Les autres cours sont dans les mêmes dispositions que celles de Vienne

et de Berlin. Les princes et États de l'Empire ont déjà protesté, dans

des actes authentiques, contre les lésions faites à des droits qu'ils

ont résolu de soutenir avec vigueur. Vous ne sauriez douter, Sire, du

vif intérêt que les rois Bourbons prennent à votre situation; Leurs

Majestés Catholique et Sicilienne en ont donné des témoignages non

équivoques. Les généreux sentiments du roi de Sardaigne, notre

beau-père, ne peuvent pas être incertains. Vous avez droit de compter

sur ceux des Suisses, les bons et anciens amis de la France. Jusque

dans le fond du Nord, un roi magnanime[235] veut aussi contribuer à

rétablir votre autorité; et l'immortelle Catherine, à qui aucun genre

de gloire n'est étranger, ne laissera pas échapper celle de défendre

la cause des souverains.

[Note 235: Le roi de Suède.]

Il n'est point à craindre que la nation britannique, trop généreuse

pour contrarier ce qu'elle trouve juste, trop éclairée pour ne pas

désirer ce qui intéresse sa propre tranquillité, veuille s'opposer aux

vues de cette noble et irrésistible confédération.

Ainsi, dans vos malheurs, Sire, vous avez la consolation de voir les

puissances conspirer à les faire cesser, et votre fermeté, dans le

moment critique où vous êtes, aura pour appui l'Europe entière.

Ceux qui savent qu'on n'ébranle vos résolutions qu'en attaquant votre

sensibilité, voudront sans doute vous faire envisager l'aide des

puissances étrangères comme pouvant devenir funeste à vos sujets; ce

qui n'est que vue auxiliaire, ils le travestiront en vue hostile, et

vous peindront le royaume inondé de sang, déchiré dans toutes ses

parties, menacé de démembrements. C'est ainsi qu'après avoir toujours

employé les plus fausses alarmes pour causer les maux les plus réels,

ils veulent se servir encore du même moyen pour les perpétuer; c'est

ainsi qu'ils espèrent faire supporter le fléau de leur odieuse

tyrannie, en faisant croire que tout ce qui la combat conduit au plus

dur despotisme.

Mais, Sire, les intentions des souverains qui vous donneront des

secours sont aussi droites, aussi pures que le zèle qui nous les fait

solliciter; elles n'ont rien d'effrayant ni pour l'État, ni pour vos

peuples: ce n'est point les attaquer, c'est leur rendre le plus

signalé de tous les services, que de les arracher au despotisme des

démagogues, aux calamités de l'anarchie. Vous vouliez assurer plus que

jamais la liberté de vos sujets, quand des séditieux vous ont ravi la

vôtre; ce que nous faisons pour parvenir à vous la rendre, avec la

mesure d'autorité qui vous appartient légitimement, ne peut être

suspecté de volonté oppressive; c'est au contraire venger la liberté

que de réprimer la licence; affranchir la nation, que de rétablir la

force publique, sans laquelle elle ne peut être libre. Ces principes,

Sire, sont les vôtres; le même esprit de modération et de bienfaisance

qui caractérise toutes vos actions sera la règle de notre conduite: il

est l'âme de toutes nos démarches auprès des cours étrangères; et

dépositaires des témoignages positifs des vues aussi généreuses,

qu'équitables qui les animent, nous pouvons garantir qu'elles n'ont

d'autre désir que de vous remettre en possession du gouvernement de

vos États, pour que vos peuples puissent jouir en paix des bienfaits

que vous leur avez destinés.

Si les rebelles opposent à ce désir une résistance opiniâtre et

aveugle, qui force les armées étrangères de pénétrer dans le royaume,

eux seuls les y auront attirées, sur eux seuls rejailliroit le sang

coupable qu'il seroit nécessaire de répandre; la guerre seroit leur

ouvrage. Le but des puissances étrangères n'est que de soutenir la

partie saine de la nation contre la partie délirante, et d'éteindre au

sein du royaume le volcan du fanatisme, dont les éruptions propagées

menacent tous les empires.

