«25 novembre 1813.
«Sire, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté que mes rapports
m'annoncent que l'ennemi travaille à élever des batteries sur le bord du
Rhin, près de Manheim. Ces travaux, joints à l'accumulation prompte de
ses forces sur ce point, et les bruits répandus parmi les gens du pays
que son intention est de passer sur ce point, me font croire à la
réalité de ce projet.
«Le prince de Schwarzenberg est parti hier pour Manheim, et on annonce
le départ du quartier général pour cette ville.
«J'avais donné l'ordre au troisième corps de l'artillerie, par suite des
dispositions prises pour le cinquième corps d'armée, de s'étendre, et au
duc de Padoue de placer son quartier général à Bonn. D'après les
nouveaux ordres de Votre Majesté, je lui ai expédié celui de se rendre à
Cologne, à la disposition du duc de Tarente.
«Il est possible que l'ennemi tente un passage sur ce point, en même
temps que sur Manheim; mais il est indubitable que, si l'ennemi opère,
ses opérations préalables seront aux environs de Manheim, attendu que le
grand obstacle à craindre pour lui maintenant sont les glaces que le
Rhin va charrier dans quelques jours, glaces qui sont plus abondantes et
beaucoup plus précoces au-dessous de la Moselle, de la Lahn, du Mein et
du Necker qu'au départ de ces rivières, attendu encore que presque
toutes ses forces sont sur la rive gauche du Mein et sur le Necker.
«Ces considérations et la nature du pays au dessous de Mayence, qui fait
que l'ennemi ne peut tenter le passage qu'à Coblentz ou à Baccarach
seulement, où il y a des débâcles, tandis qu'il y a une multitude de
passages favorables entre Mayence et Landau, me déterminent à laisser
la sixième division du sixième corps, qui occupe Coblentz et Baccarach,
seule sur ce point, où elle est bien suffisante, étant forte de plus de
sept mille hommes, et à laisser l'autre division du sixième corps
cantonnée à la gauche de la première, entre Worms et Mayence.
«Cette disposition est non-seulement nécessaire pour défendre le
passage, mais encore pour occuper, si l'ennemi avait réussi à forcer les
gorges des montagnes, les routes de Kircheim, Boland, Turkheim et
d'Alzey, qu'il faut occuper à la fois, parce qu'ils aboutissent à
Kayserslautern.»