CHAPITRE II.

J'observe.

Les premiers objets que je retrouve sous une forme distincte quand

je cherche à me rappeler les jours de ma petite enfance, c'est

d'abord ma mère, avec ses beaux cheveux et son air jeune. Ensuite

c'est Peggotty; elle n'a pas d'âge, ses yeux sont si noirs qu'ils

jettent une nuance sombre sur tout son visage; ses joues et ses

bras sont si durs et si rouges que jadis, il m'en souvient, je ne

comprenais pas comment les oiseaux ne venaient pas la becqueter

plutôt que les pommes.

Il me semble que je vois ma mère et Peggotty placées l'une en face

de l'autre; pour se faire petites, elles se penchent ou

s'agenouillent par terre, et je vais en chancelant de l'une à

l'autre. Il me reste un souvenir qui me semble encore tout récent

du doigt que Peggotty me tendait pour m'aider à marcher, un doigt

usé par son aiguille et plus rude qu'une râpe à muscade.

C'est peut-être une illusion, mais pourtant je crois que la

mémoire de beaucoup d'entre nous garde plus d'empreinte des jours

d'enfance qu'on ne le croit généralement, de même que je crois la

faculté de l'observation souvent très-développée et très-exacte

chez les enfants. La plupart des hommes faits qui sont

remarquables à ce point de vue ont, selon moi, conservé cette

faculté plutôt qu'ils ne l'ont acquise; et, ce qui semblerait le

prouver, c'est qu'ils ont en général une vivacité d'impression et

une sérénité de caractère qui sont bien certainement chez eux un

héritage de l'enfance.

Peut-être m'accusera-t-on de divagation si je m'arrête sur cette

réflexion, mais cela m'amène à dire que je tire mes conclusions de

mon expérience personnelle, et si, dans la suite de ce récit, on

trouve la preuve que dans mon enfance j'avais une grande

disposition à observer, ou que dans mon âge mûr j'ai conservé un

vif souvenir de mon enfance, on sera moins étonné que je me croie

en effet des droits incontestables à ces traits caractéristiques.

En cherchant, comme je l'ai déjà dit, à débrouiller le chaos de

mon enfance, les premiers objets qui se présentent à moi, ce sont

ma mère et Peggotty. Qu'est-ce que je me rappelle encore? Voyons.

Ce qui sort d'abord du nuage, c'est notre maison, souvenir

familier et distinct. Au rez-de-chaussée, voilà la cuisine de

Peggotty qui donne sur une cour; dans cette cour il y a, au bout

d'une perche, un pigeonnier sans le moindre pigeon; une grande

niche à chien, dans un coin, sans un seul petit chien; plus, une

quantité de poulets qui me paraissent gigantesques, et qui

arpentent la cour de l'air le plus menaçant et le plus féroce. Il

y a un coq qui saute sur son perchoir pour m'examiner tandis que

je passe ma tête à la fenêtre de la cuisine: cela me fait

trembler, il a l'air si cruel! La nuit, dans mes rêves, je vois

les oies au long cou qui s'avancent vers moi, près de la grille;

je les revois sans cesse en songe, comme un homme entouré de bêtes

féroces s'endort en rêvant lions.

Voilà un long corridor, je n'en vois pas la fin: il mène de la

cuisine de Peggotty à la porte d'entrée. La chambre aux provisions

donne dans ce corridor, il y fait tout noir, et il faut la

traverser bien vite le soir, car qui sait ce qu'on peut rencontrer

au milieu de ces cruches, de ces pots, de ces vieilles boites à

thé? Un vieux quinquet l'éclaire faiblement, et par la porte

entrebâillée, il arrive une odeur bizarre de savon, de câpres, de

poivre, de chandelles et de café, le tout combiné. Ensuite il y a

les deux salons: le salon où nous nous tenons le soir, ma mère,

moi et Peggotty, car Peggotty est toujours avec nous quand nous

sommes seuls et qu'elle a fini son ouvrage; et le grand salon où

nous nous tenons le dimanche: il est plus beau, mais on n'y est

pas aussi à son aise. Cette chambre a un aspect lamentable à mes

yeux, car Peggotty m'a narré (je ne sais pas quand, il y a

probablement un siècle) l'enterrement de mon père tout du long:

elle m'a raconté que c'est dans ce salon que les amis de la

famille s'étaient réunis en manteaux de deuil. C'est encore là

qu'un dimanche soir ma mère nous a lu, à Peggotty et à moi,

l'histoire de Lazare ressuscité des morts: et j'ai eu si peur

qu'on a été obligé de me faire sortir de mon lit, et de me montrer

par la fenêtre le cimetière parfaitement tranquille, le lieu où

les morts dormaient en repos, à la pâle clarté de la lune.