D'ailleurs, Sire, il n'y a pas lieu de croire que les François,

quelque soin qu'on prenne d'enflammer leur bravoure naturelle, en

exaltant, en électrisant toutes les têtes par des prestiges de

patriotisme et de liberté, veuillent longtemps sacrifier leur repos,

leurs biens et leur sang pour soutenir une innovation extravagante qui

n'a fait que des malheureux. L'ivresse n'a qu'un temps; les succès du

crime ont des bornes; et on se lasse bientôt des excès, quand on est

soi-même victime. Bientôt on se demandera pourquoi on se bat, et l'on

verra que c'est pour servir l'ambition d'une troupe de factieux qu'on

méprise, contre un roi qui s'est toujours montré juste et humain;

pourquoi l'on se ruine, et l'on verra que c'est pour assouvir la

cupidité de ceux qui se sont emparés de toutes les richesses de

l'État, qui en font le plus détestable usage, et qui, chargés de

restaurer les finances publiques, les ont précipitées dans un abîme

épouvantable; pourquoi on viole les devoirs les plus sacrés, et l'on

verra que c'est pour devenir plus pauvres, plus souffrants, plus

vexés, plus imposés qu'on ne l'avoit jamais été; pourquoi on

bouleverse l'ancien gouvernement, et l'on verra que c'est dans le vain

espoir d'en introduire un qui, s'il étoit praticable, seroit mille

fois plus abusif, mais dont l'exécution est absolument impossible;

pourquoi l'on persécute les ministres de Dieu, et l'on verra que c'est

pour favoriser les desseins d'une secte orgueilleuse qui a résolu de

détruire toute religion, et par conséquent de déchaîner tous les

crimes.

Déjà même toutes ces vérités sont devenues sensibles, déjà le voile de

l'imposture se déchire de toutes parts, et les murmures contre

l'assemblée qui a usurpé tous les pouvoirs et anéanti tous les droits

s'étendent d'une extrémité du royaume à l'autre.

Ne jugez pas, Sire, de la disposition du plus grand nombre par le

mouvement des plus turbulents; ne jugez pas le sentiment national

d'après l'inaction de la fidélité et son apparente indifférence.

Lorsque vous fûtes arrêté à Varennes et lorsqu'une troupe de

satellites vous reconduisit à Paris, l'effroi glaçoit alors tous les

esprits et faisoit régner un morne silence. Ce qu'on vous cacha, ce

qui dénote bien mieux le changement qui s'est fait et se fait encore

de jour en jour dans l'opinion, ce sont les marques de mécontentement

qui percent de toutes les provinces, et qui n'attendent qu'un appui

pour éclater davantage; c'est la demande que plusieurs départements

viennent de former pour que l'Assemblée ait à rendre compte des sommes

immenses qu'elle a dilapidées depuis sa gestion; c'est la frayeur que

ses chefs laissent apercevoir, et leurs tentatives réitérées pour

entrer en accommodement; ce sont les plaintes du commerce et

l'explosion récente du désespoir de nos colonies; c'est enfin la

pénurie absolue du numéraire, le refus des contribuables de payer les

impôts, l'attente d'une banqueroute prochaine, la défection des

troupes qui, victimes de tous les genres de séduction, commencent à

s'en indigner, et le progrès toujours croissant des émigrations. Il

est impossible de se méprendre à de pareils signes, et leur notoriété

est telle que l'audace même des séducteurs du peuple ne sauroit en

contester la vérité.

Ne croyez donc pas, Sire, à l'exagération des dangers par lesquels on

s'efforce de vous effrayer. On sait que, peu sensible à ceux qui ne

menaceroient que votre personne, vous l'êtes infiniment à ceux qui

tomberoient sur vos peuples, ou qui pourroient frapper des objets

chers à votre coeur, et c'est sur eux qu'on a la barbarie de vous

faire frémir continuellement, en même temps qu'on a l'impudence de

vanter votre liberté. Mais depuis trop longtemps on abuse de cet

artifice, et le moment est venu de rejeter sur les factieux qui vous

outragent l'arme de la terreur qui jusqu'ici a fait toute leur force.

Les grands forfaits ne sont point à craindre lorsqu'il n'y a aucun

intérêt à les commettre, ni aucun moyen d'éviter, en les commettant,

une punition terrible. Tout Paris sait, tout Paris doit savoir que si

une scélératesse fanatique ou soudoyée osoit attenter à vos jours ou à

ceux de la Reine, des armées puissantes, chassant devant elles une

milice foible par indicispline, découragée par les remords,

viendroient aussitôt fondre sur la ville impie qui auroit attiré sur

elle la vengeance du ciel et l'indignation de l'univers. Aucun des

coupables ne pourroit échapper aux plus rigoureux supplices; donc

aucun d'eux ne voudra s'y exposer.

