VIII

Vasseur était des mieux costumés. Rien dans son travestissement

n'indiquait autre chose que ce qu'il prétendait représenter,

c'est-à-dire un campagnard aisé. À se dire commerçant en grains, il

pouvait être cru sur l'apparence.

En s'entendant donner son titre de lieutenant, il y eut sur son visage

un étonnement dont l'aubergiste devina la cause, car il dit en riant:

--Oh! je vous connais pour vous avoir déjà vu à Chartres sous

l'uniforme... J'avais besoin de me mettre en mémoire les traits de celui

dont, un jour ou l'autre je pourrais avoir à réclamer l'aide... Et,

voyez-vous, quand j'ai dévisagé quelqu'un, il est impossible que

j'oublie sa figure.

--Et ceux-là? dit Vasseur en montrant Fichet et Lambert, aussi

travestis.

--Oh! ceux-là! Qui connaît le chien de tête, devine la meute... Deux

gendarmes qui, par cela même qu'ils vous accompagnent, doivent être deux

loyaux et braves soldats... Ils se seraient déguisés en anges que je les

aurais reconnus.

Et, sans que rien trahît qu'il plaisantât:

--Pourtant, reprit-il, peut-être aurais-je hésité pour Fichet, qu'à son

langage choisi j'aurais pu prendre pour un maître d'école.

--Et moi? fit Barnabé en s'avançant.

--Toi, mon garçon, tu n'es pas déguisé. Les loques qui te couvrent sont

même tes habits de fête... Seulement, l'intelligence et l'honnêteté que

je lis sur ton visage ne t'ont pas encore enrichi... Bast! tout arrive à

qui sait attendre.

Tout cela avait été dit d'un ton leste, dégagé, rieur, qui était loin de

rappeler l'accent traînard, aigu et niais du Saucisson-à-Pattes. Son

allure avait aussi changé. Au lieu du lourd poussah, l'homme, malgré son

embonpoint excessif, était devenu agile et remuant. Il en témoignait, du

reste, par la vivacité avec laquelle, tout en parlant, il s'occupait à

fermer les lourds volets qui, en plus d'épais barreaux de fer, fermaient

intérieurement la grande salle de la _Biche-Blanche_.

Sa clôture terminée il répéta:

--Venez.

--Où nous conduis-tu? demanda Vasseur.

--Pincer le Beau-François.

--Tu le connais donc? s'écria Barnabé surpris.

--Deux fois, il est venu dans mon auberge. Aujourd'hui et il y a trois

jours.

Un souvenir revint à Fil-à-Beurre.

--Mais, dit-il, pour aujourd'hui, comment le sais-tu? Pendant l'heure

que le brigand est resté ici, toi, tu étais à bord de _la Juliette_.

--Oui, mais j'ai mon élève.

Et le Saucisson-à-Pattes marcha vers la porte en ajoutant:

--Mon élève que je vais vous présenter.

Au moment d'ouvrir, il s'arrêta en disant:

--Pas de lumière qui nous trahisse. Il faut qu'on nous croie bel et bien

endormis.

Il vint à la table où brûlaient les deux chandelles, en souffla une et

porta l'autre sous le manteau de la cheminée. Certain alors qu'aucune

lumière ne s'apercevrait du dehors quand il ouvrirait la porte, il y

retourna, en fit tourner le battant et prononça:

--Pancrace!

Aussitôt le valet d'écurie pénétra dans la salle et repoussa la porte.

Si promptement que la porte eût été ouverte et refermée, cela avait

suffi pour que le lieutenant et Fil-à-Beurre pussent entendre, sur le

bord de la Sarthe, se répéter le sifflement, mais cette fois plus

strident et surtout plus précipité, ce qui dénotait l'impatience du

siffleur.

--Où est le Beau-François? demanda l'aubergiste à brûle-pourpoint au

valet.

Celui-ci comprit qu'il était autorisé à parler devant les étrangers, en

présence de qui l'interrogeait son maître. Il répondit sans hésiter:

--Toujours dans la Saunerie.

Après une pause qui laissa encore entendre le sifflement s'accentuant de

plus en plus impatient, Pancrace continua:

--Tenez, écoutez comme il s'égosille après l'équipage de _la Juliette_.

En prononçant ce nom, le valet éclata de rire.

--Ah! si vous les voyiez, les gens du bateau! reprit-il. Les brigands

s'en vont à la dérive sans pouvoir parvenir à se rapprocher du rivage.

Puis, avec un éclat de rire:

--Sapristi! patron, s'écria-t-il, vous leur avez versé une bien jolie

drogue dans leur dernière rasade.

Ces paroles éclairèrent Fichet sur le vin qu'il avait été sur le point

de boire et que l'aubergiste avait jeté sur le parquet.

--Que j'ai la compréhension actuelle de l'inconvenance d'avoir transfusé

mon verre, avoua-t-il d'un ton reconnaissant.

