retourner et rester vraie. Nous ne devons pas rabaisser nos privilèges à
être les privilèges de tout le monde. Nous devons aussi rabaisser nos
privilèges à être les privilèges de tout le monde; c’est-à-dire vouloir
que tout le monde pratique nos vertus et faire tous nos efforts pour
qu’ils les pratiquent; et c’est en effet ce que les plus saints d’entre
nous veulent de tout leur cœur. Mais pourquoi vouloir cette égalité?
Pour en sortir. Pourquoi vouloir que nos privilèges soient rendus
communs? Pour en chercher d’autres. Pourquoi vouloir que les devoirs
pratiqués par nous soient pratiqués par tout le monde? Pour nous créer
d’autres devoirs, plus grands, plus lourds, plus impérieux et plus
nobles, ou les mêmes poussés plus loin. Et ainsi de suite et toujours,
et voilà la formule de Nietzsche réintégrée: nous aurons toujours des
devoirs dont nous serons toujours jaloux comme de privilèges.
Et l’humanité, d’échelons en échelons, se surmontera toujours, les plus
élevés tendant la main à ceux qui seront restés plus bas, ayant un
double désir, une double volonté, qui n’a rien de contradictoire, d’être
toujours rejoints, et d’être toujours supérieurs.
Ainsi le veut l’Honneur, qui est le Devoir à l’état dynamique, qui fut
le roi des combats sanglants, qui peut devenir le roi des combats
pacifiques, le roi des rivalités salutaires, le roi des émulations
sacrées, à la conquête, toujours à faire, jamais faite, toujours
essayée, toujours commencée, toujours espérée, de la souveraine vertu,
qui est le souverain bien.
* * * * *
J’aurais peut-être dû--et aussi bien c’est peut-être ce que je devrais
toujours faire--ne pas écrire ce volume; et me contenter de transcrire
cette ligne d’Alfred de Vigny: «L’honneur, c’est la poésie du devoir.»
TABLE DES MATIÈRES
I. Avant Kant 1
II. La morale de Kant 38
III. Le néo-kantisme 80
IV. La morale sans obligation ni sanction 104
V. La morale de Nietzsche 139
VI. La morale science-des-mœurs 215
VII. La morale de l’honneur 257
Poitiers.--Société française d’imprimerie.