Mais si la plus aveugle fureur armoit un bras parricide, vous verriez,

Sire, n'en doutez pas, des milliers de citoyens fidèles se précipiter

autour de la famille royale, vous couvrir, s'il le falloit, de leurs

corps, et verser tout leur sang pour défendre le vôtre... Eh! pourquoi

cesseriez-vous de compter sur l'affection d'un peuple dont vous n'avez

pas cessé un seul moment de vouloir le bonheur?

Le François se laisse facilement égarer, mais facilement aussi il

rentre dans la route du devoir; ses moeurs sont naturellement trop

douces pour que ses actions soient longtemps féroces; et son amour

pour ses rois est trop enraciné dans son coeur, pour qu'une illusion

funeste ait pu l'en arracher entièrement.

Qui pourroit être plus porté que nous à concevoir des alarmes sur la

situation d'un frère tendrement chéri? Mais, au dire même de vos plus

téméraires oppresseurs, ce refus du résumé constitutionnel, que nous

apprenons vous avoir été présenté par l'Assemblée, le 3 de ce mois, ne

vous exposeroit qu'au danger d'être destitué par elle de la royauté;

or ce danger n'en est pas un. Qu'importe que vous cessiez d'être roi

aux yeux des factieux, lorsque vous le seriez plus glorieusement et

plus solidement que jamais aux yeux de toute l'Europe et dans le coeur

de tous vos sujets fidèles? Qu'importe que, par une entreprise

insensée, on osât vous déclarer déchu du trône de vos ancêtres,

lorsque les forces combinées de toutes les puissances sont préparées

pour vous y maintenir et punir les vils usurpateurs qui en auroient

souillé l'éclat?

Le danger seroit bien plus grand si, en paroissant consentir à la

dissolution de la monarchie, vous paroissiez affaiblir vos droits

personnels aux secours de tous les monarques, et si vous sembliez vous

séparer de la cause des souverains en consacrant une doctrine qu'ils

sont obligés de proscrire. Le péril augmenteroit en proportion de ce

que vous montreriez moins de confiance dans les moyens préservateurs;

il augmenteroit à mesure que l'impression du caractère auguste qui

fait trembler le crime aux pieds de la majesté royale dignement

soutenue, perdroit de sa force; il augmenteroit lorsque l'apparence de

l'abandon des intérêts de la religion pourroit exciter la fermentation

la plus redoutable; il augmenteroit enfin, si, vous résignant à

n'avoir plus que le vain titre d'un roi sans pouvoir, vous paroissiez,

au jugement de l'univers, abdiquer la couronne, dont chacun sait que

la conservation exige celle des droits inaliénables qui y sont

essentiellement inhérents.

Le plus sacré des devoirs, Sire, ainsi que le plus vif attachement,

nous portent à mettre sous vos yeux toutes ces conséquences

dangereuses de la moindre apparence de foiblesse, en même temps que

nous vous présentons la masse des forces imposantes qui doit être la

sauvegarde de votre fermeté.

Nous devons encore vous annoncer, et même nous jurons à vos pieds, que

si des motifs qu'il nous est impossible d'apercevoir, mais qui ne

pourroient avoir pour principe que l'excès de la violence et une

contrainte qui, pour être déguisée, n'en seroit que plus cruelle,

forçoient votre main de souscrire une acceptation que votre coeur

rejette, que votre intérêt et celui de vos peuples repoussent, et que

votre devoir de roi vous interdit expressément, nous protesterions à

la face de toute la terre, et de la manière la plus solennelle, contre

cet acte illusoire et tout ce qui pourroit en dépendre; nous

démontrerions qu'il est nul par lui-même, nul par le défaut de

liberté, nul par le vice radical de toutes les opérations de

l'Assemblée usurpatrice, qui, n'étant pas assemblée d'états généraux,

n'est rien. Nous sommes fondés sur les droits de la nation entière à

rejeter des décrets diamétralement contraires à son voeu exprimé par

l'unanimité des cahiers, et nous désavouerions pour elle des

mandataires infidèles qui, en violant les ordres et transgressant la

mission qu'elle leur avoit donnée, ont cessé d'être ses représentants;

nous soutiendrions, ce qui est évident, qu'ayant agi contre leur

titre, ils ont agi sans pouvoir, et que ce qu'ils n'ont pu faire

légalement ne peut être accepté validement. Notre protestation, signée

avec nous par tous les princes de votre sang qui nous sont réunis,

seroit commune à toute la maison de Bourbon, à qui ses droits

éventuels à la couronne imposent le devoir d'en défendre l'auguste

dépôt. Nous protesterions pour vous-même, Sire, en protestant pour vos

peuples, pour la religion, pour les maximes fondamentales de la

monarchie et pour tous les ordres de l'État.