Cependant, pour mieux édifier Vasseur, l'aubergiste avait continué

l'interrogatoire de Pancrace:

--Tu es bien certain que l'individu que nous entendons siffler dans la

Saunerie est le Beau-François?

--Pour ça, oui... C'est moi qui ai reçu les chevaux lorsqu'il est arrivé

avec l'autre, le poilu, pendant que vous étiez sur _la Juliette_. Je les

ai reconnus pour les deux particuliers qui étaient déjà venus, il y a

trois jours, et dont vous m'avez dit que le géant était le

Beau-François.

Pancrace, après cette réponse se remit à rire en disant:

--L'entendez-vous? Hein! l'entendez-vous? En donne-t-il du galoubet,

l'enragé!

En effet, le sifflement du Beau-François avait repris de plus belle.

Cela eut pour effet de réveiller l'ardeur du lieutenant qui s'écria:

--Mais, à trop attendre, nous allons laisser fuir ce misérable; il

gagnera _la Juliette_ à la nage.

--Oh! fit tranquillement l'aubergiste, je l'en défie bien; il se

noierait, car il aurait trop lourd à porter.

Sans demander l'explication de cette dernière phrase, Vasseur reprit:

--Alors il gagnera _la Juliette_ à l'aide de cette barque que j'ai vue

attachée au bord de l'eau.

--J'en ai retiré les avirons tout à l'heure, déclara Pancrace.

--Patience, citoyen Vasseur, patience! fit l'aubergiste d'un ton calme.

Soyez bien persuadé que le gueux ne peut nous échapper.

Et, à titre de justification du retard, il ajouta cette phrase

énigmatique:

--Il ne faut pas en vouloir aux gens de vouloir faire d'une pierre trois

coups!

--Trois coups, répéta Fil-à-Beurre étonné.

Mais, au lieu de continuer, l'aubergiste revint à Pancrace pour lui

adresser une question qui arrivait bien étrangement:

--Dis donc, fit-il, ma nouvelle servante, la Victoire, elle liche,

n'est-ce pas?

--C'est son péché mignon.

--Et la pauvrette ne dédaignerait pas une rôtie au vin chaud, bien

sucré, qu'on lui planterait sous le nez.

--J'en suis certain.

--Alors, il faut être indulgent pour le goût de cette fille. Tout à

l'heure, en disant que c'est pour donner des forces à ma femme, tu

monteras une rôtie là-haut, que tu mettras bien à portée de Victoire.

--Une rôtie au vin... c'est un peu raide pour une accouchée qui a

peut-être la fièvre, objecta Pancrace.

--C'est aussi ce que se dira Victoire, et comme elle ne voudra pas nuire

à sa maîtresse, elle se décernera la boisson.

--Il y a gros à parier.

L'aubergiste porta la main à sa poche dont il tira quelque chose qu'il

glissa dans celle du valet, en disant:

--Pour qu'elle trouve meilleur goût à sa régalade, tu lui mettras cela

dans son vin.

--Bon! fit Pancrace en riant, comme aux gens du bateau... ce sera drôle!

--Ensuite...

Au lieu de terminer sa phrase, l'aubergiste se pencha à l'oreille du

valet et, à voix basse, lui souffla une longue phrase qu'il termina par

cette question:

--C'est bien compris?

--Tout ce qu'il y a de mieux compris.

--Alors, va, mon bon Pancrace.

Et pendant que le valet entrait dans la cuisine, probablement pour

préparer la rôtie au vin, l'aubergiste alla rouvrir la porte donnant sur

la rivière en disant:

--Venez examiner, lieutenant.

La nuit, sans être trop claire, permettait de voir les objets à

distance. Un peu plus loin, sur la Sarthe, apparaissait la masse sombre

de _la Juliette_ qui, depuis qu'elle avait démarré, aurait dû être déjà

bien loin.

--Pourquoi est-elle encore là? et surtout pourquoi est-elle allée

s'arrêter à l'autre rive, au lieu de revenir à celle-ci? demanda

Vasseur.

--Parce que le bateau, descendant à la dérive, a été poussé par le

courant de la rivière, qui porte sur la rive gauche.

--À la dérive? répéta le lieutenant; mais alors que fait donc

l'équipage?

--Il dort à poings fermés, grâce au narcotique contenu dans le vin que

je lui ai offert pour son coup du départ. Voilà donc comment, ainsi que

vous le voyez, toute la largeur de la Sarthe sépare le bateau de notre

siffleur enragé.

Pendant qu'ils étaient seuls, le lieutenant voulut satisfaire sa

curiosité.

--Tu t'es fait connaître à moi avec le nom de passe, dit-il, mais

j'ignore ton vrai nom.

--Meuzelin!

--Bigre!!! lâcha Vasseur avec l'accent de la plus sincère admiration

pour le porteur de ce nom.

