Verdun, le 21 janvier 1814.
«J'ai reçu la lettre que Votre Altesse Sérénissime m'a fait l'honneur de
m'écrire hier. Les espérances que vous aviez conçues sur la défense de
la Meuse, et qui étaient extrêmement fondées, ne se sont pas réalisées,
car je viens de recevoir une lettre du duc de Bellune, qui m'annonce que
l'ennemi a passé la Meuse entre Vaucouleurs et Neufchâteau, et qu'il
marche sur Gondrecourt. Il est déplorable qu'on ait néglige de couper
les ponts dans cette partie; car avec de la surveillance et de faibles
moyens nous pouvions contenir l'ennemi sur cette ligne pendant sept à
huit jours.
«Puisque la Meuse n'a pas arrêté l'ennemi un instant, il n'y a pas de
raison pour que nous tenions position nulle part, ou au moins il faut
changer de méthode.
«J'envoie ordre aux troupes d'évacuer Saint-Mihiel après avoir rompu le
pont, et de prendre position sur la route de Verdun à Bar-le-Duc. Je me
détermine à me porter moi-même demain dans cette direction pour soutenir
le duc de Bellune et le prince de la Moskowa, ou à réunir mes troupes
sur Clermont, suivant les nouvelles que je recevrai dans la journée,
soit des tentatives que l'ennemi pourrait faire sur la Meuse, soit sur
les projets du duc de Bellune; car, si je marche sur Bar-le-Duc, je ne
veux pas courir le risque d'y arriver après que cette ville aura été
évacuée.»