Je ne connais nulle part de gazon aussi vert que le gazon de ce

cimetière; il n'y a rien de si touffu que ces arbres, rien de si

calme que ces tombeaux. Chaque matin, quand je m'agenouille sur

mon petit lit près de la chambre de ma mère, je vois les moutons

qui paissent sur cette herbe verte; je vois le soleil brillant qui

se reflète sur le cadran solaire, et je m'étonne qu'avec cet

entourage funèbre il puisse encore marquer l'heure.

Voilà notre banc dans l'église, notre banc avec son grand dossier.

Tout près il y a une fenêtre par laquelle on peut voir notre

maison; pendant l'office du matin, Peggotty la regarde à chaque

instant pour s'assurer qu'elle n'est ni brûlée ni dévalisée en son

absence. Mais Peggotty ne veut pas que je fasse comme elle, et

quand cela m'arrive, elle me fait signe que je dois regarder le

pasteur. Cependant je ne peux pas toujours le regarder; je le

connais bien quand il n'a pas cette grande chose blanche sur lui,

et j'ai peur qu'il ne s'étonne de ce que je le regarde fixement:

il va peut-être s'interrompre pour me demander ce que cela

signifie. Mais qu'est-ce que je vais donc faire? C'est bien vilain

de bâiller, et pourtant il faut bien faire quelque chose. Je

regarde ma mère, mais elle fait semblant de ne pas me voir. Je

regarde un petit garçon qui est là près de moi, et il me fait des

grimaces. Je regarde le rayon de soleil qui pénètre sous le

portique, et je vois une brebis égarée, ce n'est pas un pécheur

que je veux dire, c'est un mouton qui est sur le point d'entrer

dans l'église. Je sens que si je le regardais plus longtemps, je

finirais par lui crier de s'en aller, et alors ce serait une belle

affaire! Je regarde les inscriptions gravées sur les tombeaux le

long du mur, et je tâche de penser à feu M. Bodgers, natif de

cette paroisse, et à ce qu'a dû être la douleur de Mme Bodgers,

quand M. Bodgers a succombé après une longue maladie où la science

des médecins est restée absolument inefficace. Je me demande si on

a consulté pour ce monsieur le docteur Chillip; et si c'est lui

qui a été inefficace, je voudrais savoir s'il trouve agréable de

relire chaque dimanche l'épitaphe de M. Bodgers. Je regarde

M. Chillip dans sa cravate du dimanche, puis je passe à la chaire.

Comme on y jouerait bien! Cela ferait une fameuse forteresse,

l'ennemi se précipiterait par l'escalier pour nous attaquer; et

nous, nous l'écraserions avec le coussin de velours et tous ses

glands. Peu à peu mes yeux se ferment: j'entends encore le pasteur

répéter un psaume; il fait une chaleur étouffante, puis je

n'entends plus rien, jusqu'au moment où je glisse du banc avec un

fracas épouvantable, et où Peggotty m'entraîne hors de l'église

plus mort que vif.

Maintenant je vois la façade de notre maison: la fenêtre de nos

chambres est ouverte, et il y pénètre un air embaumé; les vieux

nids de corbeaux se balancent encore au sommet des ormes, dans le

jardin. À présent me voilà derrière la maison, derrière la cour où

se tiennent la niche et le pigeonnier vide: c'est un endroit tout

rempli de papillons, fermé par une grande barrière, avec une porte

qui a un cadenas; les arbres sont chargés de fruits, de fruits

plus mûrs et plus abondants que dans aucun autre jardin; ma mère

en cueille quelques-uns, et moi je me tiens derrière elle et je

grappille quelques groseilles en tapinois, d'un air aussi

indifférent que je peux. Un grand vent s'élève, l'été s'est enfui.

Nous jouons dans le salon, par un soir d'hiver. Quand ma mère est

fatiguée, elle va s'asseoir dans un fauteuil, elle roule autour de

ses doigts les longues boucles de ses cheveux, elle regarde sa

taille élancée, et personne ne sait mieux que moi qu'elle est

contente d'être si jolie.

Voilà mes plus anciens souvenirs. Ajoutez-y l'opinion, si j'avais

déjà une opinion, que nous avions, ma mère et moi, un peu peur de

Peggotty, et que nous suivions presque toujours ses conseils.

Un soir, Peggotty et moi nous étions seuls dans le salon, assis au

coin du feu. J'avais lu à Peggotty une histoire de crocodiles. Il

fallait que j'eusse lu avec bien peu d'intelligence ou que la

pauvre fille eût été bien distraite, car je me rappelle qu'il ne

lui resta de ma lecture qu'une sorte d'impression vague, que les

crocodiles étaient une espèce de légumes. J'étais fatigué de lire,

et je tombais de sommeil, mais on m'avait fait ce soir-là la

grande faveur de me laisser attendre le retour de ma mère qui

dînait chez une voisine, et je serais plutôt mort sur ma chaise

que d'aller me coucher. Plus j'avais envie de dormir, plus

Peggotty me semblait devenir immense et prendre des proportions

démesurées. J'écarquillais les yeux tant que je pouvais: je

tâchais de les fixer constamment sur Peggotty qui causait

assidûment; j'examinais le petit bout de cire sur lequel elle

passait son fil, et qui était rayé dans tous les sens; et la

petite chaumière figurée qui contenait son mètre, et sa boîte à

ouvrage dont le couvercle représentait la cathédrale de Saint-Paul

avec un dôme rose. Puis c'était le tour du dé d'acier, enfin de

Peggotty elle-même: je la trouvais charmante. J'avais tellement

sommeil, que si j'avais cessé un seul instant de tenir mes yeux

ouverts, c'était fini.

