et c'est
surtout pour préparer ce qui arriva plus tard.
La semaine s'écoula d'une manière charmante. Elle passa vite pour
moi, comme on peut le croire: c'était comme un rêve, et pourtant
j'avais tant d'occasions d'apprendre à mieux connaître Steerforth,
et de l'admirer tous les jours davantage, qu'il me semblait, à la
fin de mon séjour, que je ne l'avais jamais quitté. Il me traitait
un peu comme un joujou, mais d'une façon si amusante, qu'il ne
pouvait rien faire qui me fût plus agréable. Cela me rappelait,
d'ailleurs, nos anciens rapports, dont nos nouvelles relations me
semblaient une suite toute naturelle. Je voyais qu'il n'était pas
changé, j'étais délivré de tout l'embarras que j'aurais pu
éprouver en comparant mes mérites avec les siens, et en calculant
mes droits à son amitié sur un pied d'égalité; enfin il n'avait
qu'avec moi ces manières gaies, familières, affectueuses. Comme il
m'avait traité, en pension, tout autrement que le reste de nos
camarades, je voyais aussi, avec plaisir, qu'il ne me traitât pas
maintenant, dans le monde, de la même manière que le reste de ses
amis. Je me croyais plus près de son coeur qu'aucun autre, comme
je sentais le mien échauffé pour lui d'une amitié sans pareille.
Il se décida à venir avec moi à la campagne, et le jour de notre
départ arriva bientôt. Il avait songé un moment à emmener
Littimer, mais il avait fini par le laisser à la maison. Cet homme
respectable, satisfait de tout, arrangea nos porte-manteaux sur la
voiture qui devrait nous conduire à Londres de manière à braver
les coups et les contre-coups d'un voyage éternel, et reçut, de
l'air le plus calme, la gratification modeste que je lui offris.
Nous fîmes nos adieux à mistress Steerforth et à miss Dartle: mes
remercîments furent reçus avec beaucoup de bonté par la mère de
mon ami. La dernière chose qui me frappa, fut le visage
imperturbable de Littimer, qui exprimait, à ce que je crus voir,
la conviction que j'étais bien jeune, bien jeune.
Je n'essayerai pas de décrire ce que j'éprouvai en retournant,
sous de si favorables auspices, dans les lieux témoins de mon
enfance. J'étais si préoccupé de l'effet que produirait Yarmouth
sur Steerforth, que je fus ravi de lui entendre dire, en
traversant les rues sombres qui conduisaient à l'hôtel de la
Poste, qu'autant qu'il pouvait en juger, c'était un bon petit
trou, assez drôle, quoique un peu isolé. Nous allâmes nous coucher
en arrivant (je remarquai une paire de guêtres et des souliers
crottés à la porte de mon vieil ami le Dauphin), et nous
déjeunâmes tard le lendemain. Steerforth, qui était fort en train,
s'était promené sur la plage avant mon réveil, et avait fait la
connaissance de la moitié des pêcheurs du lieu, disait-il. Bien
mieux, il croyait avoir vu dans le lointain la maison de
M. Peggotty, avec de la fumée qui sortait par la cheminée, et il
avait été sur le point, me dit-il, d'entrer résolument et de se
faire passer pour moi, en disant qu'il avait tellement grandi
qu'il n'était plus reconnaissable.
«Quand comptez-vous me présenter, Pâquerette? dit-il. Je suis à
votre disposition, cela ne dépend plus que de vous.
-- Eh bien! je me disais que nous pourrions y aller ce soir,
Steerforth, au moment où ils sont tous assis en rond autour du
feu. Je voudrais vous faire voir ça dans son beau, c'est quelque
chose de si curieux!
-- Va donc pour ce soir! dit Steerforth.
-- Je ne les préviendrai pas de notre arrivée, vous savez, dis-je
tout enchanté. Il faut les prendre par surprise.
-- Oh! cela va sans dire, répondit Steerforth, il n'y aurait plus
de plaisir si on ne les prenait pas sur le fait. Il faut voir les
indigènes dans leur état naturel.
-- Pourtant, ce ne sont que des gens de l'espèce dont vous parliez
l'autre jour, lui dis-je.
-- Ah! vous vous souvenez de mes escarmouches avec Rosa? s'écria-
t-il vivement. Cette fille m'est insupportable, j'ai presque peur
d'elle. Elle me fait l'effet d'un vampire. Mais n'y pensons plus.
Qu'allez-vous faire maintenant? Je suppose que vous allez voir
votre vieille bonne?
-- Oui, certes, dis-je, il faut que je commence par voir Peggotty.