Nous protesterions pour vous et en votre nom contre ce qui n'en auroit

qu'une fausse empreinte. Votre voix étant étouffée par l'oppression,

nous en serions les organes nécessaires, et nous exprimerions vos

vrais sentiments, tels qu'ils sont consignés au serment de votre

avénement au trône, tels qu'ils sont constatés par les actions de

votre vie entière, tels qu'ils se sont montrés dans la déclaration que

vous avez faite au moment où vous vous êtes cru libre; vous ne pouvez

pas, vous ne devez pas en avoir d'autres, et votre volonté n'existe

que dans les actes où elle respire librement.

Nous protesterions pour vos peuples, qui, dans leur délire, ne peuvent

apercevoir combien ce fantôme de constitution nouvelle qu'on fait

briller à leurs yeux et aux pieds duquel on les fait jurer vainement,

leur deviendroit funeste. Lorsque ces peuples, ne connoissant plus ni

chef légitime, ni leurs intérêts les plus chers, se laissent entraîner

à leur perte; lorsque, aveuglés par de trompeuses promesses, ils ne

voient pas qu'on les anime eux-mêmes à détruire les gages de leur

sûreté, les soutiens de leur repos, les principes de leur subsistance

et tous les liens de leur association civile, il faut en réclamer pour

eux le rétablissement, il faut les sauver de leur propre frénésie.

Nous protesterions pour la religion de nos pères, qui est attaquée

dans ses dogmes et dans son culte, comme dans ses ministres; et

suppléant à l'impuissance où vous serez de remplir vous-même vos

devoirs de fils aîné de l'Église, nous prendrions en votre nom la

défense de ses droits, nous nous opposerions à des spoliations qui

tendent à l'avenir; nous nous élèverions avec force contre des actes

qui menacent le royaume des horreurs du schisme, et nous professerions

hautement notre attachement inaltérable aux règles ecclésiastiques

admises dans l'État, desquelles vous avez juré de maintenir

l'observation.

Nous protesterions pour les maximes fondamentales de la monarchie,

dont il ne vous est pas permis, Sire, de vous départir, que la nation

elle-même a déclarées inviolables, et qui seroient totalement

renversées par les décrets qu'on vous présente, spécialement par ceux

qui, en excluant le Roi de l'exercice du pouvoir législatif,

abolissent la royauté même; par ceux qui en détruisent tous les

soutiens, en supprimant les rangs intermédiaires; par ceux qui, en

nivelant tous les états, anéantissent jusqu'au principe de

l'obéissance; par ceux qui enlèvent au monarque les fonctions les plus

essentielles du gouvernement monarchique, ou qui le rendent subordonné

dans celles qu'ils lui laissent; par ceux enfin qui ont armé le

peuple, qui ont annulé la force publique, et qui, en confondant tous

les pouvoirs, ont introduit en France la tyrannie populaire.

Nous protesterions pour tous les ordres de l'État, parce que,

indépendamment de la suppression intolérable et impossible prononcée

contre les deux premiers ordres, tous ont été lésés, vexés,

dépouillés, et nous aurions à réclamer tout à la fois les droits du

clergé, qui n'a voulu montrer une ferme et généreuse résistance que

pour les intérêts du ciel et les fonctions du saint ministère; les

droits de la noblesse, qui, plus sensible aux outrages faits au trône

dont elle est l'appui qu'à la persécution qu'elle éprouve, sacrifie

tout pour manifester par un zèle éclatant qu'aucun obstacle ne peut

empêcher un chevalier françois de demeurer fidèle à son roi, à sa

patrie, à son honneur; les droits de la magistrature qui regrette,

beaucoup plus que la privation de son état, de se voir réduite à gémir

en silence de l'abandon de la justice, de l'impunité des crimes et de

la violation des lois dont elle est essentiellement dépositaire;

enfin, des droits des possesseurs quelconques, puisqu'il n'est point

en France de propriété qui ait été respectée, point de citoyens

honnêtes qui n'aient souffert.

