«Paris, le 29 mars 1814.
«Monsieur le maréchal, vous ne pouvez trop tôt arriver à Charenton avec
votre corps d'armée, pour de là manoeuvrer de manière à soutenir le
général Compans, qui a couché cette nuit à Vert-Galant, et qui a, en
effet, sur les bras toutes les forces des corps de Kleist, de Sacken,
d'York, et, je crois, encore, le grand-duc Constantin et tes
Wurtembergeois. Avec sept ou huit mille hommes de troupes qui ont déjà
faibli, il a fait ce qu'il pouvait. On m'assure que ses avant-postes,
attaqués ce matin, avaient été repliés. Si vous arrivez, monsieur le
maréchal, on peut espérer de contenir l'ennemi entre Vincennes, qui est
fortifié, et Saint-Denis, qui a été mis à l'abri d'un coup de main.
«Vous savez que le pont de Lagny est en partie rompu; c'est donc sur la
droite de la Marne que vous pourrez déboucher; mais il n'y a pas une
minute à perdre. Je cherche à envoyer encore quelques renforts au
général Compans; mais les heures passent, à cause des distances et des
difficultés du service dans une grande ville. J'ai écrit au comte Darn
pour que vous ayez des vivres et du vin (si faire se peut) en arrivant à
Charenton.
«Le mouvement sur Provins a tout compromis[17].
[Note 17: Il est singulier que le duc de Feltre, qui n'a jamais fait
la guerre, se permette de blâmer le premier mouvement sur Provins, qui a
été le salut de deux corps d'armée, et qui était rendu nécessaire et
indispensable, puisque en même temps que la grande armée nous suivait,
nous avons rencontré en bataille, sur la grande route, à la
Ferté-Gaucher, en arrière de nous et sur notre communication directe,
les corps d'York et de Kleist. Il fallait aller à Provins, ou mettre bas
les armes. (_Note du duc de Raguse._)]
«Quoiqu'on n'ait pas de nouvelles de l'Empereur depuis le 26 au soir, et
que Sa Majesté n'ait point annoncé la direction qu'elle prendrait, on
doit calculer qu'il est impossible que l'Empereur n'arrive pas, sur le
dos de l'ennemi qui nous presse, d'ici à trois jours au plus tard, le
salut de l'État dépend peut-être de résister pendant ces trois jours.
Je reçois à l'instant votre bonne lettre d'aujourd'hui, à sept heures du
matin. Il faudra garder le pont de Saint-Maur; cela doit regarder le duc
de Trévise, qui, au lieu d'occuper Bonneuil, pourra loger ses troupes à
Maisons, à Créteil, à Charenton, et avoir sa gauche à
Fontenay-sous-Bois, si cette position lui parait bonne et si les
dispositions du terrain ne s'y opposent pas.
«Le ministre de la guerre,
«DUC DE FELTRE.»