«May, le 1er mars 1814.
«Sire, j'ai reçu la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de
m'écrire. Les choses étant tout autres que l'Empereur les suppose, la
conduite que nous ayons à tenir est toute différente. Voici quelle est
notre situation:
«L'affaire d'hier a donné un très-grand résultat en ce qu'elle a forcé
l'ennemi à renoncer à se porter sur Meaux, et au contraire à se porter
sur la Ferté-Milon. Si nous n'avions pas, hier au soir, attaqué et
culbuté l'ennemi, ses troupes légères seraient aujourd'hui aux
barrières, et nous aurions eu une très-mauvaise affaire aux environs de
Meaux. Au lieu de cela, l'ennemi a perdu toute cette journée, puisque
nous l'avons constamment en vue et en présence, et qu'il n'a fait que
peu de chemin pour gagner la Ferté, quoique sa direction soit bien
décidée.
«L'ennemi a tenté de passer à Lisy, mais sans fruit. Il a passé à Gèvres
un bon nombre de troupes. Je ne pouvais défendre ce point, qui était
hors de la ligne défensive que j'avais choisie. Toutefois ses masses ont
suivi la rive gauche de l'Ourcq. Il nous a présenté un monde
très-considérable et que je crois de plus de trente mille hommes, il a
certainement de huit à dix mille hommes de cavalerie. Les renforts qui
nous sont envoyés et l'arrivée de l'Empereur nous donneront, j'espère,
les moyens de faire de belles tentatives; mais il est urgent que
l'Empereur vienne, et, d'après la marche que lui-même a tracée, nous
sommes autorisés à compter sur lui demain. Il est bien important que
l'Empereur soit informé qu'il n'y a de pont praticable pour lui qu'à
Meaux, et que ceux de Triport et de Lagny sont détruits. Celui de Meaux
peut en trois quarts d'heure être mis en état de donner passage à toute
l'armée.
«Nous n'avons plus que deux partis à prendre, si l'arrivée de l'Empereur
se diffère. Réunir toutes les troupes, le duc de Trévise et moi, et
suivre l'ennemi dans son mouvement sur la Ferté, ou bien nous
rapprocher de Meaux. Mais le premier parti me paraît préférable, et je
l'ai proposé au duc de Trévise. L'Empereur, arrivant ensuite, pourra
agir sans perdre un moment, parce que les troupes seront toutes
disposées.
«Je me concerterai avec le duc de Trévise pour faire ce qu'il y aura de
mieux, d'après les rapports que nous recevrons cette nuit, et j'aurai
l'honneur d'informer Votre Majesté de ce que nous aurons fait.»