Parmi ceux qui étaient au fait des agissements du ministère de la

police, et le lieutenant, par ses fonctions, était de ceux-là, on citait

Meuzelin comme le plus habile et le plus audacieux des policiers de

l'époque. Rien donc de plus justifié que l'exclamation de surprise

louangeuse échappée à Vasseur, en apprenant qu'il se trouvait en

présence de cette célébrité de la police.

Le compliment que contenait le juron du lieutenant fut compris par

Meuzelin qui, faisant bon marché de l'éloge, répliqua gaiement:

--Peut-on se méfier du bonhomme ridicule que je représente... du

Saucisson-à-Pattes, comme on m'appelle, dont la bêtise est citée à vingt

lieues à la ronde? Je n'ai pas grand mérite, croyez-moi, à rouler tous

ces naïfs de province.

Ensuite, redevenant sérieux:

--Voici le moment d'agir, dit-il; lieutenant, faites venir vos hommes.

--Armés? demanda Vasseur.

--Jusqu'aux dents, car je crois que nous aurons à batailler.

--Batailler, répéta dédaigneusement le lieutenant. Si vigoureux que soit

le géant que nous allons prendre, nous sommes quatre hommes contre

lui... et même cinq, en te comptant, Meuzelin.

--Oui, mais il ne faut pas me compter.

--Parce que?

--Parce que, débita l'aubergiste en tapant sur son ventre monstrueux,

mon rôle se borne à être le gros morceau de lard qui doit attirer le rat

hors de son trou... Vous verrez cela tout à l'heure. Quant à batailler,

comme je vous l'annonce, et dont vous doutez, soyez-en certain... et non

pas contre un seul homme, mais contre vingt ou trente garnements qui

nous tomberont sur les reins...

--Qui te le laisse croire?

--La visite d'une heure que j'ai faite aujourd'hui sur _la Juliette_,

sous prétexte d'y retenir mon passage pour Cormières, m'a donnée sujet

d'ouvrir l'oeil.

Et, sans plus d'explications, l'aubergiste répéta:

--Faites venir vos hommes.

Sitôt Barnabé et les deux soldats arrivés, l'aubergiste ferma

soigneusement sa porte, dont il plaça la clef sous la dalle cassée d'un

banc qui avait jadis existé à côté de l'entrée.

--En cas de retraite, le premier arrivé trouvera la clef en cet endroit,

annonça-t-il.

--Pour un seul vaurien à prendre, Meuzelin, tu vois l'avenir bien en

noir, dit Vasseur, persistant dans son idée qu'on n'aurait affaire qu'au

Beau-François.

--Je souhaite de me tromper, dit l'aubergiste d'un ton grave en prenant

la tête du groupe qui, sur ses pas, contourna l'auberge pour gagner la

route dont les taillis qui la bordaient faisaient un chemin moins

découvert que le rivage de la rivière.

On parvint à un bouquet d'arbres situé à cent toises tout au plus de la

_Biche-Blanche_.

--Voici où vous allez prendre l'affût, annonça le policier en pénétrant

sous le couvert.

Quarante pas plus loin, sous les arbres, se voyait la Sarthe, et de

l'autre côté de la rivière, apparaissait la _Juliette_, en face de

laquelle allait se dresser l'embuscade.

À peine arrêté sous bois, Vasseur demanda:

--Où donc est la Saunerie?

--Là, sur la lisière du bois, cette bicoque, dit l'aubergiste en

montrant une petite masure tombant en ruines.

--Cernons-la, proposa le lieutenant impatient de tenir le Beau-François.

Mais à son oreille la voix de Fil-à-Beurre murmura:

--Et Gervaise, qu'il doit tenir enfermée avec lui? N'est-il pas à

craindre que le misérable, en se voyant pris, ne tue la jeune fille?

--Alors que faire? dit Vasseur pris d'épouvante.

--Me laisser agir, souffla l'aubergiste, qui avait entendu. Ne vous

ai-je pas dit que je serai le morceau de lard qui doit attirer le rat

hors de son trou?

Et se couchant à terre, il ajouta:

--Imitez-moi et attendons.

--Attendons quoi? demanda Fil-à-Beurre curieux, en s'étendant à côté du

policier.

--Le lever de la lune qui éclairera bien en plein le morceau de lard,

répondit l'aubergiste.

Tout avait été dit à voix basse. Après que les cinq hommes se furent

couchés, le silence se fit.

Un quart d'heure se passa.

Tout à coup, Meuzelin dressa vivement la tête et sembla écouter. Son

mouvement avait été simultanément imité par Fil-à-Beurre, qui lui

souffla:

--Avez-vous entendu?

--Oui.

--Un bruit de branches brisées! n'est-ce pas? De ce côté, près de la

Saunerie, vers ce gros arbre dont une énorme branche s'étend au-dessus

de la masure, appuya Barnabé.

