«Châlons, le 20 janvier 1814.
«Monsieur le duc de Raguse, j'arrive à Châlons, j'y trouve votre lettre
du 19 à neuf heures du soir; vous avez fait une excellente opération en
reprenant Saint-Mihiel; il paraît que le duc de Bellune occupe Commercy,
Void où il a son quartier général, Vaucouleurs et Cudelincourt, derrière
Gondrecourt, point important, car l'ennemi paraît avoir beaucoup de
cavalerie à Neufchâteau. Le général Defrance a eu une belle affaire de
cavalerie à Vaucouleurs contre quatorze cents hommes de cavalerie
ennemie qu'il a repoussés. On dit Platow à Neufchâteau avec dix
régiments de Cosaques cherchant à inquiéter la droite du duc de Bellune.
Le duc de Trévise est à Chaumont où il a l'ordre de tenir; Langres est
au pouvoir de l'ennemi.
«Je pars à l'instant pour voir le prince de la Moskowa à Bar-sur-Ornain,
et le duc de Bellune à Void; de là je reviens à Châlons. Le duc de Valmy
est dans cette ville, le général Belliard m'y remplace en mon absence.
Envoyez-moi l'état de situation détaillée de toutes les troupes à vos
ordres. J'adresse à l'Empereur votre lettre du 19 qui contient vos
projets pour reprendre la ligne de la Moselle; je crois qu'il faut y
penser en faisant attention à la droite du duc de Bellune et à l'espace
qui se trouve entre Gondrecourt et Chaumont en Bassigny.
«Je ne vous parle point de la place de Verdun, ni de toutes les
dispositions que votre prévoyance aura prises. Je recommande au duc de
Bellune de se défendre sur la Meuse.
«Je donne l'ordre au payeur général de l'armée, à qui il reste deux cent
mille francs en or, de vous les envoyer pour payer les masses de linge
et chaussure et ferrage jusqu'au 1er janvier 1814, et ce qui peut être
dû sur les deux mois de solde dont le payement a été ordonné par l'ordre
du jour; et, s'il reste de l'argent, payer les officiers, mais sans
acquitter aucune espèce de traitement extraordinaire.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»