LE MARÉCHAL MARMONT A NAPOLÉON.

«27 novembre 1813.

«Sire, quoique les calculs de la raison disent qu'il est trop tard pour

passer le Rhin ici avec une armée nombreuse, et que, dans dix jours,

tous les établissements pour la conservation de ponts de bateaux seront

une chose non-seulement incertaine, mais peut-être même impossible, je

ne puis pas douter que l'ennemi n'ait formé le projet d'exécuter ce

passage et ne soit au moment de le tenter. Toute l'artillerie

autrichienne est accumulée aux environs de Manheim, et tous les ouvriers

du pays ont été mis en réquisition et travaillent à préparer des moyens

de passage.

«D'après cet état de choses, je me détermine à quitter Mayence et à

établir mon quartier général pour quelques jours à Worms, afin de

surveiller de plus près les mouvements de l'ennemi, défendre le passage

autant que possible, et assurer le retour, en bon ordre, des troupes au

pied des montagnes. Dans le cas où l'ennemi n'effectuerait pas son

passage, je reviendrais dans sept à huit jours à Mayence.

«Je laisse la division du général Ricard à Coblentz, pour garder cette

ligne et défendre le passage du Rhin, si l'ennemi le tente sur ce point.

Je laisse le premier corps de cavalerie pour l'appuyer. Si l'ennemi la

force, elle se repliera par Simmern et Kirchberg; elle appuiera ainsi le

premier corps de cavalerie, qui défend la Nahe, avec quelques corps

d'infanterie de cette division. Si je suis forcé à Manheim, ce premier

corps de cavalerie, également placé sur la Nahe, se trouvera en ligne

avec moi, et couvrira ma communication avec les troupes du général

Ricard. Enfin je modifierai le mouvement de ces troupes suivant les

circonstances.

«Il paraît, d'après l'ensemble des renseignements, que le corps

austro-bavarois, auquel se serait joint un corps russe, est dans le haut

Rhin, sur la frontière suisse; que l'armée autrichienne, avec le duc de

Wittgenstein, est sur les deux rives du Necker, mais particulièrement

sur la rive gauche; que l'armée de Silésie, ou du moins la plus grande

partie, est entre Francfort et Mayence.

«Le général Sacken a son quartier général à Wüker, et le général Blücher

à Höscht. Les généraux russe et prussien sont à Francfort, mais devant

partir pour Manheim. D'après cela, il n'y aurait dans le bas Rhin que

l'armée dite de Berlin et les Suédois.

«Les empereurs étaient encore hier à Francfort.

«Les approvisionnements de Mayence sont en bon état; il y a quarante

mille quintaux de grain ou farine, dont quatorze mille de farine. Les

moutures ont acquis tout le degré d'extension possible; huit cents

quintaux entrent en magasin chaque jour en sus des consommations, et il

y a deux mille boeufs dans la place.

«Le nombre des malades va toujours en augmentant, et les corps

s'affaiblissent à vue d'oeil.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (6/9) · 第 31 / 213 题