--Grosse branche où, jadis, fut pendu le grand-père de Pancrace, auquel

appartenait la Saunerie. Le pauvre diable s'était fait pincer. Dame

Justice l'a accroché au-dessus de sa propriété pour effrayer les

fraudeurs de la gabelle, dit l'aubergiste.

Pour l'intelligence de ce qui va suivre, quelques explications au sujet

de la Saunerie sont nécessaires sur ce qu'on appelait la gabelle et les

faux-sauniers.

Ce nom de gabelle fut d'abord commun à plusieurs taxes. Plus tard, il

fut uniquement appliqué à la _taxe du sel_, dont le monopole constituait

un des plus gros revenus de la monarchie. «Autrefois, dit Boullet, qui

nous fournit ces renseignements, le roi avait seul le droit de fabriquer

et de vendre le sel, ainsi que d'en fixer le prix. On était, en outre,

obligé d'acheter au roi une quantité déterminée de sel, avec défense de

revendre ce qu'on avait de trop; de là l'impopularité qui, tant qu'elle

dura, s'était attachée à cette taxe inique et vexatoire.

Et il tenait ferme à son monopole, ce bon roi de France, tant et si bien

qu'il faisait pendre tout pauvre diable qui se laissait pincer en

contrebande de sel. C'était le procédé dont usait la monarchie pour

attaquer son monde en concurrence déloyale.

Voilà pourquoi le grand-père de Pancrace, faux-saunier qui était jadis

tombé entre les mains des gens du roi, avait été accroché à la maîtresse

branche de l'arbre qui abritait la maisonnette où il cachait son sel de

contrebande.

En 1800, époque du présent récit, il y avait dix ans déjà que le

monstrueux impôt avait été aboli.

Tout en parlant de la mort du grand-père de Pancrace, le policier

n'avait pas quitté des yeux la branche qui avait jadis servi de potence

à l'infortuné faux-saunier. Que voyait-il?

À ce moment, Barnabé lui souffla encore:

--Nouveau bruit de branche cassée. Décidément quelqu'un rôde autour de

nous sous ce couvert...

--Chut alors! fit l'aubergiste; raison de plus pour vous taire. On

pourrait entendre.

Donnant l'exemple du mutisme et de l'immobilité, il se recoucha à plat

sur le sol. Mais, dans cette position, son regard ne quittait pas la

branche.

--Je m'en doutais! pensa-t-il, en faisant allusion sans doute à ce que

guettaient ses yeux.

Une demi-heure s'écoula encore.

Alors les berges de la rivière s'éclairèrent d'une lueur douce qui

dessina les contours de la _Juliette_ dont le pont apparut désert.

C'était la lune qui se levait.

Bien doucement, l'aubergiste se glissa près de Vasseur.

--Voici la lune; je pars, lui souffla-t-il. Voulez-vous accepter de moi

une consigne?

--Parle.

--Le principal quand j'aurai fait sortir le Beau-François de sa tanière,

sera de lui fermer la retraite pour l'empêcher d'y rentrer. Aussitôt que

vous me verrez apparaître là-bas, à l'angle de l'auberge, commencez à

vous approcher bien doucement de la Saunerie.

Et, en appuyant, il répéta:

--Bien doucement, vous m'entendez... car il est tout près d'ici d'autres

oreilles au guet.

--Quelles oreilles? demanda le lieutenant étonné.

Meuzelin parut n'avoir pas entendu la question et continua:

--Ne faites feu qu'à la dernière extrémité, car je flaire aux environs

une meute que l'explosion nous attirerait. À bientôt.

Cela dit, le Saucisson-à-Pattes, avec une agilité qu'on n'aurait pu

attendre de son obésité, se glissa dans les taillis et disparut.

--Que je présuppose que nous allerions avoir de l'amusement récréatif et

surabondant, murmura Fichet à son voisin Lambert.

Ensuite, avec un soupir de regret:

--Quelle infortune que je n'aurais pas mon sabre!

Vasseur approuvait pleinement la manoeuvre indiquée par l'aubergiste.

Une fois qu'il serait sorti de sa tannière, il fallait que le

Beau-François n'y pût rentrer, en trouvant derrière lui la retraite

coupée.

Quant à ce danger terrible dont le menaçait l'agent, danger que pouvait

attirer un coup de feu, le lieutenant n'y croyait pas beaucoup. Quel

danger pouvait exister autre que celui encouru en empoignant le

Chauffeur? Si vigoureux que fût le bandit, et fût-il même armé, eux,

n'étaient-ils pas quatre hommes pour venir à bout du colosse et le

prendre vivant, car Vasseur le voulait vivant? Son amour-propre exigeait

que le Chauffeur montât, en pleine place de Chartres, sur la guillotine

qui avait exécuté ses complices.

Les yeux tournés vers l'auberge de la _Biche-Blanche_, dont on

apercevait au loin la façade bien éclairée par la lune, le lieutenant

guettait l'apparition du Saucisson-à-Pattes, qui devait donner le signal

d'entourer la Saunerie...

