III

Aussi longtemps que Jean chez les hommes vécut,

Son front demeura lumineux d'avoir conçu

Lui le premier, quand Jésus-Christ dormait sous terre,

L'héroïsme tranquille, intime et solitaire

Qui changea l'âme humaine et qui l'exalte encor.

Il fut sublime et doux, sans peine et sans effort;

Il inclina son cœur, lampe ardente et fragile,

Sur chacun des versets de son pur évangile,

Il se sentait aimé où les autres étaient craints.

Quand il prêchait, le soir, dans les cités d'Asie,

Les brises qui passaient en semblaient adoucies

Et les femmes pleuraient en lui tendant les mains.

Il mourut plein de jours et de calme sagesse,

Aidé par tous les siens, à l'aube, dans Ephèse,

Et sa voix se fit claire à son dernier moment:

«Jésus, si je vous ai servi, dévotement,

Et de toute ma force et de toute mon âme,

Accueillez-moi là-haut où vos anges proclament

L'aveuglante splendeur de votre éternité.

J'ai porté votre gloire avec humilité

Et lavé bien des fronts de leur erreur ancienne.

Néanmoins, qu'avant tout, Seigneur, il vous souvienne

Qu'au temps où vous dormiez dans le morne tombeau,

Seul, parmi tous, j'ai recueilli votre flambeau

Et que ma pauvre main abrita sa lumière,

Si bien qu'en m'approchant de mon heure dernière,

C'est lui que je vous tends, c'est lui, ce même cœur

Qui remplaça, pendant trois jours, avec ferveur,

Seigneur,

Le vôtre, sur la terre.»

Les Rythmes souverains: Poèmes · 第 12 / 26 题