«Peggotty, dis-je tout à coup, avez-vous jamais été mariée?

-- Seigneur! monsieur Davy, répondit Peggotty, d'où vous vient

cette idée de parler mariage?

Elle me répondit si vivement que cela me réveilla parfaitement.

Elle quitta son ouvrage et me regarda fixement, tout en tirant son

aiguillée de fil dans toute sa longueur.

«Voyons! Peggotty, avez-vous été mariée? repris-je, vous êtes une

très-belle femme, n'est-ce pas?»

Je trouvais la beauté de Peggotty d'un tout autre style que celle

de ma mère, mais dans son genre, elle me semblait parfaite. Nous

avions dans le grand salon un tabouret de velours rouge, sur

lequel ma mère avait peint un bouquet. Le fond de ce tabouret et

le teint de Peggotty me paraissaient absolument semblables. Le

velours était doux à toucher, et la figure de Peggotty était rude,

mais cela n'y faisait rien.

«Moi, belle, Davy! dit Peggotty. Ah! certes non, mon garçon. Mais

qui vous a donc mis le mariage en tête?

-- Je n'en sais rien. On ne peut pas épouser plus d'une personne à

la fois, n'est-ce pas, Peggotty?

-- Certainement non, dit Peggotty du ton le plus positif.

-- Mais si la personne qu'on a épousée vient à mourir, on peut en

épouser une autre, n'est-ce pas, Peggotty?

-- On le peut, me dit Peggotty, si on en a envie. C'est une

affaire d'opinion.

-- Mais vous, Peggotty, lui dis-je, quelle est la vôtre?»

En lui faisant cette question, je la regardais comme elle m'avait

regardé elle-même un instant auparavant en entendant ma question.

«Mon opinion à moi, dit Peggotty en se remettant à coudre après un

moment d'indécision, mon opinion c'est que je ne me suis jamais

mariée moi-même, monsieur Davy, et que je ne pense pas me marier

jamais. Voilà tout ce que j'en sais.

-- Vous n'êtes pas fâchée contre moi, n'est-ce pas, Peggotty?»

dis-je après m'être tu un instant.

J'avais peur qu'elle ne fût fâchée, elle m'avait parlé si

brusquement; mais je me trompais: elle posa le bas qu'elle

raccommodait, et prenant dans ses bras ma petite tête frisée, elle

la serra de toutes ses forces. Je dis de toutes ses forces, parce

que comme elle était très-grasse, une ou deux des agrafes de sa

robe sautaient chaque fois qu'elle se livrait à un exercice un peu

violent. Or, je me rappelle qu'au moment où elle me serra dans ses

bras, j'entendis deux agrafes craquer et s'élancer à l'autre bout

de la chambre.

«Maintenant lisez-moi encore un peu des cocodrilles, dit Peggotty

qui n'était pas encore bien forte sur ce nom-là, j'ai tant d'envie

d'en savoir plus long sur leur compte.»

Je ne comprenais pas parfaitement pourquoi Peggotty avait l'air si

drôle, ni pourquoi elle était si pressée de reprendre la lecture

des crocodiles. Nous nous remîmes à l'histoire de ces monstres

avec un nouvel intérêt: tantôt nous mettions couver leurs oeufs au

grand soleil dans le sable; tantôt nous les faisions enrager en

tournant constamment autour d'eux d'un mouvement rapide que leur

forme singulière les empêchait de pouvoir suivre avec la même

rapidité; tantôt nous imitions les indigènes, et nous nous jetions

à l'eau pour enfoncer de longues pointes dans la gueule de ces

horribles bêtes; enfin nous en étions venus à savoir nos

crocodiles par coeur, moi du moins, car Peggotty avait des moments

de distraction où elle s'enfonçait assidûment dans les mains et

dans les bras sa longue aiguille à repriser.

Nous allions nous mettre aux alligators quand on sonna à la porte

du jardin. Nous courûmes pour l'ouvrir; c'était ma mère, plus

jolie que jamais, à ce qu'il me sembla: elle était escortée d'un

monsieur qui avait des cheveux et des favoris noirs superbes: il

était déjà revenu de l'église avec nous le dimanche précédent.