--Crois-tu, en dehors de la capture de François, à ce danger dont parle

le policier? demanda-t-il à Fil-à-Beurre qui se tenait près de lui.

--J'y crois si bien et j'ai tant pris au sérieux la recommandation de

Meuzelin de ne faire feu qu'à la dernière extrémité que, pour ne pas

céder à la tentation, j'ai remis mon fusil désarmé en bandoulière.

--Mais quel est, selon toi, ce danger?

--J'ai la doutance qu'en ce moment, dans quelque coin des environs,

peut-être à vingt ou trente pas de nous, il doit y avoir deux ou trois

douzaines de vauriens en train de rudement endêver.

--Ils ont hâte de nous attaquer?

--Non, pas du tout... et probablement même qu'ils ignorent notre

présence sous bois.

--Alors, pourquoi enragent-ils?

--À cause de l'immobilité de _la Juliette_ qui a été s'arrêter de

l'autre côté de la Sarthe quand, au contraire, elle devrait être sur

notre rive pour les embarquer... Ils ne comprennent rien au silence de

l'équipage que n'a pas fait bouger le sifflet de leur chef le

Beau-François.

Vasseur, à ces mots, haussa les épaules d'incrédulité.

--Où diable vas-tu t'imaginer cette bande qui marche avec le

Beau-François? ricana-t-il.

--Qui marche avec lui... non... mais qui l'a rejoint, appuya Barnabé

pour faire comprendre la différence.

Et, à l'appui de son dire, il continua:

--Avez-vous donc oublié les trente ou quarante mécréants, ce reste de la

bande d'Orgères échappé à votre poigne, que nous avons eu à nos trousses

à la sortie de Chartres? Ces aimables drôles, pour qui le séjour en

Beauce est devenu périlleux, n'émigrent-ils pas, vous le savez, pour

aller, à la suite de leur ancien chef, chercher fortune en provinces

chouannes et vendéennes, que le Beau-François n'a pas dû manquer de leur

représenter comme le vrai pays de cocagne des pillards!

--Soit! accorda Vasseur; mais ces coquins, nous les avons laissés

derrière nous, arrivant à l'auberge des Buchard. L'homme et la femme,

tués par toi, laissaient au pillage des arrivants la cave de leur

cabaret qui, m'as-tu annoncé, était bien garnie... L'ivresse, à ton

dire, devait les retenir.

--Oui, les retenir, mais pas à tout jamais. Or, en route, nous avons

d'abord perdu six heures à laisser reposer nos chevaux fatigués et

ensuite six autres heures se sont écoulées depuis notre arrivée à la

_Biche-Blanche_... Total, douze heures, pendant lesquelles on a le temps

de boire pas mal de vin et de le cuver... Nous avons donc perdu notre

avance.

Au fond, ce que Barnabé avançait là était fort possible. Le lieutenant

fut un peu ébranlé en son incrédulité.

Fil-à-Beurre reprit:

--Et puis nos gueusards se sont-ils soûlés? Qui sait si le

Beau-François, en partant le matin de chez les Buchard, avec le

Marcassin et la voiture où était Gervaise, n'avait pas laissé un ordre

pour ses hommes, à leur arrivée, de le rejoindre sans retard à la

_Biche-Blanche_, où les attendait un bateau qui les embarquerait?

--Tu pourrais bien avoir raison, avoua le lieutenant à demi convaincu.

Pour arriver à donner une conviction pleine à Vasseur, l'échalas

poursuivit:

--Tout a été bien convenu d'avance, croyez-le. La bande, en arrivant

ici, devait se tenir cachée en attendant un signal du Beau-François qui

lui annoncerait que l'embarquement pouvait se faire sans danger. Or, ce

danger, le Beau-François le flaire à cette heure. S'il ne donne pas le

signal à ses gens qui attendent en leur cachette et s'il ne sort pas

lui-même de son trou, c'est qu'il est alarmé par l'immobilité de _la

Juliette_ et le silence de l'équipage. En voyant le bateau, qu'un coude

du courant colle là-bas en cet endroit où la rive se creuse, notre chef

chauffeur ne peut se douter que si l'embarcation n'est pas manoeuvrée,

c'est parce que les bateliers sont endormis par la drogue de Meuzelin.

Dans cette persistance à ne pas répondre à son sifflet, il a fini par

croire que _la Juliette_ l'avertissait qu'il y a mauvaise anguille sous

roche pour lui.

Sur ce, l'échalas se mit à rire en ajoutant:

--Notre sacripant doit fièrement pester de ne savoir pas nager.

--Crois-tu qu'il ne le sache pas.

--Dame! c'est évident. Est-ce qu'il n'y aurait pas belle lurette qu'il

aurait dû traverser la Sarthe à la nage pour se rendre à bord de _la

Juliette_? Il reste dans sa taupinière, faute d'un moyen quelconque

d'arriver au bateau.

