«1er mars 1814.
«Sire, je reçois à l'instant la nouvelle de l'arrivée de Votre Majesté à
Jouarre, et je ne perds pas un instant pour lui rendre compte de la
position de l'ennemi.
«Après s'être porté sur Meaux par la rive gauche et fait sans fruit
quelques tentatives sur cette ville, l'ennemi a jeté deux ponts
au-dessous de la Ferté-sous-Jouarre, et a fait le passage de la Marne.
«Le corps de Kleist, formant son avant-garde, s'est bientôt mis en
marche pour Lisy, où il opère le passage de l'Ourcq.
«Informé de ce mouvement, et certain que l'ennemi ne pouvait avoir sur
la rive droite de l'Ourcq qu'une portion de ses forces, j'ai proposé au
duc de Trévise de marcher à lui. Quoique la journée fût avancée et que
nous ayons été obligés de combattre pendant une portion de la nuit, nous
l'avons culbuté et battu, et nous avons réoccupé les bords de l'Ourcq.
L'armée ennemie a bivaqué au confluent de l'Ourcq et de la Marne, et le
corps de Kleist, avec beaucoup de cavalerie, s'est retiré sur la
Ferté-Milon. Le duc de Trévise a occupé Lisy, et moi, j'ai pris position
à May sur la Jargogne. Hier l'ennemi a fait quelques tentatives pour
passer l'Ourcq à Lisy; mais toutes ses forces ont remonté la rivière et
se sont dirigées sur la Ferté-Milon.
«Nous avons été toute la journée en situation de les compter. Elles sont
fort considérables; il y a surtout une très nombreuse cavalerie. Sur le
soir, l'ennemi, ayant porté des troupes en face de ma position, a fait
passer l'Ourcq à quatre mille chevaux et à quelque infanterie, au pont
de Gèvres, et a conservé un camp assez considérable d'infanterie sur les
hauteurs de Gèvres, sur la rive gauche de l'Ourcq, et un plus
considérable encore sur les hauteurs de Crouy. Les feux que je viens de
faire observer indiquent que ces troupes y sont encore. L'armée ennemie
n'a laissé personne en face de Lisy. Il est important de suivre ses
mouvements en couvrant Paris. J'ai engagé le duc de Trévise à se rendre
ici avec toutes ses troupes, afin que, s'il faisait quelque tentative
sur nous avec son arrière-garde, nous fussions en mesure de lui résister
et j'ai écrit à Meaux pour que tous les renforts qui sont en marche
partissent cette nuit pour nous rejoindre.
«Sans notre affaire d'avant-hier l'ennemi serait maître de Meaux, et
aurait ses coureurs sur Paris. Mais maintenant son coup est manqué, et
l'arrivée de Votre Majesté rendra impossible l'exécution de ses projets.
«Le pont de Triport est détruit, ainsi que celui de Lagny, et, si Votre
Majesté, comme je le suppose, veut passer la Marne sur-le-champ, elle ne
peut le faire que sur le pont de Meaux, où tout est prêt pour la
recevoir.»