Ma mère s'arrêta sur le seuil de la porte pour m'embrasser, ce qui

fit dire au monsieur que j'étais plus heureux qu'un prince, ou

quelque chose de ce genre, car il est possible qu'ici mes

réflexions d'un autre âge aident légèrement à ma mémoire.

«Qu'est-ce que cela veut dire?» demandai-je à ce monsieur par-

dessus l'épaule de ma mère.

Il me caressa la joue; mais je ne sais pourquoi, sa voix et sa

personne ne me plaisaient nullement, et j'étais très-fâché de voir

que sa main touchait celle de ma mère tandis qu'il me caressait.

Je le repoussai de toutes mes forces.

«Oh! Davy, s'écria ma mère.

-- Cher enfant! dit le monsieur, je comprends bien sa jalousie.»

Jamais je n'avais vu d'aussi belles couleurs sur le visage de ma

mère. Elle me gronda doucement de mon impolitesse, et, me serrant

dans ses bras, elle remercia le monsieur de ce qu'il avait bien

voulu prendre la peine de l'accompagner jusque chez elle. En

parlant ainsi elle lui tendait la main, et en lui tendant la main,

elle me regardait.

«Dites-moi bonsoir, mon bel enfant, dit le monsieur après s'être

penché pour baiser la petite main de ma mère, je le vis bien.

-- Bonsoir, dis-je.

-- Venez ici, voyons, soyons bons amis, dit-il en riant. Donnez-

moi la main.

Ma mère tenait ma main droite dans la sienne, je tendis l'autre.

«Mais c'est la main gauche, Davy!» dit le monsieur en riant.

Ma mère voulut me faire tendre la main droite, mais j'étais décidé

à ne pas le faire, on sait pourquoi. Je donnai la main gauche à

l'étranger qui la serra cordialement en disant que j'étais un

fameux garçon, puis il s'en alla.

Je le vis se retourner à la porte du jardin, et nous jeter un

regard d'adieu avec ses yeux noirs et son expression de mauvais

augure.

Peggotty n'avait pas dit une parole ni bougé le petit doigt, elle

ferma les volets et nous rentrâmes dans le petit salon. Au lieu de

venir s'asseoir près du feu, suivant sa coutume, ma mère restait à

l'autre bout de la chambre, chantonnant à mi-voix.

«J'espère que vous avez passé agréablement la soirée, madame? dit

Peggotty, debout au milieu du salon, un flambeau à la main, et

roide comme un bâton.

-- Très-agréablement, Peggotty, reprit gaiement ma mère. Je vous

remercie bien.

-- Une figure nouvelle, cela fait un changement agréable, murmura

Peggotty.

-- Très-agréable,» répondit ma mère.

Peggotty restait immobile au milieu du salon, ma mère se remit à

chanter, je m'endormis. Mais je ne dormais pas assez profondément

pour ne pas entendre le bruit des voix, sans comprendre pourtant

ce qu'on disait. Quand je me réveillai de ce demi-sommeil, ma mère

et Peggotty étaient en larmes.

«Ce n'est toujours pas un individu comme ça qui aurait été du goût

de M. Copperfield, disait Peggotty, je le jure sur mon honneur.

-- Mais, grand Dieu! s'écriait ma mère, voulez-vous me faire

perdre la tête? Il n'y a jamais eu de pauvre fille plus maltraitée

par ses domestiques que moi. Mais je ne sais pas pourquoi je

m'appelle une pauvre fille! N'ai-je pas été mariée, Peggotty?

-- Dieu m'est témoin que si, madame, répondit Peggotty.

-- Alors comment osez-vous, dit ma mère, c'est-à-dire, non,

Peggotty, comment avez-vous le courage de me rendre si

malheureuse, et de me dire des choses si désagréables, quand vous

savez que, hors d'ici, je n'ai pas un seul ami à qui m'adresser?

-- Raison de plus, repartit Peggotty, pour que je vous dise que

cela ne vous convient pas. Non, cela ne vous convient pas. Rien au

monde ne me fera dire que cela vous convient. Non.»

Dans son enthousiasme, Peggotty gesticulait si vivement avec son

flambeau, que je vis le moment où elle allait le jeter par terre.

«Comment avez-vous le courage, dit encore ma mère, en pleurant

toujours plus fort, de parler si injustement? Comment pouvez-vous

vous entêter à parler comme si c'était une chose faite, quand je

vous répète pour la centième fois, que tout s'est borné à la

politesse la plus banale. Vous parlez d'admiration; mais qu'y

puis-je faire? Si on a la sottise de m'admirer, est-ce ma faute?

Qu'y puis-je faire, je vous le demande? Vous voudriez peut-être me

voir raser tous mes cheveux, ou me noircir le visage, ou bien

encore m'échauder une joue. En vérité, Peggotty, je crois que vous

le voudriez. Je crois que cela vous ferait plaisir.»

Ce reproche sembla faire beaucoup de peine à Peggotty.