--Et ma pauvre Gervaise est enfermée avec lui! soupira tristement

Vasseur.

Fil-à-Beurre ne lui laissa pas le temps de s'assombrir.

--Elle sera bientôt avec nous, reprit-il, Meuzelin ne nous a-t-il pas

promis d'attirer François hors de son trou?

--Quelle est son idée?

--Je l'ignore. Mais sitôt François sorti, nous nous emparerons de la

porte et il ne remettra plus le pied dans la Saunerie.

Cet espoir de retrouver Gervaise irrita l'impatience de Vasseur, qui

murmura:

--Meuzelin tarde bien à agir.

Comme son regard remontait vers l'angle de l'auberge où l'agent devait

apparaître, il rencontra la barque qui servait à Pancrace pour ses

pêches sur la Sarthe.

--François aurait pu se servir de cette barque pour traverser l'eau,

avança-t-il.

--Oui, fit Barnabé, mais vous oubliez que Pancrace a eu la précaution

d'en retirer les rames.

Puis, revenant à son idée:

--Décidément, notre Beau-François ne sait pas nager, ajouta-t-il

gaiement.

À la pensée de Gervaise, qu'il allait bientôt revoir, Vasseur s'énervait

dans l'attente.

--Meuzelin ne paraît pas! Pourquoi n'attaquerions-nous pas le

Beau-François immédiatement? proposa-t-il.

--Non, non, dit vivement le squelette alarmé, songez au péril que peut

courir Gervaise entre les mains du bandit exaspéré.

Et, en insistant d'un ton de prière pour vaincre la résistance du

lieutenant, qui s'obstinait en une attaque subite, il continua:

--Fions-nous au policier que vous m'avez annoncé comme le malin des

malins. Son plan doit être bon. Du reste n'avons-nous pas promis de

suivre sa consigne de point en point?

--Soit! attendons, concéda enfin Vasseur, faisant céder son amour à la

voix de la raison.

Pendant qu'il obtenait gain de cause, Fil-à-Beurre après un coup d'oeil

sur Fichet et Lambert, voulut avoir son procès entièrement gagné.

--Et songeons que cette consigne de Meuzelin nous recommande, pour ne

point attirer sur nous la bande des Chauffeurs qui attend aux environs,

de ne faire feu qu'à la dernière extrémité. Au premier coup de pistolet,

les gueusards accourraient sur notre dos.

Cette phrase préparatoire de Fil-à-Beurre n'avait d'autre but pour lui

que d'amener un conseil.

--Aussi feriez-vous bien, lieutenant, de commander à vos hommes de

remettre à leurs ceintures les pistolets qu'ils ont à la main... Un

doigt, appuyé par inadvertance sur la gâchette, peut amener le coup de

feu que nous avons à éviter.

--Quittez vos armes, commanda Vasseur à ses hommes.

En replaçant ses pistolets à sa ceinture, Fichet gronda:

--Que si tant seulement j'aurais Bec-Fin!

--Qui appelles-tu Bec-Fin, citoyen Fichet? demanda Barnabé.

--Que c'est mon sabre. Un gendarme qu'a son sabre, il vaut plus mieux,

je t'en fiche l'incertitude, que six gendarmes qu'à tant seulement que

des joujoux à poudre, accentua le sabreur avec le dédain qu'il avait

pour les armes à feu.

Un petit cri étouffé par le lieutenant joyeux fit retourner

Fil-à-Beurre.

Là-bas, à l'angle de l'auberge, venait enfin d'apparaître le policier.

Bien éclairé par la lune, il arrivait, suivant le rivage dans la

direction de la Saunerie, de son pas lourd et avec son allure grotesque

du Saucisson-à-Pattes. Le policier était redevenu l'aubergiste ridicule

qui faisait tant rire.

Il allait jouer le rôle, annoncé par lui, du morceau de lard devant

faire sortir le rat de son trou.

--Que porte-t-il donc sur son épaule? demanda Vasseur empêché par la

distance de reconnaître l'objet.

La vue plus perçante de Fil-à-Beurre lui permit de découvrir quel était

le fardeau de l'aubergiste.

--Eh! eh! fit-il en riant, il paraît que Meuzelin est de mon avis.

--Quel avis?

--Que le Beau-François ne sait pas nager. Alors il lui apporte de quoi

se tirer d'affaire... Ça va être drôle! À coup sûr le rat doit sortir...

Pourvu, pourtant, qu'il n'en cuise pas à l'ami Meuzelin! acheva

Fil-à-Beurre d'une voix alarmée.

Enfin la distance diminuée laissa le lieutenant se rendre compte de ce

que l'aubergiste tenait sur son épaule.

--Des avirons! dit-il.

