I
Lorsque Joseph d'Arimathie
Eut descendu le Christ raide, livide et froid,
Du sommet de la croix,
Et que la garde et que la foule étaient parties
Et que les monts et que les cieux,
Et que les eaux et que la terre,
Un instant remués par les vents et les feux,
Etaient redevenus silencieux
Et solitaires,
O le baiser de Jean sur le cœur de son Dieu!
Il était mort, cœur,
Avec sa lente et patiente douceur
Et son pardon profond et sa claire tendresse,
Et Jean dans un baiser les voulait recueillir
Pour que leur triple ardeur n'eût le temps de languir
Ni de mourir de sécheresse,
Pendant les trois longs jours
Que passerait au fond du tombeau lourd,
Avant que d'en renaître,
Le maître.
Oh! ces lèvres de Jean et leur baiser suprême
Dans le silence
A l'endroit même
Où s'enfonça le coup de lance!
Lorsqu'il eut reconduit Marie en sa maison,
Une première étoile ouvrit sa floraison,
Là-haut, dans le ciel de Judée,
Et Jean la regardait, dans l'azur vaste et clair,
Briller si pure et si chaste qu'elle avait l'air
D'être son âme élucidée.
La mauvaise fureur n'habitait plus en lui;
Il avait à jamais repoussé vers leur nuit
Le vieil orgueil et ses alarmes.
Il appelait sur soi les affronts déchaînés
Pour imiter son Dieu mourant--et pardonner
Très doucement, avec des larmes.
Il se faisait très faible et se sentait très fort.
Il recélait en lui le secret réconfort
De ceux qui dominent la vie
Non par la force droite et belle infiniment,
Mais par l'humble vouloir et par l'effacement
Et la douceur inassouvie.