«Et mon pauvre enfant! s'écria ma mère en s'approchant du fauteuil

où j'étais étendu, pour me caresser, mon cher petit David! Ose-t-

on prétendre que je n'aime pas ce petit trésor, mon bon petit

garçon!

-- Personne n'a jamais fait une semblable supposition, dit

Peggotty.

-- Si fait, Peggotty, répondit ma mère, vous le savez bien. C'est

là ce que vous vouliez dire, et pourtant, mauvaise fille, vous

savez aussi bien que moi que le mois dernier, si je n'ai pas

acheté une ombrelle neuve, bien que ma vieille ombrelle verte soit

tout en loques, ce n'est que pour lui. Vous le savez bien,

Peggotty. Vous ne pouvez pas dire le contraire.» Puis se tournant

tendrement vers moi, elle appuya sa joue contre la mienne. «Suis-

je une mauvaise maman pour toi, mon David? Suis-je une maman

égoïste ou cruelle, ou méchante? Dis que oui, mon garçon, et

Peggotty t'aimera: l'amour de Peggotty vaut bien mieux que le

mien, David. Je ne t'aime pas, du tout moi, n'est-ce pas?»

Ici nous nous mîmes tous à pleurer. Je criais plus fort que les

autres, mais nous pleurions tous les trois à plein coeur. J'étais

tout à fait désespéré, et dans le premier transport de ma

tendresse indignée, je crains d'avoir appelé Peggotty «une

méchante bête.» Cette honnête créature était profondément

affligée, je m'en souviens bien; et certainement sa robe n'a pas

dû conserver alors une seule agrafe, car il y eut une explosion

terrible de ces petits ornements, au moment où, après s'être

réconciliée avec ma mère, elle vint s'agenouiller à côté du grand

fauteuil pour se réconcilier avec moi.

Nous allâmes tous nous coucher, prodigieusement abattus. Longtemps

mes sanglots me réveillèrent, et une fois, en ouvrant mes yeux en

sursaut, je vis ma mère assise sur mon lit. Elle se pencha vers

moi, je mis ma tête sur son épaule, et je m'endormis profondément.

Je ne saurais affirmer si je revis le monsieur inconnu le dimanche

d'après, ou s'il se passa plus de temps avant qu'il reparût. Je ne

prétends pas me souvenir exactement des dates. Mais il était à

l'église et il revint avec nous jusqu'à la maison. Il entra sous

prétexte de voir un beau géranium qui s'épanouissait à la fenêtre

du salon. Non qu'il me parût y faire grande attention, mais avant

de s'en aller, il demanda à ma mère de lui donner une fleur de son

géranium. Elle le pria de la choisir lui-même, mais il refusa je

ne sais pourquoi, et ma mère cueillit une branche qu'elle lui

donna. Il dit que jamais il ne s'en séparerait, et moi, je le

trouvais bien bête de ne pas savoir que dans deux jours ce brin de

fleur serait tout flétri.

Peu à peu Peggotty resta moins le soir avec nous. Ma mère la

traitait toujours avec déférence, peut-être même plus que par le

passé, et nous faisions un trio d'amis, mais pourtant ce n'était

pas tout à fait comme autrefois, et nous n'étions pas si heureux.

Parfois je me figurais que Peggotty était fâchée de voir porter

successivement à ma mère toutes les jolies robes qu'elle avait

dans ses tiroirs, ou bien qu'elle lui en voulait d'aller si

souvent chez la même voisine, mais je ne pouvais pas venir à bout

de bien comprendre d'où cela venait.

Je finissais par m'accoutumer au monsieur aux grands favoris

noirs. Je ne l'aimais pas plus qu'au commencement, et j'en étais

tout aussi jaloux, mais pas par la raison que j'aurais pu donner

quelques années plus tard. C'était une aversion d'enfant, purement

instinctive, et basée sur une idée générale que Peggotty et moi

nous n'avions besoin de personne pour aimer ma mère. Je n'avais

pas d'autre arrière-pensée. Je savais faire, à part moi, mes

petites réflexions, mais quant à les réunir, pour en faire un

tout, c'était au-dessus de mes forces.

J'étais dans le jardin avec ma mère, par une belle matinée

d'automne, quand M. Murdstone arriva à cheval (j'avais fini par

savoir son nom). Il s'arrêta pour dire bonjour à ma mère, et lui

dit qu'il allait à Lowestoft voir des amis qui y faisaient une

partie avec leur yacht, puis il ajouta gaiement qu'il était tout

prêt à me prendre en croupe si cela m'amusait.

Le temps était si pur et si doux, et le cheval avait l'air si

disposé à partir, il caracolait si gaiement devant la grille, que

j'avais grande envie d'être de la partie. Ma mère me dit de monter

chez Peggotty pour m'habiller, tandis que M. Murdstone allait

m'attendre. Il descendit de cheval, passa son bras dans les rênes,

et se mit à longer doucement la baie d'aubépine qui le séparait

seule de ma mère. Peggotty et moi nous les regardions par la

petite fenêtre de ma chambre; ils se penchèrent tous deux pour

examiner de plus près l'aubépine, et Peggotty passa tout d'un

coup, à cette vue, de l'humeur la plus douce à une étrange

brusquerie, si bien qu'elle me brossait les cheveux à rebours, de

toute sa force.