Comment pourriez-vous, Sire, donner une approbation sincère et valide

à la prétendue constitution qui a produit tant de maux!

Dépositaire usufruitier du trône que vous avez hérité de vos aïeux,

vous ne pouvez ni en aliéner les droits patrimoniaux, ni détruire la

base constitutive sur laquelle il est assis.

Défenseur-né de la religion de vos États, vous ne pouvez pas consentir

à ce qui tend à sa ruine, et abandonner ses ministres à l'opprobre.

Débiteur de la justice à vos sujets, vous ne pouvez pas renoncer à la

fonction essentiellement royale de la leur faire rendre par les

tribunaux légalement constitués et d'en surveiller vous-même

l'administration.

Protecteur des droits de tous les ordres et des possessions de tous

les particuliers, vous ne pouvez pas les laisser violer et anéantir

par la plus arbitraire des oppressions.

Enfin, père de vos peuples, vous ne pouvez pas les livrer au désordre

de l'anarchie.

Si le crime qui vous obsède et la violence qui vous lie les mains ne

vous permettent pas de remplir ces devoirs sacrés, ils n'en sont pas

moins gravés dans votre coeur en traits ineffaçables, et nous

accomplirons votre volonté réelle en suppléant, autant qu'il est en

nous, à l'impuissance où vous êtes de l'exercer. Dussiez-vous même

nous le défendre, et fussiez-vous forcé de vous dire libre en nous le

défendant, ces défenses évidemment contraires à vos sentiments,

puisqu'elles le seroient au premier de vos devoirs; ces défenses

sorties du sein de votre captivité, qui ne cessera réellement que

quand vos peuples seront rentrés dans le devoir et vos troupes sous

votre obéissance; ces défenses qui ne pourroient avoir plus de valeur

que tout ce que vous avez fait avant votre sortie et que vous avez

désavoué ensuite; ces défenses enfin, qui seroient imprégnées de la

même nullité que l'acte approbatif contre lequel nous serions obligés

de protester, ne pourroient certainement pas nous faire trahir notre

devoir, sacrifier vos intérêts et manquer à ce que la France auroit

droit d'exiger de nous en pareille circonstance; nous obéirons, Sire,

à vos véritables commandements, en résistant à des défenses

extorquées, et nous serions sûrs de votre approbation en suivant les

lois de l'honneur. Notre parfaite soumission vous est trop connue pour

que jamais elle vous paroisse douteuse. Puissions-nous être bientôt au

moment heureux où, rétabli en pleine liberté, vous nous verrez voler

dans vos bras, y renouveler l'hommage de notre obéissance et en donner

l'exemple à tous vos sujets.

Nous sommes, Sire, notre frère et seigneur, de Votre Majesté

Les très-humbles et très-obéissants frères, serviteurs et sujets,

LOUIS-STANISLAS-XAVIER. CHARLES-PHILIPPE.

Au château de Schonburnstust, près Coblentz, le 10 septembre 1791.

* * * * *

XV

PROCLAMATION DU ROI

A L'OCCASION DE LA JOURNÉE DU 20 JUIN 1792.

Les Français n'auront pas appris sans douleur qu'une multitude égarée

par quelques factieux est venue à main armée dans l'habitation du Roi,

a traîné du canon jusque dans la salle des gardes, a enfoncé les

portes de son appartement à coups de hache, et là, abusant

audacieusement du nom de la nation, elle a tenté d'obtenir par la

force la sanction que Sa Majesté a constitutionnellement refusée à

deux décrets.

Le Roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa

conscience et son amour pour le bien public.

Le Roi ignore quel sera le terme où ils voudront s'arrêter; mais il a

besoin de dire à la nation française que la violence, à quelque excès

qu'on veuille la porter, ne lui arrachera jamais un consentement à

tout ce qu'il trouvera contraire à l'intérêt public. Il expose sans

regret sa tranquillité, sa sûreté; il sacrifie même sans peine la

jouissance des droits qui appartiennent à tous les hommes, et que la

loi devrait faire respecter chez lui, comme chez tous les citoyens;

mais, comme représentant héréditaire de la nation française, il a des

devoirs sacrés à remplir; et, s'il peut faire le sacrifice de son

repos, il ne fera pas le sacrifice de ses devoirs.

