«Soissons, le 12 mars 1814, sept heures et demie du soir.
«Monsieur le maréchal duc de Raguse, Sa Majesté me charge de vous faire
connaître que le général Sébastiani, avec deux mille chevaux, couche ce
soir à Braines avec son corps. Sa Majesté part à minuit avec la vieille
garde.
«Il est nécessaire, monsieur le duc, que vous vous teniez prêt à partir,
avec la division Defrance, le premier corps de cavalerie et toute votre
infanterie, pour former notre avant-garde, l'intention de l'Empereur
étant d'attaquer demain Saint-Priest dans Reims, de le battre et de
reprendre la ville. Vous laisserez les postes de cavalerie que vous avez
placés à Sailly et le long de la rivière, et nous continuerons à tenir
également un poste de cavalerie à Béry-au-Bac. L'Empereur aura ainsi une
trentaine de mille hommes dans la main, dont sept ou huit mille de
cavalerie, et plus de cent pièces de canon. Sa Majesté ordonne, monsieur
le maréchal, que vous fassiez toutes vos dispositions pour pouvoir
partir demain à la petite pointe du jour. Il est bien important que vous
laissiez un corps d'observation à Béry-au-Bac, et que vous envoyiez des
paysans pour vous instruire s'il déboucherait quelque chose de l'autre
côté. L'Empereur espère que nous pourrons attaquer demain à deux ou
trois heures après midi. Sa Majesté sera demain à Fismes, probablement
de bonne heure; elle vous recommande de ne pas trop ébruiter votre
marche par des coureur: il vaut mieux arriver en masse. Il serait bien
important de pouvoir prendre quelques coureurs ennemis en leur tendant
une embuscade, afin d'avoir des nouvelles.
«Le prince vice-connétable, major général.
«ALEXANDRE.»