Nous partîmes enfin, M. Murdstone et moi, et nous suivîmes le

sentier verdoyant, au petit trot. Il avait un bras passé autour de

moi, et je ne sais pourquoi, moi qui en général n'étais pas d'une

nature inquiète, j'avais sans cesse envie de me retourner pour le

voir en face. Il avait de ces yeux noirs ternes et creux (je ne

trouve pas d'autre expression pour peindre des yeux qui n'ont pas

de profondeur où l'on puisse plonger son regard), de ces yeux qui

semblent parfois se perdre dans l'espace et vous regarder en

louchant. Souvent quand je l'observais, je rencontrais ce regard

avec terreur, et je me demandais à quoi il pouvait penser d'un air

si grave. Ses cheveux étaient encore plus noirs et plus épais que

je ne me l'étais figuré. Le bas de son visage était parfaitement

carré, et son menton tout couvert de petits points noirs après

qu'il s'était rasé chaque matin lui donnait une ressemblance

frappante avec les figures de cire qu'on avait montrées dans notre

voisinage quelques mois auparavant. Tout cela joint à des sourcils

très-réguliers, à un beau teint brun (au diable son souvenir et

son teint!), me disposait, malgré mes pressentiments, à le trouver

un très-bel homme. Je ne doute pas que ma pauvre mère ne fût du

même avis.

Nous arrivâmes à un hôtel sur la plage: dans le salon se

trouvaient deux messieurs qui fumaient; ils étaient vêtus de

jaquettes peu élégantes, et s'étaient étendus tout de leur long

sur quatre ou cinq chaises. Dans un coin, il y avait un gros

paquet de manteaux et une banderole pour un bateau.

Ils se dressèrent à notre arrivée sur leurs pieds, avec un sans-

façon qui me frappa, en s'écriant:

«Allons donc, Murdstone! nous vous croyions mort et enterré.

-- Pas encore! dit M. Murdstone.

-- Et qui est ce jeune homme? dit un des messieurs en s'emparant

de moi.

-- C'est Davy, répondit M. Murdstone.

-- Davy qui? demanda le monsieur, David Jones?

-- Davy Copperfield, dit M. Murdstone.

-- Comment! C'est le boulet de la séduisante mistress Copperfield,

de la jolie petite veuve?

-- Quinion, dit M. Murdstone, prenez garde à ce que vous dites: on

est malin.

-- Et où est cet _on_?» demanda le monsieur en riant.

Je levai vivement la tête; j'avais envie de savoir de qui il était

question.

«Rien, c'est Brooks de Sheffield,» dit M. Murdstone.

Je fus charmé d'apprendre que ce n'était que Brooks de Sheffield;

j'avais cru d'abord que c'était de moi qu'il s'agissait.

Évidemment c'était un drôle d'individu que ce M. Brooks de

Sheffield, car, à ce nom, les deux messieurs se mirent à rire de

tout leur coeur, et M. Murdstone en fit autant. Au bout d'un

moment, celui qu'il avait appelé Quinion se mit à dire:

«Et que pense Brooks de Sheffield de l'affaire en question?

-- Je ne crois pas qu'il soit encore bien au courant, dit

M. Murdstone, mais je doute qu'il approuve.»

Ici de nouveaux éclats de rire; M. Quinion annonça qu'il allait

demander une bouteille de sherry pour boire à la santé de Brooks.

On apporta le vin demandé, M. Quinion en versa un peu dans mon

verre, et m'ayant donné un biscuit, il me fit lever et proposer un

toast «À la confusion de Brooks de Sheffield!» Le toast fut reçu

avec de grands applaudissements, et de tels rires que je me mis à

rire aussi, ce qui fit encore plus rire les autres. Enfin

l'amusement fut grand pour tous.

Après nous être promenés sur les falaises, nous allâmes nous

asseoir sur l'herbe; on s'amusa à regarder à travers une lunette

d'approche: je ne voyais absolument rien quand on l'approchait de

mon oeil, tout en disant que je voyais bien, puis on revint à

l'hôtel pour dîner. Pendant tout le temps de la promenade, les

deux amis de M. Murdstone fumèrent sans interruption. Du reste, à

en juger par l'odeur de leurs habits, il est évident qu'ils

n'avaient pas fait autre chose depuis que ces habits étaient

sortis des mains du tailleur. Il ne faut pas oublier de dire que

nous allâmes rendre visite au yacht. Ces trois messieurs

descendirent dans la cabine et se mirent à examiner des papiers;