Si ceux qui veulent renverser la monarchie ont besoin d'un crime de

plus, ils peuvent le commettre. Dans l'état de crise où elle se

trouve, le Roi donnera jusqu'au dernier moment à toutes les autorités

constituées l'exemple du courage et de la fermeté qui seuls peuvent

sauver l'empire. En conséquence, il ordonne à tous les corps

administratifs et municipaux de veiller à la sûreté des personnes et

des propriétés.

_Signé:_ LOUIS.

FIN.

TABLE

DU SECOND VOLUME.

LIVRE VIII. CAPTIVITÉ DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE (depuis le

13 août 1792 jusqu'au 21 janvier 1793) 1

---- IX. DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU'À LA TRANSLATION DE

MARIE-ANTOINETTE À LA CONCIERGERIE (21 janvier--2 août 1793) 103

---- X. DEPUIS LE DÉPART DE LA REINE JUSQU'À CELUI DE MADAME

ÉLISABETH.--INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE

(2 août 1793--9 mai 1794) 149

---- XI. MEURTRE DE MADAME ÉLISABETH 191

APPENDICE.--DOCUMENTS CONCERNANT LES RECHERCHES QUI ONT ÉTÉ

FAITES POUR RETROUVER ET CONSTATER LES RESTES DE

MADAME ÉLISABETH 263

LETTRES DE MADAME ÉLISABETH 371

NOTES, DOCUMENTS ET PIÈCES JUSTIFICATIVES 477

I. Lettre écrite de Paris par M. Repiquet, fédéré d'Autun,

département de Saône-et-Loire, à M. Repiquet, son frère,

citoyen audit Autun, sur les événements du 10 août 477

II. Lettre du vicaire de Fontenay de Vincennes à Madame

Élisabeth 480

III. Aspect extérieur de la tour du Temple; personnel commis

à sa garde; dispositions prises pour la sûreté de cette

prison 481

IV. Mémoire de madame Marie-Antoinette 486

V. Mémoires des médicaments fournis au Temple pendant les

mois de _mai_, _juin_ et _juillet_ 1793 489

VI. Détails que M. de Loménie de Brienne, ancien ministre

de la guerre, n'a pu lire ni faire lire pour sa

justification 493

VII. Extrait du registre des dépôts au greffe du tribunal

révolutionnaire 496

VIII. Acte de décès de Marie Magnin, femme de Jacques Bosson 499

IX. Acte de décès de Jacques Bosson 500

X. Maison de Madame Élisabeth 500

I. Arrêté de Delacroix, affectant à la manufacture

d'une horlogerie automatique la maison dite Élisabeth,

l'orangerie et la vacherie qui en dépendent, et plaçant

cet établissement sous la direction des citoyens

Glaesner et Lemaire 500

II. Arrêté consulaire supprimant la manufacture

d'horlogerie de Versailles 503

III. L'aliénation de la maison Élisabeth est décidée 503

IV. Vente de la maison Élisabeth 504

XI.--I. Le 8 octobre 1793, triage, réserve et vente des

fleurs du jardin de Montreuil 509

II. Le 10 ventôse an II (28 février 1794), le commissaire

à la disposition des plantes fait son rapport 513

III. Le 14 ventôse an II (4 mars 1794), l'administration

décide que la location des potagers, orangerie et

jardins, ci-devant appartenant à Élisabeth Capet,

sera mise à l'enchère 515

IV. Le 25 frimaire an III (15 décembre 1794), le

directeur de l'agence nationale de l'enregistrement

et des domaines annonce qu'il résulte des informations

prises que les dégradations journalières commises dans

le jardin Élisabeth sont le fait du citoyen Leblanc,

locataire actuel du jardin, qui y laisse habituellement

pâturer ses vaches. Il invite l'agent national à intenter

au délinquant, s'il y a lieu, une action judiciaire 516

XII. Récit du Père Carrichon 517

XIII. Pièces diverses concernant Madame Élisabeth 527

I. Son acte de baptême 527

II. Sa nourrice 528

III. État des appointements de ses dames de compagnie 530

IV. État des meubles de son appartement au château de

Versailles 533

V. État de ses diamants et perles 547

VI. État des distributions d'étrennes 548

VII. Registre des pensions trouvé chez Madame Élisabeth 554

VIII. Appointements de ses dames de compagnie en 1790 557

IX. Détail des dépenses extraordinaires de la chambre de

Madame Élisabeth 558

La Vie de Madame Élisabeth, soeur de Louis XVI, Volume 2 · 第 50 / 51 段