«Paris, le 13 janvier 1814.
«Monsieur le duc de Raguse, je vous envoie l'instruction générale que
l'Empereur m'a ordonné de vous adresser, ainsi qu'à MM. les maréchaux
prince de la Moskowa, duc de Bellune, duc de Trévise, duc de Tarente, et
au général Maison, commandant le corps d'Anvers. Lisez-la avec
attention, et conformez-vous-y en tout ce qui peut vous concerner.
«Voici un aperçu de la situation des armées ennemies de la coalition.
Ces armées ont conservé la même organisation qu'elles avaient pendant la
campagne dernière.
«Les forces de l'ennemi sont divisées en trois armées:
«Celle du Nord, commandée par le prince royal de Suède;
«L'armée de Silésie, que commande le général Blücher;
«La grande armée, que commande le prince de Schwarzenberg.
«L'armée du Nord, que commande le prince royal de Suède, est vis-à-vis
Hambourg; elle a une division vis-à-vis Wesel, et une autre, commandée
par le général Bulow, sur Bréda.
«Le général Wintzingerode, avec une division légère d'environ trois
mille cinq cents hommes, se porte sur le Wahal.
«L'ennemi a en outre vingt-cinq mille hommes devant Magdebourg, et seize
mille devant Custrin et Glogau.
«L'armée de Blücher, selon tous les renseignements, a passé le Rhin avec
quarante-cinq mille hommes; elle doit en avoir laissé vingt mille sur
Mayence.
«On porte l'armée du prince de Schwarzenberg à quatre-vingt-dix mille
hommes. Il en a environ vingt mille autour de Besançon, quinze ou vingt
mille en Suisse pour maintenir ce pays, vingt mille pour observer
Huningue et les autres places de l'Alsace.
«Cette armée sera bientôt obligée d'avoir une vingtaine de mille hommes
pour couvrir le siège de Béford.
«D'après ces données, l'ennemi aurait donc sur notre territoire:
«Quinze mille hommes en Hollande;
«Cinq mille Hollandais;
«Cinq mille Anglais;
«Total: vingt-cinq mille hommes.
«Quarante-cinq mille de Blücher;
«Quatre-vingt-dix mille du prince de Schwarzenberg;
«Total: cent soixante mille hommes.
«L'ennemi prétend avoir deux cent mille hommes; il augmenterait ses
forces réelles d'un huitième.
«Il a, outre cela:
«Trente-cinq mille hommes de l'armée du Nord devant Hambourg;
«Vingt-cinq mille devant Magdebourg;
«Quinze mille devant Custrin et Glogau;
«Quatre mille devant Würtzbourg;
«Douze mille devant Erfurth;
«Ce qui fait à peu près cent mille hommes sur la rive droite du Rhin.
«Cela, joint aux cent soixante mille hommes qu'il a sur notre
territoire, à la rive gauche, forme environ trois cent mille hommes.
«Il doit avoir une centaine de mille hommes dans les hôpitaux, malades
ou blessés; ce qui suppose quatre cent mille hommes indépendants de
l'armée d'Italie.
«Les vingt-cinq mille hommes qu'il a en Hollande sont employés à
observer le Helder, que nous occupons avec deux mille Français, qui ont
des vivres pour neuf mois; les places de Naarden, Wesel, Berg-op-Zoom,
Gorcum, où nous avons quatre mille hommes; ce qui doit faire présumer
que l'armée du Nord n'a pas plus de dix mille hommes disponibles pour
opérer.
«Il suit de cet aperçu qu'il ne paraît pas que l'ennemi soit en mesure
de pénétrer davantage dans l'intérieur de la France, et que la position
du corps commandé par le général Maison en avant d'Anvers,
«Du corps du duc de Tarente sur la Meuse, de votre corps sur la Sarre,
«Du corps du duc de Bellune et du prince de la Moskowa sur les Vosges,
«Du corps du duc de Trévise sur Langres,
«Et enfin de l'armée de réserve qui se forme à Paris, à Troyes et à
Châlons, formant, par la réunion de tous ses corps, une armée de cent
trente à cent cinquante mille hommes en avant de Paris, indépendamment
d'une armée de cinquante mille hommes qui se forme à Lyon; tout cela,
dis-je, donne donc lieu à Sa Majesté de penser que l'on est en mesure de
tenir l'ennemi au delà des Vosges, et sans qu'il puisse faire des
progrès, en deçà de la Sarre et en deçà de la Meuse, et que, si enfin on
peut maintenir les choses une vingtaine de jours dans cette situation,
on sera alors en mesure de rejeter l'ennemi au delà du Rhin.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»