je les voyais parfaitement du pont où j'étais. J'avais pour me

tenir compagnie un homme charmant, qui avait une masse de cheveux

roux, avec un tout petit chapeau verni; sur sa jaquette rayée, il

y avait écrit «l'Alouette» en grosses lettres. Je me figurais que

c'était son nom, et qu'il le portait inscrit sur sa poitrine,

parce que, demeurant à bord d'un vaisseau, il n'avait pas de porte

cochère à son hôtel, où il pût le mettre, mais quand je l'appelai

M. l'Alouette, il me dit que c'était le nom de son bâtiment.

J'avais remarqué pendant tout le jour que M. Murdstone était plus

grave et plus silencieux que ses deux amis, qui paraissaient gais

et insouciants et plaisantaient librement ensemble, mais rarement

avec lui. Je crus voir qu'il était plus spirituel et plus réservé

qu'eux, et qu'il leur inspirait comme à moi une espèce de terreur.

Une ou deux fois je m'aperçus que M. Quinion, tout en causant, le

regardait du coin de l'oeil, comme pour s'assurer que ce qu'il

disait ne lui avait pas déplu; à un autre moment il poussa le pied

de M. Passnidge, qui était fort animé, et lui fit signe de jeter

un regard sur M. Murdstone, assis dans un coin et gardant le plus

profond silence. Je crois me rappeler que M. Murdstone ne rit pas

une seule fois ce jour-là, excepté à l'occasion du toast porté à

Brooks de Sheffield. Il est vrai que c'était une plaisanterie de

son invention.

Nous revînmes de bonne heure à la maison. La soirée était

magnifique; ma mère se promena avec M. Murdstone le long de la

haie d'épines, pendant que j'allais prendre mon thé. Quand il fut

parti, ma mère me fit raconter toute notre journée, et me demanda

tout ce qu'on avait dit ou fait. Je lui rapportai ce qu'on avait

dit sur son compte; elle se mit à rire, en répétant que ces

messieurs étaient des impertinents qui se moquaient d'elle, mais

je vis bien que cela lui faisait plaisir. Je le devinais alors

aussi bien que je le sais maintenant. Je saisis cette occasion de

lui demander si elle connaissait M. Brooks de Sheffield; elle me

répondit que non, mais que probablement c'était quelque fabricant

de coutellerie.

Est-il possible, au moment où le visage de ma mère paraît devant

moi, aussi distinctement que celui d'une personne que je

reconnaîtrais dans une rue pleine de monde, que ce visage n'existe

plus? Je sais qu'il a changé, je sais qu'il n'est plus; mais en

parlant de sa beauté innocente et enfantine, puis-je croire

qu'elle a disparu et qu'elle n'est plus, tandis que je sens près

de moi sa douce respiration, comme je la sentais ce soir-là? Est-

il possible que ma mère ait changé, lorsque mon souvenir me la

rappelle toujours ainsi; lorsque mon coeur fidèle aux affections

de sa jeunesse, retient encore présent dans sa mémoire ce qu'il

chérissait alors.

Pendant que je parle de ma mère, je la vois belle comme elle était

le soir où nous eûmes cette conversation, lorsqu'elle vint me dire

bonsoir. Elle se mit gaiement à genoux près de mon lit, et me dit,

en appuyant son menton sur ses mains:

«Qu'est-ce qu'ils ont donc dit, Davy? répète-le moi, je ne peux

pas le croire.

-- La séduisante... commençai-je à dire.»

Ma mère mit sa main sur mes lèvres pour m'arrêter.

«Mais non, ce n'était pas séduisante, dit-elle en riant, ce ne

pouvait pas être séduisante, Davy. Je sais bien que non.

-- Mais si! la séduisante Mme Copperfield, répétai-je avec

vigueur, et aussi «la jolie.»

-- Non, non, ce n'était pas la jolie, pas la jolie, repartit ma

mère en plaçant de nouveau les doigts sur mes lèvres.

-- Oui, oui, la jolie petite veuve.

-- Quels fous! quels impertinents! cria ma mère en riant et en se

cachant le visage. Quels hommes absurdes! N'est-ce pas? mon petit

Davy?

-- Mais, maman.

-- Ne le dis pas à Peggotty; elle se fâcherait contre eux. Moi, je

suis extrêmement fâchée contre eux, mais j'aime mieux que Peggotty

ne le sache pas.»

Je promis, bien entendu. Ma mère m'embrassa encore je ne sais

combien de fois; et je dormis bientôt profondément.

Il me semble, à la distance qui m'en sépare, que ce fut le

lendemain que Peggotty me fit l'étrange et aventureuse proposition

que je vais rapporter; mais il est probable que ce fût deux mois

après.