-- Voyons! répliqua Steerforlh en tirant sa montre, je vous donne
deux heures pour pleurnicher tout votre soûl, est-ce assez?»
Je répondis que je pensais qu'il ne nous en fallait pas davantage,
mais qu'il devrait venir aussi, et qu'il verrait que son renom
l'avait précédé et qu'on le regardait comme un personnage presque
aussi important que moi.
«Je viendrai où vous voudrez, et je ferai ce que vous voudrez, dit
Steerforth; dites-moi seulement où je dois me rendre, et je ne
vous demande que deux heures pour me préparer à mon rôle,
sentimental ou comique, à votre choix.»
Je lui donnai les renseignements les plus détaillés pour trouver
la demeure de M. Barkis, et ceci convenu, je sortis seul. L'air
était vif, le pavé était sec, la mer était transparente, le soleil
versait des flots de lumière, sinon de chaleur, et tout le monde
semblait gai et en train. Je me sentais si joyeux que, dans ma
satisfaction de me retrouver à Yarmouth, j'aurais volontiers
arrêté chaque passant pour lui donner une poignée de main.
Les rues me paraissaient un peu étroites. C'est toujours comme
cela quand on revoit plus tard celles qu'on a connues dans son
enfance. Mais je n'avais rien oublié, rien n'était changé,
jusqu'au moment où j'arrivai près de la boutique de M. Omer. Les
mots «Omer et Joram» avaient remplacé le nom unique d'Omer. Mais
l'inscription, «Magasin de deuil, tailleur, et entrepreneur de
funérailles,» était toujours à sa place.
Mes pas se dirigèrent si naturellement vers la porte de la
boutique, après avoir lu l'enseigne de l'autre côté de la rue, que
je traversai la chaussée pour regarder par la fenêtre. Je vis dans
le fond une jolie personne qui faisait sauter un petit enfant dans
ses bras: un autre marmot la tenait par son tablier. Je reconnus
sans peine Minnie et ses enfants. La porte vitrée de la boutique
n'était pas ouverte, mais j'entendais faiblement dans l'atelier,
au fond de la cour, retentir le vieux toc toc du marteau, qui
semblait n'avoir jamais cessé depuis mon départ.
«Monsieur Omer est-il chez lui? dis-je en entrant. Je serais bien
aise de le voir un moment.
-- Oh! oui, monsieur, il est à la maison, dit Minnie. Son asthme
ne lui permet pas de sortir par ce temps-là. Joseph, appelez votre
grand père!»
Le petit garçon qui tenait son tablier poussa un cri d'appel si
énergique qu'il en fut effrayé lui-même, et qu'il cacha sa tête
dans les jupons de sa mère, à la grande admiration de celle-ci.
J'entendis approcher quelqu'un qui soufflait à grand bruit, et je
vis bientôt apparaître M. Omer, l'haleine plus courte encore que
par le passé, mais du reste, très-peu vieilli.
«Votre serviteur, monsieur, dit M. Omer. Que puis-je faire pour
vous?
-- Me donner une poignée de main, si vous voulez bien, monsieur
Omer, dis-je en lui tendant la mienne, vous avez montré beaucoup
de bonté pour moi un jour où je crains de ne pas vous en avoir
assez témoigné ma reconnaissance.
-- Ah! vraiment? répondit le vieillard. Je suis enchanté de ce que
vous me dites là, mais je ne m'en souviens pas. Vous êtes bien sûr
que c'est moi?
-- Parfaitement sûr.
-- Il faut que j'aie la mémoire aussi courte que la respiration,
dit M. Omer en secouant la tête et en me regardant, car je ne me
rappelle pas votre figure.
-- Vous ne vous souvenez pas d'être venu me chercher à la
diligence, de m'avoir donné à déjeuner, et de m'avoir conduit
ensuite à Blunderstone avec mistress Joram et M. Joram qui n'était
pas son mari dans ce temps-là?
-- Comment, vraiment? Dieu me pardonne! dit M. Omer, jeté par sa
surprise dans une quinte de toux, c'est vous, monsieur! Minnie, ma
chère, vous vous souvenez bien! Il s'agissait d'une dame, n'est-ce
pas?
-- Ma mère, lui dis-je.
-- Cer... taine... ment, dit M. Omer en touchant mon gilet du bout
de son doigt, et il y avait aussi un petit enfant. Deux personnes
à la fois: la plus petite dans le même cercueil que la grande. À
Blunderstone, c'est vrai. Et comment vous êtes-vous porté depuis
lors?
-- Très-bien, lui dis-je, je vous remercie, et vous, j'espère que
vous vous portez bien aussi.