--Oui, des avirons, reprit Barnabé, et son plan, que je devine, est des

meilleurs. Il arrive vers la barque de Pancrace en homme qui se propose

de jeter le filet au clair de la lune. Le Beau-François qui, comme nous,

doit l'avoir vu, va se dire que les avirons lui permettront d'utiliser

la barque pour se rendre à la _Juliette_, et nous allons le voir sortir

de sa cachette.

Mais la voix de l'échalas, d'abord joyeuse, tourna au grave pour

ajouter:

--Seulement, j'en suis toujours pour ce que j'ai dit. J'ai peur qu'il en

cuise à Meuzelin.

Le moment était venu de se diriger vers la Saunerie pour être tout prêt

à fermer la retraite au Chauffeur si, une fois sorti, il voulait revenir

sur ses pas et rentrer en son repaire.

À pas assourdis, en évitant tout bruit, les quatre hommes s'approchèrent

de la bicoque et vinrent se coller sur un des côtés de la Saunerie.

Seul, l'Échalas, dépassait de la tête l'angle de la façade, observant,

pour les autres, ce qui allait se passer.

--Sort-il? demanda bien bas Vasseur, placé derrière Barnabé.

--Pas encore, souffla Fil-à-Beurre.

Il avait à peine répondu qu'il leva vivement la tête.

Au-dessus d'eux s'étendait cette grosse branche de l'arbre qui, jadis,

avait servi de potence au faux saunier, le grand-père de Pancrace. Après

avoir, en grande partie, recouvert le toit de la Saunerie, cette branche

faisait brusquement saillie au-dessus de la porte du bâtiment qu'elle

protégeait de son épais feuillage, impénétrable à l'oeil.

--C'est drôle, pensa Barnabé, il me semble avoir encore entendu là-haut

un craquement.

Mais le moment était à chose plus pressée. Il reprit son poste

d'observation.

--Et bien? demanda le lieutenant.

--Ça mord! ça mord! lui murmura Fil-à-Beurre.

Le Beau-François, en effet, avait aperçu l'aubergiste arrivant à la

barque avec ses rames. Il venait d'entre-bâiller la porte, juste de quoi

passer la tête pour observer le Saucisson-à-Pattes.

Les quatre compagnons étaient aussi immobiles que des statues. Le plus

petit bruit, en donnant l'éveil au Beau-François, le prévenait du

voisinage de ses ennemis. Alors il rentrait en la cache où il tenait

Gervaise, et la jeune fille avait tout à redouter du premier transport

de rage qui s'emparerait du colosse en se voyant découvert.

Cependant l'Échalas soufflait toujours à Vasseur, dont la tête lui

touchait l'épaule:

--Ça mord au mieux. Le maître rat se laisse attirer de plus en plus.

C'était la vérité. Le Beau-François s'était avancé d'un pas. Son plan

était bien facile à deviner: il allait bondir vers l'aubergiste aussitôt

que celui-ci atteindrait la barque. Alors, il l'assommerait sur place et

possesseur des avirons qui lui permettraient d'utiliser l'embarcation,

il traverserait la Sarthe pour se rendre à la _Juliette_ et connaître la

cause de son immobilité.

Comme l'araignée, après avoir paru au bord de son trou, guette la mouche

qui va se prendre en sa toile, le Beau-François, sur le seuil de la

Saunerie, laissait sa victime arriver.

Il crut enfin le moment favorable.

Pourtant, avant de s'élancer, il interrogea du regard les alentours de

l'abri qu'il allait quitter.

Fil-à-Beurre n'eut pas le temps de retirer sa tête qui dépassait

l'angle.

À un petit claquement qui se fit entendre, il avança le nez à nouveau.

Le Beau-François venait de fermer la porte et, ayant pris son élan, il

courait sur l'aubergiste, se montrant de dos à Barnabé.

--En chasse, le rat décampe! annonça le squelette.

Aussitôt, les quatre compagnons, quittant leur poste, bondirent sur ses

traces. Le plus urgent pour eux était d'arriver à temps pour sauver le

Saucisson-à-Pattes des mains du géant. Une fois le scélérat pris et

garrotté, ils reviendraient alors vers Gervaise.

Assourdi par sa course, le Chauffeur ne pouvait entendre les ennemis qui

lui arrivaient sur les talons.

Ceux-ci le virent, tout courant, tirer de sa poche et ouvrir un long

couteau. Il allait frapper l'aubergiste que, probablement, il jetterait

ensuite à l'eau.

--J'avais bien raison de dire qu'il en cuirait à Meuzelin! pensa

Fil-à-Beurre tout alarmé, en cherchant à gagner l'avance qu'avait le

Beau-François.

Loin de se tenir sur ses gardes, l'aubergiste semblait ne pas même se

douter du danger. Après avoir mis les avirons dans la barque, il était

resté sur le rivage, occupé à rassembler les plis de son épervier étalé

à terre, tournant le dos au Chauffeur qui approchait.

Le Beau-François finit par l'atteindre et leva sa main armée du couteau.