Nous étions un soir ensemble comme par le passé (ma mère était

sortie selon sa coutume), nous étions ensemble, Peggotty et moi,

en compagnie du bas, du petit mètre, du morceau de cire, de la

boîte avec saint Paul sur le couvercle, et du livre des

crocodiles, quand Peggotty après m'avoir regardé plusieurs fois,

et après avoir ouvert la bouche comme si elle allait parler, sans

toutefois prononcer un seul mot, ce qui m'aurait fort effrayé, si

je n'avais cru qu'elle bâillait tout simplement, me dit enfin d'un

ton câlin:

«Monsieur Davy, aimeriez-vous à venir avec moi passer quinze jours

chez mon frère, à Portsmouth? Cela ne vous amuserait-il pas?

-- Votre frère est-il agréable, Peggotty? demandai-je par

précaution.

-- Ah! je crois bien qu'il est agréable! s'écria Peggotty en

levant les bras au ciel. Et puis il y a la mer, et les barques, et

les vaisseaux, et les pêcheurs, et la plage, et Am, qui jouera

avec vous.»

Peggotty voulait parler de son neveu Ham, que nous avons déjà vu

dans le premier chapitre, mais en supprimant l'H de son nom, elle

en faisait une conjugaison de la grammaire anglaise[3].

Ce programme de divertissement m'enchanta, et je répondis que cela

m'amuserait parfaitement: mais qu'en dirait ma mère?

-- Eh bien! je parierais une guinée, dit Peggotty en me regardant

attentivement, qu'elle nous laissera aller. Je le lui demanderai

dès qu'elle rentrera, si vous voulez. Qu'en dites-vous?

-- Mais, qu'est-ce qu'elle fera pendant que nous serons partis?

dis-je en appuyant mes petits coudes sur la table, comme pour

donner plus de force à ma question. Elle ne peut pas rester toute

seule.»

Le trou que Peggotty se mit tout d'un coup à chercher dans le

talon du bas qu'elle raccommodait devait être si petit, que je

crois bien qu'il ne valait pas la peine d'être raccommodé.

«Mais, Peggotty, je vous dis qu'elle ne peut pas rester toute

seule.

-- Que le bon Dieu vous bénisse! dit enfin Peggotty en levant les

yeux sur moi: ne le savez-vous pas? Elle va passer quinze jours

chez mistress Grayper, et mistress Grayper va avoir beaucoup de

monde.»

Puisqu'il en était ainsi, j'étais tout prêt à partir. J'attendais

avec la plus vive impatience que ma mère revint de chez mistress

Grayper (car elle était chez elle ce soir-là) pour voir si on nous

permettrait de mettre à exécution ce beau projet. Ma mère fut

beaucoup moins surprise que je ne m'y attendais, et donna

immédiatement son consentement; tout fut arrangé le soir même, et

on convint de ce qu'on payerait pendant ma visite pour mon

logement et ma nourriture.

Le jour de notre départ arriva bientôt. On l'avait choisi si

rapproché qu'il arriva bientôt, même pour moi qui attendais ce

moment avec une impatience fébrile, et qui redoutais presque de

voir un tremblement de terre, une éruption de volcan, ou quelque

autre grande convulsion de la nature, venir à la traverse de notre

excursion. Nous devions faire le voyage dans la carriole d'un

voiturier qui partait le matin après déjeuner. J'aurais donné je

ne sais quoi pour qu'on me permît de m'habiller la veille au soir

et de me coucher tout botté.

Je ne songe pas sans une profonde émotion, bien que j'en parle

d'un ton léger, à la joie que j'éprouvais en quittant la maison où

j'avais été si heureux: je ne soupçonnais guère tout ce que

j'allais quitter pour toujours.

J'aime à me rappeler que lorsque la carriole était devant la

porte, et que ma mère m'embrassait, je me mis à pleurer en

songeant, avec une tendresse reconnaissante, à elle et à ce lieu

que je n'avais encore jamais quitté. J'aime à me rappeler que ma

mère pleurait aussi, et que je sentais son coeur battre contre le

mien.

J'aime à me rappeler qu'au moment où le voiturier se mettait en

marche, ma mère courut à la grille et lui cria de s'arrêter, parce

qu'elle voulait m'embrasser encore une fois. J'aime à songer à la

profonde tendresse avec laquelle elle me serra de nouveau dans ses

bras.

Elle restait debout, seule sur la route, M. Murdstone s'approcha

d'elle, et il me sembla qu'il lui reprochait d'être trop émue. Je

le regardais à travers les barreaux de la carriole, tout en me

demandant de quoi il se mêlait. Peggotty qui se retournait aussi

de l'autre côté, avait l'air fort peu satisfait, ce que je vis

bien quand elle regarda de mon côté.

Pour moi, je restai longtemps occupé à contempler Peggotty, tout

en rêvant à une supposition que je venais de faire: si Peggotty

avait l'intention de me perdre comme le petit Poucet dans les

contes de fées, ne pourrais-je pas toujours retrouver mon chemin à

l'aide des boutons et des agrafes qu'elle laisserait tomber en

route?

David Copperfield - Tome I · 第 7 / 50 题