-- Oh! je n'ai pas à me plaindre, dit M. Omer; j'ai la respiration
plus courte, mais c'est toujours comme cela en vieillissant. Je la
prends comme elle vient, et je me tire d'affaire de mon mieux.
C'est le meilleur parti, n'est-ce pas?»
M. Omer se mit de nouveau à tousser, à la suite d'un éclat de
rire, et sa fille, qui faisait danser son dernier-né sur le
comptoir à côté de nous, vint à son secours.
«Oui, oui, certainement! dit M. Omer, je me rappelle, il y en
avait deux. Eh bien! le croiriez-vous, monsieur? c'est pendant
cette course que le jour du mariage de Minnie avec Joram a été
fixé. «Fixez le jour, monsieur,» me disait Joram. «Oui, oui, mon
père, disait Minnie.» Et maintenant il est devenu mon associé, et
voyez, voilà le plus jeune!»
Minnie riait et passait sa main sur ses bandeaux, pendant que son
père donnait à tenir un de ses gros doigts au petit enfant qu'elle
faisait sauter sur le comptoir.
«Deux personnes! c'est bien ça, reprit M. Omer, secouant la tête
et pensant au passé. Justement! Et tenez! Joram travaille dans ce
moment à un petit cercueil gris, avec des clous d'argent, et il
s'en faut bien de deux pouces qu'il soit aussi long que celui-ci,
et il montrait l'enfant qui dansait sur le comptoir. Voulez-vous
prendre quelque chose?»
Je refusai en le remerciant.
«Voyons donc, dit M. Omer. La femme du conducteur Barkis, la soeur
de Peggotty le pêcheur, elle avait quelque chose à faire avec
votre famille, n'est-ce pas? elle a servi chez vous, il me
semble?»
Ma réponse affirmative lui causa une grande satisfaction.
«Je m'attends à avoir la respiration plus longue un de ces jours,
voilà déjà que je retrouve la mémoire, dit M. Omer. Eh bien!
monsieur, nous avons ici en apprentissage une jeune parente à elle
qui a un goût pour faire les robes!... je ne crois pas qu'il y ait
en Angleterre une duchesse qui pût lui en remontrer!
-- Ce n'est pas la petite Émilie? dis-je involontairement.
-- C'est bien Émilie qu'elle s'appelle, dit M. Omer, et elle est
petite, comme vous dites; mais, voyez-vous, elle a un visage qui
fait enrager la moitié des femmes de la ville!
-- Allons donc, mon père! cria Minnie.
-- Je ne parle pas de vous, ma chère, dit M. Omer en me faisant un
signe du coin de l'oeil, mais je dis qu'à Yarmouth et à deux
lieues à la ronde, plus de la moitié des femmes sont furieuses
contre cette pauvre petite.
-- Alors elle aurait mieux fait de ne pas sortir de sa classe, mon
père, dit Minnie: comme cela elle n'aurait pas fait parler d'elle,
et on aurait bien été obligé de se taire.
-- Obligé, ma chère! repartit M. Omer, obligé! C'est ainsi que
vous connaissez la vie? Croyez-vous qu'il y ait au monde quelque
chose qui puisse obliger une femme à se taire, surtout quand il
s'agit de critiquer une autre femme?»
Je crus réellement que c'en était fait de M. Omer quand il eut
hasardé cette plaisanterie malicieuse. Il toussait si fort, et son
haleine se refusait si obstinément à se laisser reprendre, que je
m'attendais à voir sa tête disparaître derrière le comptoir, et
ses petites jambes, revêtues comme par le passé d'une culotte
noire, avec des bouffettes de ruban déteint, aux genoux, s'agiter
dans les convulsions de l'agonie. Enfin il se remit, quoiqu'il fût
encore si essoufflé et si haletant, qu'il fut obligé de s'asseoir
sur un tabouret, derrière le comptoir.
«Voyez-vous, dit-il en s'essuyant le front et en respirant avec
peine, elle n'a pas formé beaucoup de relations ici, elle n'a pas
couru après les connaissances ni les amies, encore moins les
amoureux. Alors on a fait circuler des médisances, on a dit
qu'Émilie voulait devenir une dame. Mon opinion là-dessus est que
ces bruits sont venus surtout de ce qu'elle avait dit quelquefois
à l'école que, si elle était une dame, elle ferait ceci et cela
pour son oncle, voyez-vous, et qu'elle lui achèterait telle et
telle jolie chose.
-- Je vous assure, monsieur Omer, lui dis-je vivement, qu'en
effet, elle m'a répété cela bien des fois quand nous étions
enfants tous les deux.»