--Garde à vous! cria Vasseur, oubliant toute prudence à la vue de l'arme

qui menaçait le policier.

Il était trop tard.

Le bras du Chauffeur s'abattit.

--Imbécile! ricana soudain l'aubergiste au lieu de tomber sous le coup.

La lame, loin de s'enfoncer dans le dos de l'agent, venait de voler en

éclats, ne laissant plus que son manche au poing du géant.

Mais le cri d'alarme, jeté par Vasseur, avait fait se retourner le

Chauffeur. Il avisa, encore à dix pas, ceux qui allaient fondre sur lui.

Il se vit pris.

Alors, poussant du pied la barque pour lui faire quitter le rivage, il

s'y élança. Mais son intention n'était pas de s'en servir. Il avait

aperçu les armes de ses adversaires et, ignorant qu'ils ne voulaient pas

en faire usage, il eut peur qu'une décharge l'atteignît en sa fuite. En

conséquence, il se dressa à l'avant du bateau et plongea dans la Sarthe.

Le bateau, déchargé de son poids, s'en alla à la dérive.

La vue du plongeon de François avait abasourdi Barnabé.

--Tiens! il sait nager, s'écria-t-il.

Tout à coup, il tressauta de colère. Malgré la consigne, un coup de feu

avait retenti.

Il venait d'être tiré par Fichet qui, mauvais coureur et n'ayant pu

suivre les autres, se trouvait encore à dix toises du groupe.

Seulement, fixé sur place, il regardait du côté de la Saunerie.

--Pourquoi as-tu tiré malgré la consigne? gronda Vasseur quand il l'eut

rejoint.

--Que la consigne, il me figure, elle avoir été de ne pas tirer sur le

Beau-François, objecta le soldat tout placide.

--Eh bien, alors? fit le lieutenant surpris.

--Et bien que j'ai visé un autre particulier.

Ensuite, tout en remettant à sa ceinture un pistolet déchargé, le soldat

poursuivit:

--Que la nature dans sa compatissance quant à moi, elle a oublié de me

gratifier des jambes d'un cerf. Courir, il n'est pas dans mes agréments.

Pour lors, il m'est incombé, tout à l'heure, que je m'ai en allé les

quatre fers en l'air. Comme je me recueillais de par terre en mon

altitude, que t'est-ce que j'ai observé?

--Oui. Qu'as-tu vu en te relevant de ta chute? fit Vasseur sèchement.

Fichet montra du doigt la Saunerie en continuant:

--J'ai observé un homme qu'il dégringolait de la grosse branche qu'elle

se superpose dessus la porte de la maison. Alors, dans la crédulité

qu'il venait à la secouration de François, j'ai tiré sur lui.

--Et tu l'as atteint?

--Que son chapeau, il a sauté de sa tête. Mais je dubite que je l'aurai

touché dans la gravité, car il est pénétré dans la Saunerie, et, tout

succinctement, il s'en est excédé en emportant une femme dans ses bras.

--Gervaise! s'écria Vasseur avec un accent d'angoisse indicible.

Et, oubliant tout, affolé par le désespoir, il se précipita vers la

Saunerie, sourd à la voix de Meuzelin, qui lui criait d'une voix

alarmée:

--À l'auberge! vite à l'auberge, le coup de feu a tout gâté. Gagnons la

_Biche-Blanche_.

Fil-à-Beurre par amitié, les deux soldats par devoir s'étaient élancés

sur les traces du lieutenant.

--Le policier nous donne pourtant un bon conseil, mais, bast! Gervaise

avant tout! pensa Barnabé tout en courant derrière Vasseur.

Resté seul sur la berge, le policier promena son regard sur la Sarthe

pour apercevoir la tête du Beau-François venant reprendre haleine après

son plongeon. Il ne vit que la barque, déjà éloignée, qui, contenant ses

avirons, s'en allait à la dérive.

--Tout à l'heure, il ne fera pas bon ici, pensa-t-il.

Puis, mettant ses mains en entonnoir sur sa bouche, il envoya, à pleins

poumons, un dernier cri d'appel à ceux qui venaient de disparaître dans

la Saunerie.

Après avoir un peu attendu, comme il ne les voyait pas reparaître, il

secoua la tête en disant:

--Chacun pour soi!

Sur ce conseil de prudence qu'il se donnait, il reprit le chemin de

l'auberge.

Après y être entré et en avoir soigneusement verrouillé la porte, il se

prit à rire.

--N'empêche, dit-il, que j'ai bien fait de me cuirasser le dos. Sans

cela, le Beau-François me trouait comme une vieille savate.

Malgré le silence qui régnait au dehors, la fine oreille de Meuzelin dut

surprendre quelque faible bruit lointain et inquiétant, car il murmura:

--Voici mes gredins qui entrent en chasse... Satané coup de feu! Comment

secourir ces braves gens?

Le saucisson à pattes I Fil-à-beurre · 第 18 / 27 题